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Nationale

Massacre colonial du 17 octobre 1961 : Un crime odieux dans le pays des «droits de l’homme»

Massacre colonial du 17 octobre 1961 : Un crime odieux dans le pays des «droits de l’homme»
Une répression barbare.

Un « massacre colonial à Paris ». Intertitre en guise d’exergue et caractères en gras à l’appui, Emmanuel Blanchard ne lésine pas sur la sémantique pour mettre un qualificatif sur les événements sanglants du 17 octobre 1961 à Paris.

De toutes les dates sanglantes qui jalonnent l’histoire de la France, notamment son passé colonial, la répression de la manifestation pacifique des Algériens est à nulle autre pareille. Maître de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin, Emmanuel Blanchard est un spécialiste de l’histoire de la police française, toutes périodes confondues.

En choisissant de travailler sur cette thématique, sous la direction de Jean-Marc Berlière – un autre spécialiste reconnu de l’histoire de la police française –, Emmanuel Blanchard s’est donné les moyens scientifiques d’aller au-delà de l’enquête publiée à l’automne 1991 par Jean-Luc Einaudi, sous le titre de « La Bataille de Paris » (éditions du Seuil). En 2008, Emmanuel Blanchard avait soutenu une volumineuse thèse intitulée « Encadrer des ‘’citoyens diminués’’ : la police des Algériens en région parisienne (1944-1962) ».

Soutenue sous la direction de Jean-Marc Berlière, la thèse a été publiée en 2011 sous forme de livre : la Police parisienne et les Algériens (1944-1962), éditions Nouveau Monde.

Effort scientifique salué par la communauté historienne, son travail permet de situer la particularité de la répression du 17 octobre 1961 au regard des épisodes répressifs policiers en France et en Europe. « Comparée à des situations antérieures, la répression du 17 octobre est sans précédent dans l’histoire du ‘’maintien de l’ordre’’ à Paris et dans le monde occidental au XXe siècle. Le dispositif policier mis en place n’a pas été motivé par le souci d’empêcher une manifestation interdite, mais d’intensifier ce que Maurice Papon qualifiait de ‘’guerre anti-subversive’’ contre le FLN ».

Peu avant de tirer sa révérence à l’aube des années 2000, le Pr Pierre Vidal-Naquet avait salué, à coup de superlatifs, le travail de la « nouvelle génération des historiens de la guerre d’Algérie ». Un groupe de chercheurs en herbe venus au monde bien après la fin du conflit et crédités d’un travail original sur le plus sanglant des conflits de décolonisation.

Pierre Vidal-Naquet faisait allusion, entre autres, à Raphaëlle Branche, auteure d’une remarquable thèse sur l’armée française et la torture, et à Sylvie Thénault, auteure d’un travail fondateur sur la justice coloniale. Emmanuel Blanchard a émergé sur le front du travail académique après le décès de l’auteur de l’Affaire Audin (éditions de Minuit) et la Torture dans la République (chez le même éditeur). S’il avait été publié du vivant de Pierre Vidal-Naquet, le livre de Blanchard aurait été salué à grand trait pour sa valeur ajoutée pour la compréhension de la répression policière anti-algérienne.

Le 17 octobre 1961, la police parisienne agit avec une logique différente des logiques qui avaient prévalu dans des manifestations parisiennes antérieures. « Bien avant la soirée du 17 octobre, explique l’historien, « la Préfecture de Police se mobilise au moyen d’un arsenal répressif jamais utilisé jusque-là contre les Algériens ». Préalablement à la sortie des Algériens dans les rues, le Parc des Expositions (Porte de Versailles) fait l’objet d’une réquisition exceptionnelle. « En réalité, les forces de l’ordre préparaient déjà une rafle gigantesque à une période marquée par la reprise des expulsions massives des Algériens vers l’Algérie ».

 

La volonté haineuse de Papon

Ordre a ainsi été donné de procéder à l’arrestation de tous les Algériens circulant dans la rue. Les policiers s’y sont attelés avec beaucoup de zèle. En l’espace de quelques petites heures, pas moins de 12 000 Algériens ont été raflés et transférés vers plusieurs destinations : le Parc des Expositions, le Stade Coubertin, la cour de la Préfecture de police, à Vincennes. « Par son ampleur, cette rafle a inscrit la soirée du 17 octobre 1961 comme date singulière dans l’histoire de la police parisienne », souligne l’auteur de la Police parisienne et les Algériens (1944-1962).

Nommé à la tête de la préfecture de police de Paris en mars 1958, Maurice Papon assigne à la police parisienne – et le revendique sans ambages – un rôle résolument répressif à l’encontre des Algériens. « Sauf à capituler, la seule réponse est la riposte. Seule la réponse conduira à la négociation. L’armée s’en charge en Algérie. En métropole, c’est l’affaire de la police. Dans la capitale (Paris, ndlr), c’est la mission de la préfecture de police », rappelle le préfet de police dans ses Mémoires, les Chevaux du pouvoir, publiées en 1988 aux éditions Plon. 

« C’est révélateur de la volonté de Papon d’en découdre avec les immigrés d’Algérie ou les ‘’Français musulmans’’ d’Algérie ».

Dès sa nomination à la tête de la préfecture de police de Paris, Maurice Papon s’est assigné une ligne de conduite sur le terrain de la communication. Au gré de ses discours et autres interventions, il n’a cessé de rappeler aux policiers la nécessité de la ‘’guerre anti-subversive’’ qu’il avait appliquée quand il était à Constantine.

Selon Emmanuel Blanchard, les effets de son discours sur les policiers « ont été au-delà des attentes ». « Multiformes, les violences ont été marquées par une intensité sans précédent. Pour la circonstance, les moyens utilisés pour donner la mort relèvent de modes opératoires qui avaient peu à voir avec la volonté d’empêcher une marche interdite.

Durant l’automne 1961, « la police parisienne a mené une répression sans limite contre les Algériens. Maurice Papon s’est vu accorder un ‘’chèque en blanc’’ pour réprimer sans merci ».

L’épisode sanglant du 17 octobre 1961 a longtemps été victime de la chape de plomb mémorielle. Pendant trente longues années, cette date a été portée disparue. Il aura fallu attendre l’automne 1991 et la sortie du livre de Jean-Luc Einaudi, pour assister à une émergence de cette date dans l’agenda commémoratif hexagonal. Depuis 1991, à l’aube de chaque automne, elle bat le rappel de milliers de personnes au pont Saint-Michel, au pont de Bezons (département du Val-d’Oise).

Depuis l’automne 1991 et, surtout, depuis l’aube des années 2000, enfants de l’immigration algérienne accompagnés de vieux qui ont battu le pavé parisien, militants politiques de gauche, animateurs associatifs et historiens se retrouvent aux quatre coins de la région parisienne. Le temps d’un recueillement à la mémoire des centaines d’Algériens assassinés, ils viennent rendre hommage aux victimes et appeler à la reconnaissance officielle d’un ‘’crime d’Etat’’. 



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