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Nationale

Macron, l’onde de choc

Macron, l’onde de choc

La France politique et médiatique est en ébullition, s’agite, sautille comme prise par une crise d’hystérie. Les déclarations à Alger du candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, sont certes inédites mais elles constituent une brèche dans le débat en France sur le sinistre et odieux passé de la colonisation de l’Algérie.

S’il y a un président qui a osé franchir le pas c’est bien Jacques Chirac. Au temps où il présidait aux destinées de la deuxième puissance européenne il a reconnu qu’ »une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie, vient précisément de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique. 

Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens, je ne dis pas de générosité, mais de bon sens et de justice pour rendre aux Africains ce que on leur a pris, d’autant que c’est nécessaire si l’on veut éviter les pires convulsions et difficultés avec les conséquences politiques que cela comporte ». C’était il y a une quinzaine d’années.

Il aura fallu quelques déclarations tenues en marge de sa visite à Alger pour qu’Emmanuel Macron, candidat à la présidentielles française de 2017, rouvre les plaies qui peinent à cicatriser du colonialisme français.

Même si de bonne guerre le candidat a jugé utile de rouvrir le débat, la question aujourd’hui est que les crimes commis par la France coloniale durant plus de 130 années d’asservissement et d’esclavagisme pratiqué sur tout un peuple peuvent-ils encore être pardonnés.

Si le jeune candidat à l’Elysée croit en faire un atout pour récolter quelques voix des 3 millions de ses compatriotes d’origine algérienne, ses déclarations sur le passé peu glorieux de la France n’ont pas, comme il fallait s’y attendre laissé indifférents historiens et acteurs politiques.

Contrairement à ses prédécesseurs, l’escale algéroise du jeune candidat Macron a virée à la polémique. Il est accusé d’avoir osé franchir « le pas qui dérange ».

L’historien Benjamin Stora, spécialiste du mouvement nationaliste algérien et de la guerre de libération, constate qu’il existe un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique. « Il y a un décalage entre la jeunesse et une partie de la classe politique, c’est pour ça que Macron, qui a 40 ans, l’a dit sur le ton de l’évidence. Et ça soulève de l’embarras à gauche, de la protestation à droite et de la virulence à l’extrême droite « , a-t-il dit.

Si dans la gauche, la sortie de Macron a surpris mais n’a pas pour autant pousser à la réaction, dans la classe politique française de droite et d’extrême droite notamment, les déclarations de l’ancien ministre de François Hollande ont provoqué un tollé dans la mesure où la « contribution civilisationnelle » continue de mystifier les croyances dédaigneuses de hauts responsables politiques de droite et d’extrême droite.

Benjamin Stora a souligné à ce propos que dans les travaux des historiens consacrés à la colonisation de l’Algérie, où des crimes ont été commis, « il est raconté des massacres, des atrocités, que n’importe quel historien sérieux connaît ».

Le natif de Constantine a aussi précisé que « la qualification de crime de guerre, de crime contre l’humanité, est une vieille question qui a affleuré sans arrêt dans les débats ».

A propos justement des réactions de la droite, Bendjamin stora a estimé que « ce sont des réactions convenues ». Quand on parle de l’histoire française, on parle des Lumières, de l’aspect glorieux, de la République égalitaire, etc. Mais très peu des zones d’ombre alors que l’histoire française en a », a-t-il expliqué, rappelant la loi de 2005 obligeant les professeurs à évoquer l’aspect « positif » de la colonisation.

« Pour la droite et l’extrême droite, l’histoire de France doit être prise comme un bloc. Mais à vouloir prendre l’histoire comme un bloc, on finirait par dire qu’il ne s’est rien passé sous Vichy, ou sous la Révolution française, comme le massacre des Vendéens !

’est une lecture à géométrie variable. Il y a aussi, à l’extrême droite, le maintien de la mémoire impériale et le refus de l’Algérie indépendante », a-t-il ajouté, précisant qu’on « ne s’intéresse qu’à une fraction, qui a souffert de la fin de cette histoire, les harkis et les rapatriés ». « Il faudrait demander leur point de vue aux anciens colonisés, qui ont vécu dans des sociétés coloniales pendant longtemps », a-t-il soutenu, reprenant à son compte la déclaration de Macron .

L’honnêteté à laquelle aurait du s’accrocher la France postcoloniale est qu’elle aurait dû songer, à faire sa repentance le jour du grand départ, ce jour la, un peuple décimé, le peuple algérien encore sous l’effet de la liesse de la victoire aurait peut-être naïvement réagit en acceptant les excuses.

Aujourd’hui cinquante-cinq ans plus tard, l’Algérie est porteuse d’espoir pour ses générations futures et, même si repentence il y a, il faudrait que les héritiers des Amirouche et Benmhidi daignent les accepter. 

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