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Nationale

Massacre du 8 Mai 1945 : Le double jeu de la France

Massacre du 8 Mai 1945 : Le double jeu de la France

Les massacres perpétrés durant la colonisation française en Algérie même s’ils sont restés impunis à nos jours, continuent de susciter des actions éparses et épisodiques mais à forte teneur revendicative même si officieusement l’on a fini par se résilier à exiger le pardon officiel. C’est le cas des massacres à Sétif, Guelma et Kherrata, le 8 mai 1945. A la même date l’ex-colonisateur continue à fêter « le jour de la victoire sur le Nazisme »

Le dilemme de la France reste 70 ans après entier. Au moment où le pays des droits de l’homme « exige » de la Turquie sa reconnaissance du génocide arménien de 1915, de multiples « entraves politiques et légales » empêchent le pouvoir français de reconnaitre ses crimes en Algérie, notamment ceux du 8 mai 1945 où furent massacrés près de 45 000 algériens, selon les chiffres donnés par le PPA (Parti du peuple algérien).

La France qui minimise le nombre de victimes continue de renier officiellement le génocide se contentant de (re)qualifier « d’événements » la tuerie à grande échelle.

Au-delà du nombre d’Algériens tombés sous les balles assassines de l’armée coloniale, la France avait prémédité les crimes perpétrés en Algérie au lendemain de la fin de la deuxième guerre mondiale. C’est un constat auquel s’accordent à dire et même affirment beaucoup d’historiens, algériens, britanniques, américains et même français.

La commémoration des massacres dont bon nombre de villes du Constantinois furent le théâtre à partir du 8 mai 1945 et dont la durée a dépassé tout entendement puisque certaines localités ont été soumises à un génocide durant 14 jours, a été l’occasion pour la mémoire collective de revisiter ce tragique épisode de l’Algérie sous domination française.

A Alger, Batna, Constantine, Guelma, Sétif et Béjaïa, des conférences se tiennent depuis mercredi. Il est question d’une relecture de l’histoire avec l’apport de témoignages vivants mais aussi et surtout de redéfinition du droit international au regard des massacres.

C’est le cas du Pr Aymane Salama, professeur de droit international à l’université du Caire, qui a estimé dans son intervention lors du colloque international sur « les massacres coloniaux…cas des massacres du 8 mai 1945 », tenu jeudi à l’auditorium du nouveau pôle universitaire à Guelma, que la responsabilité de la France dans les crimes des forces françaises contre des Algériens désarmés reste « entière après 70 ans ».

Les règles de prescription « ne sauraient être appliquées dans ce cas », a-t-il estimé, ajoutant que les tentatives de la France de dégager sa responsabilité de ces crimes contre l’humanité et ce génocide n’ont « aucun fondement légal ».

« Quand bien-même les auteurs directs de ces crimes sont morts et enterrés, le gouvernement français, lui, est bien là et il doit réparation aux victimes, incluant la reconnaissance, les excuses officielles et le dédommagement matériel », a estimé l’universitaire.

Des entraves empêchent la France de reconnaître ses crimes

De son côté l’historien, journaliste et militant de la Ligue française des droits de l’Homme, Gilles Manceron, a traité des « multiples entraves concrètes, politiques et légales » qui empêchent encore la France de reconnaître ses crimes en Algérie, le 8 mai 1945.

Un grand travail doit être réalisé pour « conduire certaines forces politiques françaises qui furent, de près ou de loin, impliquées dans ces crimes, à dire la vérité », a soutenu M. Manceron qui reconnaît l’existence, dans les milieux français, de « beaucoup d’ennemis de l’aveu ».

Pour cet historien, 70 ans après les faits (…) des défenseurs des droits de l’Homme continuent d’œuvrer en France pour pousser le gouvernement à dire la vérité et reconnaître ses crimes ». Ces actions, a-t-il affirmé, « se poursuivront (…) pour faire connaître les faits, notamment par l’exploitation des archives », a-t-il indiqué.

A Constantine, où fut donné le coup d’envoi, mercredi, d’un colloque consacré aux crimes du 8 mai, Hosni Kitouni, scénariste, éditeur a souligné dans une communication sur les massacres coloniaux, leur signification et la souffrance des victimes, que la singularité des crimes répétés invariablement par la colonisation durant la présence française en Algérie, renvoie à la « mission civilisatrice » et au projet de faire de l’Algérie une colonie de peuplement.

Il a estimé, dans ce contexte, que ce projet est à l’origine d’une doctrine qui a justifié et légitimé, aux yeux des colons « l’ensauvagement des bourreaux ».

Pour sa part, l’historien Ameur Rekhila a estimé jeudi à Alger que les événements démontrent que la France, une fois les Nazis vaincus, a envoyé pas moins de 70.000 soldats supplémentaires en Algérie et renforcé sa flotte aérienne de 28 appareils, dans le but d’opprimer les Algériens après la fin de la 2ème guerre mondiale.

Pour ce qui est du nombre réel des victimes des massacres du 8 mai 1945, le conférencier a précisé que les tueries ayant duré jusqu’au 22 du même mois avaient fait selon le PPA 45.000 morts, tandis que l’Associations des Oulémas algériens faisait état de 90.000 victimes.

La répression des manifestations du 8 mai a été soldée par l’arrestation de 6.460 personnes et l’exécution de 99 d’entre eux, a rappelé M. Rekhila, selon lequel la France avait procédé à la dissolution de tous les partis politiques et l’arrestation de leurs dirigeants.

Il n’est donc un secret pour personne que le combat effarouché des Algériens pour leur droit ne fut guère une partie de plaisir. Le massacre du 8 mai 1945 était en tout cas une raison de plus pour les partisans de l’option de la lutte armée de le 1er novembre 1954.
 

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