Manœuvres américaines contre la Russie: L’Algérie au centre d’un enjeu stratégique majeur – Le Jeune Indépendant
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Manœuvres américaines contre la Russie: L’Algérie au centre d’un enjeu stratégique majeur

Manœuvres américaines contre la Russie: L’Algérie au centre d’un enjeu stratégique majeur

Que veulent les Etats-Unis de l’Algérie ? A peine l’annonce de la visite au mois de mai prochain du président Abdelmadjid Tebboune à Moscou que c’est le branle-bas de combat à Washington. Tout est bon pour faire pression sur Alger : en l’espace de quelques heures, la sous-secrétaire d’Etat Wendy Sherman téléphone à Ramtane Lamamra, et l’ambassadrice américaine Elizabeth Moore Aubin a été reçu par le secrétaire général du MAE, Amar Belani.

Ce qui est sûr, c’est la volonté américaine de déconnecter Alger de Moscou, les Américains occultent cependant une réalité : l’Algérie est jalouse de sa souveraineté et de son indépendance de décision, elle qui prône le non-alignement et le multilatéralisme.

Pour revenir aux faits, le mercredi 1er février, un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères utilise un langage diplomatique pour relater l’événement. «Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’Etranger, Ramtane Lamamra, a eu ce jour un entretien téléphonique avec la Vice-Secrétaire d’Etat américaine, Mme Wendy Sherman, à l’initiative de cette dernière», a indiqué le communiqué. Déjà, on apprend que c’est la partie américaine qui a pris l’initiative de l’appel.

Toujours selon la même source, cet entretien a donné lieu à «un échange de vues sur plusieurs questions d’intérêt commun au double plan régional et international, dont notamment la situation au Mali et dans l’espace sahélo-saharien, la coopération internationale en matière de lutte contre le terrorisme, les questions du Sahara Occidental et de la Palestine, ainsi que la crise actuelle dans les relations internationales sur fond du conflit en Ukraine».

Une nouveauté de taille, la dernière partie du texte relative à «la crise actuelle dans les relations internationales sur fond du conflit en Ukraine». Car hormis les questions dites d’intérêt commun, Mali, Sahel, Sahara occidental et lutte antiterroriste, il est intéressant de noter que la question ukrainienne soit abordée. Le non-dit ici, c’est la Russie et plus précisément les relations algéro-russes.

Pour contextualiser, revenons 24 heures auparavant, le 31 janvier. Un communiqué de la présidence de la République annonce un entretien téléphonique entre le président Abdelmadjid Tebboune et son homologue russe Vladimir Poutine : «le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune et son homologue M. Vladimir Poutine, président de la fédération de Russie ont eu un entretien téléphonique lors duquel ils ont abordé les relations unissant les deux pays, notamment les perspectives de coopération énergétique».

Il est question de relations qui «unissent» les deux pays et «notamment les perspectives de coopération énergétique». De quoi faire peur aux Américains, car la naissance d’un cartel énergétique qui puisse éventuellement peser sur l’échiquier géostratégique mondial et mettre à mal les intérêts des puissances occidentales a de quoi déranger.

«Les deux présidents ont abordé, à cette occasion, la réunion prévue de la Grande commission mixte algéro-russe, convenant par la même de la visite d’Etat qu’effectuera Monsieur le Président de la République en fédération de Russie le mois de mai prochain», a conclu le communiqué. On sait déjà que la date du déplacement du président algérien en Russie est prévue pour mai prochain. A la même période, Abdelmadjid Tebboune se rendra en France à l’invitation de son homologue français Emmanuel Macron.

Eloigner l’Algérie de la Russie ?
Le président Tebboune confirme ainsi le fait que l’Algérie entretient des partenariats avec les pays amis, et qu’il se rendra à Moscou, Pékin, Paris et dans tout autre capitale afin de défendre les intérêts de l’Algérie et pour démontrer en même temps la stratégie de non-alignement et de multilatéralisme prônée par la diplomatie algérienne et qui s’est confirmée avec l’affaire ukrainienne.

Revenant à la charge, Washington a mobilisé son ambassadrice à Alger, Elizabeth Moore Aubin. Le jeudi 02 février, elle est reçue par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères Amar Belani. Selon le communiqué, l’ambassadrice des Etats-Unis a salué les efforts colossaux consentis par les autorités algériennes pour l’amélioration du climat d’affaires et l’augmentation des flux des investissements étrangers en Algérie, soulignant que «les points positifs apportés par la nouvelle loi sur l’investissement, notamment sur le plan des garanties législatives et des avantages fiscaux accordés aux investisseurs étrangers, suscitent l’intérêt des hommes d’affaires et des compagnies américaines».

Après l’approche du hard power la veille, est-ce le tour au soft power d’entrer en action ? En mettant en exergue les questions économiques et d’investissements, l’ambassadrice Aubin semble faire miroiter à la partie algérienne les avantages d’un partenariat plus raffermi avec les Etats-Unis et déconnecter ainsi l’Algérie des liens qui l’unissent avec la Russie.

La posture stoïque de l’Algérie a cependant été renforcée par les déclarations du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Dans un entretien spécial accordé à la chaine RT arabic et diffusé le 02 février, Lavrov soutient la nature excellente des relations bilatérales qui remontent à l’indépendance de l’Algérie. «Nous entretenons, depuis, des relations étroites dans tous les domaines et un dialogue politique intense», a plaidé Lavrov qui ajoute que «le Président Tebboune comprend le sens, l’histoire et l’avenir du partenariat stratégique algéro-russe».

Le chef de la diplomatie russe a rappelé que l’Algérie était le premier pays africain à signer une Déclaration de partenariat stratégique avec la Russie en 2001, qualifiant cet accord de «base de nos relations et conférant un caractère spécifique à nos contacts».

Concernant les niveaux des échanges commerciaux et économiques, le diplomate russe les a qualifiés d’«impressionnants». «Nous avons engagé un dialogue actif et intense dans plusieurs domaines, les niveaux des échanges commerciaux et économiques entre nous sont assez impressionnants, d’autant que l’Algérie est l’un de nos trois grands partenaires en Afrique».

Quant aux relations en matière d’énergie, Sergeuï Lavrov a précisé: «certainement, nous sommes des partenaires non seulement dans le cadre de l’OPEC+, mais aussi dans le Forum des pays exportateurs du Gaz au sein duquel la Russie et l’Algérie participent activement», soulignant, à cet égard, les efforts entrepris par les deux pays pour garantir la stabilité des marchés énergétiques mondiaux. Ainsi, Moscou et Alger partagent les mêmes positions, «nous voulons des marchés stables, c’est pourquoi il est inutile de manipuler les cours», a précisé Lavrov, dans une sorte de réponse aux inquiétudes américaines en matière d’énergie.

Le ministre russe a même indiqué que Moscou soutenait l’adhésion de l’Algérie aux BRICS, ce qui donnerait à ce groupe un accès stratégique en Méditerranée face au flanc sud de l’Union européenne.

En liant cette actualité triple algéro-américano-russe au dernier voyage éclair du patron de la CIA, William Burns en Libye, mi-janvier dernier, on comprend mieux le double souci stratégico-énergétique de Washington. Couper l’herbe sous le pied de la Russie en dissociant la Libye et l’Algérie de toute volonté d’émancipation énergétique au sud de la Méditerranée d’autant plus si c’est Moscou qui serait à la manœuvre.

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