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Nationale

Manifestations: Le peuple toujours plus créatif

Manifestations: Le peuple toujours plus créatif

Pour le neuvième vendredi, le peuple maintient le même cran de mobilisation, mais surtout le même caractère pacifique serein. En effet, hier tôt le matin, la place de la Grande Poste accueillait déjà des centaines de manifestants venus de partout. Vers midi, la foule commençait à devenir plus importante, voire imposante, atteignant des milliers de marcheurs.
Comme à l’accoutumée, ce sont la place Audin et la Grande Poste, devenues symboles de ce mouvement populaire du 22 février, qui connaissent le plus de concentration des foules, malgré le dispositif sécuritaire déployé sur les deux accès du tunnel des facultés interdisant le passage des manifestants.
Les slogans répétés à l’envi et à tue-tête étaient presque les mêmes que les vendredis précédents. « Echâab yourid trouhou gaâ » (le peuple veut que vous partiez tous), « nehouna lîssaba nwalou labess » (débarrassez-nous du gang, nous serons heureux), en encore le fameux et inusable slogan « Klitou leblad ya serrakine » ( vous avez dévoré le pays, Ô voleurs !). L’autre élément marquant sont les banderoles et les drapeaux brandis. Dans un décor dominé par les couleurs nationales, le peuple s’ingénie et fait preuve d’une grande créativité quand il s’adresse aux tenants du pouvoir. On pouvait lire, entre autres messages, « Goulna Gaâ c’est Gaâ », « Oui à l’indépendance de la justice », « Son excellence le peuple exige le changement radical », « 57 ans d’échec, barakat », « Le hirak est notre représentant ». 
Les manières de contester le régime se multiplient. Deux scènes très marquantes. Celle d’un groupe de jeunes garçons ayant à peine onze ou douze ans était en train de chanter en compagnies des étudiants universitaires la fameuse chanson « la Casa d’El Mouradia » devant le fleuriste de la Grande Poste. Conçue spécialement pour les tribunes des stades qui étaient le seul espace pour se permettre d’exprimer son ras-le-bol contre la hogra, l’injustice et la corruption délibérément pratiquées par le système, cette chanson est devenue, depuis le 22 février, le refrain le plus fredonné par nombre d’Algériens. Même les enfants en bas-âge l’apprennent par cœur et la chantent à tout bout de champ.
Du côté de la faculté centrale, une autre scène plus frappante. En fait c’est un groupe des jeunes qui s’installent à même le sol sous un parasol, pancartes dressées indiquant « Club des Pins », « Sif hna… silmya » (on passera l’été ici… Silmya), ou encore « Trouhou Gaâ wella nsayfou hna » (vous partez tous, sinon nous allons passer l’été ici). Cela tournait en dérision ce qui se passe dans l’enceinte du Club de Pins et transmet des messages pleins de sens.
Par ailleurs les supporteurs de divers clubs sportifs étaient fortement présents, mais mieux organisés. Ils se sont réservé les escaliers limitrophes au lycée Baba Aroudj (Alger-Centre) pour en faire leurs tribunes. Gérant une ambiance fort exceptionnelle. Ces adeptes des stades ont capté l’attention de tous les manifestants ainsi que des caméras des médias.
En plus de manifester et scander des slogans, les grandes artères d’Alger se transforment en espace de débat et des discussions. Malgré leur optimiste et leur détermination à faire dégager le système en place, les gens s’inquiètent réellement pour le sort du pays. C’est ce qu’on constate lorsque on assiste aux différentes discussions des groupes, dont les orientations politiques et idéologiques sont diverses. Les vues divergent quant au futur modèle politique à adopter en Algérie après ce mouvement. Elles varient entre partisans et opposants de la laïcité, ceux qui privilégient le régime fédéral et ceux qui s’y opposent en raison de la situation économique du pays, actuellement défavorable. Un débat qui en dit long sur la maturité politique de beaucoup d’Algériens. Nonobstant, la vox poluli ne cesse de revendiquer à l’unisson : « Système dégage… ». 
Aziza Mehdid

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