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Nationale

Médias et mouvement populaire : Entre réalité incontournable et mutisme

Médias et mouvement populaire : Entre réalité incontournable et mutisme

Le peuple algérien, qui mène depuis presque neuf mois un des plus impressionnants mouvements populaires que le monde a connus, a décidé, cette année, de célébrer la fête du déclenchement de la révolution du 1er novembre à sa manière. C’est lors de la 37e manifestation citoyenne dans plusieurs wilayas, que ce peuple décide de réécrire son histoire, offrant au monde entier de belles images en matière de conscience, de solidarité et de civisme en cette belle coïncidence, 37e vendredi du Hirak signé le 1er novembre 2019.

Le fait qui demeure incompréhensible, au demeurant, est l’attitude de la plupart des médias nationaux vis-à-vis de ces événements grandioses et incontournables. En effet, beaucoup de médias nationaux, notamment lourds, sont restés de marbre devant l’ampleur et la symbolique de la 37e marche populaire. Et pourtant ils sont censés exister pour assurer initialement le droit du citoyen à l’information. Ce sont notamment les médias publics auxquels se rallient certaines chaînes de télévisions privées, devenant depuis des mois la caisse de résonance du pouvoir, qui font abstraction des événements en rapport avec le mouvement populaire du 22 février, après une « éphémère ouverture » du champ audiovisuel. À suivre les programmes desdites chaînes de télévision, une grosse majorité de l’audimat national n’en revient pas de la flagrante censure pratiquée sur l’actualité nationale, notamment les marches hebdomadaires du mardi et du vendredi.

Du côté des hirakistes, les choses sont claires : ce peuple a bien appris la leçon après maintes trahisons vécues par le passé où les médias et autres forces politiques n’hésitaient pas à lui tourner le dos et de surfer en fonction des vagues. D’où sa résolution, plus ferme que jamais, de récupérer sa souveraineté et surtout d’être maître de son destin. Les slogans scandés et d’autres brandis sur des écriteaux par des milliers de contestataires durant presque neuf mois en disent long sur cette détermination et le déni dans lequel sombrent nombre de médias. La voix des dizaines de milliers de manifestants sortis le 37e vendredi clamait avec ardeur « ya sahafa ya chiatine » (presse lèche-bottes), « wine rakoum ya doubab » (où sont passées les mouches électroniques !), « sahafa hora, 3adal moustakila », (presse libre, justice indépendante)

Tout comme lors des autres rendez-vous de la protesta, un florilège de slogans, dénonçant cette censure aberrante, a été également le décor de ce vendredi ; « La censure médiatique, vous avez trahi le peuple et la nation », « la liberté d’expression, la liberté de la presse », « les médias de la honte », lit-on, entre autres, sur les pancartes.

La profondeur de la symbolique et la lourdeur du sens des messages adressés en ce 65e anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne de 1954, ont été tellement perceptibles à travers la solidarité du peuple et son unité, mettant en exergue son attachement à sa mémoire historique pour aller vers une nouvelle Algérie appartenant à tous les Algériens. Il suffit de descendre dans la rue pour comprendre la langue parlée : « Vendredi 1e novembre 2019, le peuple veut sa vraie indépendance », « 1er novembre 1954, 1er novembre 2019, deux générations, même combat), « révolution populaire pacifique, 1er novembre 2019).

Acceptant la règle de l’omerta, les médias nationaux se détournent ainsi de leur principale mission et se dépourvoient complètement de ce prestigieux statut de 4e pouvoir.

Cette attitude de faire purement et simplement dans le « cadrage médiatique » et la censure « vulgaire » créant un monde parallèle à la rue, n’est qu’une simple tentative d’imposer une réalité autre que celle du terrain.

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