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Mali : le chemin de la paix passe par Alger

Mali : le chemin de la paix passe par Alger

La situation devient de plus en plus préoccupante dans la région du Sahel. Le changement dans la gouvernance au Mali, à la faveur du coup de force militaire suivi par la démission du désormais ex-président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), semble dénoter d’une logique que plusieurs observateurs sous-estiment.

En effet, les raccourcis de type les putschistes maliens auraient été formés puis téléguidés par la Russie de Poutine ne tiennent pas la route. La crise politico-institutionnelle au Mali serait peut-être le prélude d’une décantation nécessaire à la normalisation de la vie politique de ce voisin méridionale de l’Algérie.

En effet, une certaine presse ouest-africaine ainsi que la très officielle BBC britannique ont cru judicieux de trouver des liens entre deux colonels maliens, membres du directoire qui a poussé IBK à la démission, le Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), Malick Diaw et  Sadio Camara, et la Russie. Le scoop ? Ces deux militaires maliens auraient séjournés durant des mois au pays de Vladimir Poutine. Dans cette lutte géopolitique autour des ressources et autres marchés africains, il est normal de voir derrière chaque changement qui n’arrange pas les affaires d’une partie, la main de son concurrent.

Mais ce que ces médias feignent oublier, c’est la chronologie de la crise politique au Mali à la veille de la démission forcée d’IBK. Depuis fin mars, une coalition hétéroclite de prédicateurs religieux, de personnalité politique et de la société civile, rassemblée autour du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques du Mali (M5-RFP) réclamée le départ du président IBK. Le premier tour des législatives, le 29 mars, après l’apparition du Covid-19 dans le pays, mais surtout trois jours après l’enlèvement du leader politique Soumaïla Cissé, a exacerbé davantage la situation. L’organisation du second tour, le 19 avril, sur fond de violence et de fraude électorale n’a fait qu’accélérer un processus de désobéissance civile.

Le 30 mai, l’imam Mahmoud Dicko figure de proue de la contestation noue une alliance inédite avec des leaders politiques pour obliger IBK à quitter ses fonctions. Le marasme économique, les violences terroristes au Nord du Mali et l’incapacité du gouvernement à gérer ces dossiers poussent les Maliens à sortir en masse dans les rues de Bamako. Le feuilleton de l’Eté a pour têtes d’affiche le président décrié IBK, l’imam contestataire Mahmoud Dicko et les leaders du mouvement M5-RFP. C’était sans compter sur la grande muette, l’armée malienne, plusieurs fois humiliée par les terroristes au Nord et l’incompétence des politiques à Bamako.

Dans la nuit du 18 au 19 août, une mutinerie se transforme en coup de force. Le colonel-major Ismaël Wagué parle à l’ORTM, la télévision malienne. La principale revendication des militaires, «doter le pays d’institutions fortes» sans toutefois garder le pouvoir. Le président IBK annonce sa démission, celle de son gouvernement et la dissolution de l’Assemblée. La voie du changement est ainsi balisée. Et jusqu’à présent aucun soupçon d’ombre de Moscou, sauf dans l’imagination débordante des tenants de la théorie du complot !

L’Algérie qui suit de très près la situation chez son voisin méridional a dépêché par deux fois son chef de la diplomatie à Bamako. Sabri Boukadoum a réitéré la position algérienne qui favorise le dialogue national inclusif et la mise en place d’institutions de transitions.

La désignation du colonel-major à la retraite Bah N’Daw au poste de président de la Transition a été saluée par les Maliens. Alger, par la voix de son ministère des Affaires étrangères a pris acte de cette désignation et dit  «attendre avec intérêt la mise en œuvre du reste des institutions de la transition en vue de permettre une conduite apaisée et calme de la période de transition vers l’organisation d’élections qui acteront le retour à l’ordre constitutionnel au Mali frère et voisin».

L’Algérie s’est également «félicité» de l’attachement de l’ensemble des parties maliennes à la mise en œuvre effective de l’accord d’Alger de 2015 et a réitéré son engagement, en sa qualité de chef de file de la médiation internationale et présidente du Comité de suivi de mise en œuvre de l’accord (CSA), à tout entreprendre pour poursuivre la mise en œuvre de l’accord «en tant que seule voie à même de permettre au Mali de préserver durablement sa stabilité et de relever les défis multiples auxquels il fait face».

D’ailleurs, le président Abdelmadjid Tebboune l’a réaffirmé, le chemin de la paix au Mali passe obligatoirement par Alger. Un message bien compris outre Méditerranée.

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