Mali : Le régime d’Assimi Goïta face au spectre de l’effondrement
L’illusion de la stabilité s’effrite à Bamako. Entre revers militaires cinglants dans le Nord, blocus asphyxiant de la capitale et déliquescence économique, la junte malienne semble avoir épuisé ses options. En rompant les ponts avec ses voisins et en s’enfermant dans une logique de guerre totale, le pouvoir de transition ne lutte plus seulement pour l’unité du pays, mais pour sa propre survie.
La junte militaire au Mali est à l’évidence en plein vacillement. Aux abois depuis des mois, les dernières offensives coordonnées du Front de libération de l’Azawad (FLA) issus du Cadre stratégique permanent (CSP) — héritiers des mouvements du MNLA— ont porté un coup sévère au régime de Bamako issu des coups d’État de 2020 et 2021.
Le verrou sécuritaire a sauté. Plusieurs bases et casernes stratégiques ont été neutralisées, et la perte symbolique et tactique de Kidal, jadis reprise en grande pompe, marque un tournant. L’élimination rapportée de cadres clés de l’appareil sécuritaire de Goïta désorganise le haut commandement. Plus grave encore, Bamako subit désormais une pression directe : un blocus des axes de ravitaillement qui menace de provoquer une pénurie alimentaire et énergétique généralisée.
Face à ce chaos, la rhétorique officielle s’essouffle. Si Assimi Goïta tente de rassurer ses derniers fidèles en affirmant que « la situation est grave, mais maîtrisée », la réalité du terrain dément chaque jour un peu plus ce volontarisme de façade.
Enfermé dans des calculs souverainistes étroits, le pouvoir militaire a conduit le pays dans une impasse multidimensionnelle. Rejetant la Charte d’Alger qui a scellé la paix et la stabilité dans tout le nord malien, la junte a même verrouillé le champ politique intérieur, en interdisant les partis et piétinant les promesses d’une transition démocratique. Son seul crédo, c’est de faire la guerre et de créer une hostilité manifeste contre son voisin du nord, tournant le dos à tout dialogue
Un point crucial est observé. L’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) montre ses limites. Ses partenaires, eux-mêmes aux prises avec une insécurité galopante, adoptent une prudence croissante face à l’enlisement malien.
Le recours à la coopération militaire avec l’Africa Corps n’a pas produit le miracle sécuritaire promis compte tenu du désarroi au sein des contingents des FAMA, à l’image de la reddition de centaines de soldats à Kidal.
Pour réaliser ses objectifs guerriers, la junte s’est appuyée sur les Russes de l’ex groupe Wagner, sur l’aide financière des émiratis et la mise en place d’une union, dénommée AES avec deux Etats voisins du Sahel, le Burkina Faso et le Niger.
Même le Maroc s’est mise de la partie, en misant sur ce fragile pouvoir militaro-autoritaire, en voulant l’instrumentaliser uniquement pour porter atteinte à l’Algérie et le poussant même à reconnaitre la pseudo-marocanité du Sahara occidental occupé.
Ces récentes attaques d’envergure, coordonnées entre le JNIM et les touaregs du Front de libération de l’Azawed ont encore une fois prouvé que cette stratégie des militaires maliens est des plus fragiles et ne mène nulle part, sauf vers l’enlisement, les conflits qui perdurent, la violence permanente et surtout en maintenant le pays dans un état de délabrement économique et social.
L’effondrement sécuritaire au Mali est désormais perçu comme un échec majeur de cette junte, lâché par ses propres alliés militaires, mais aussi par les burkinabés et les nigériens, devenus plus prudents dans leurs approches de la situation. Il faut rappeler que dès son premier conseil des ministres, il y a presque cinq ans, Assimi Goïta avait défini quatre « axes prioritaires », et l’amélioration de la situation sécuritaire était le premier d’entre eux. Aucun n’a abouti. Ni les réformes institutionnelles, ni l’organisation des élections générales. Pire, la junte s’est entêté à s’ancrer à garder le pouvoir en prolongeant sa « transition » factice jusqu’en 2030, refusant pratiquement toute alternative.
C’est cet entêtement qui a permis à l’opposition politique, dont des figures sont en prison ou forcées à l’exil, de se fédérer et de créer une nouvelle dynamique contre la dictature de la junte, sa politique de la terre brûlée et ses alliances contre nature.
Pour des observateurs, les clivages qui minaient les partis politiques commencent à se dissiper, laissant entrevoir une nouvelle opposition qui ne se base plus sur des postulats communautaires, idéologiques ou religieux. En attendant de bâtir un projet politique national, ces mouvances de l’opposition espèrent qu’avec la situation actuelle, les choses vont changer.
Affaiblie, la junte de Goita semble se diriger lentement vers sa chute, en laissant un pays exsangue, décimé et meurtri par tant de drames humains et de virages socio-économiques ratés.