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Nationale

Maçons cherchent patrons

Maçons cherchent  patrons

La flambée des prix en ce mois de janvier a touché sévèrement les matériaux de construction, plus particulièrement le rond à béton et le ciment. Du coup, nombre de chantiers sont à l’arrêt entraînant le chômage technique pour des milliers de pères de famille qui n’arrivent plus à joindre
les deux bouts.

Il y a quelque temps, les entrepreneurs et autres chefs d’entreprises diverses se plaignaient des difficultés à trouver de la main-d’œuvre. Avec ses nombreux chantiers lancés dans le cadre d’ambitieux plans quinquennaux de rattrapage en matière d’infrastructures, l’Algérie a pu faire baisser le taux de chômage de manière assez significative.

Quoiqu’une bonne partie des travailleurs demeuraient non déclarés et occupaient des postes précaires sans bénéficier de la couverture sociale ni des droits prévus par la réglementation.

C’est le cas dans le secteur du bâtiment où il a été un moment très ardu de recruter un maçon, un coffreur ou un manœuvre pendant ces belles années de plein emploi. En rajoutant à cela, la nouvelle mentalité de la « génération ANSEJ » qui préfère naturellement revendre des marchandises transportées dans de petites camionnettes financées par l’Etat plutôt que se fatiguer à travailler manuellement sur un chantier, les patrons engagés à réaliser de nouvelles cités en un temps record ont eu bien du mal à tenir parole.

Rareté du boulot

Il est à craindre aujourd’hui qu’avec les mesures d’austérité ayant suspendu nombre de projets, l’augmentation de pratiquement tous les produits importés conséquemment à la crise des revenus pétroliers et à la chute du dinar, la situation ait changé brutalement. Ali, maçon qualifié et expérimenté, témoigne : « L’année dernière, j’avais l’embarras du choix.

Un entrepreneur a mis une voiture à ma disposition, une journée de 6 heures de travail à 2500 DA, repas copieux à sa charge et assurance comprise. Pourvu que je travaille. Quand je m’absentais une journée, j’avais droit à des appels téléphoniques presque désespérés me suppliant de reprendre le plus tôt possible. Les maçons manquaient et des manœuvres se faisaient passer pour des maçons en profitant de leurs rémunérations pour un travail d’une qualité inacceptable… »

Nous avons rencontré Ali dans un café. Il fume nerveusement et s’agite entre le comptoir et la porte de sortie. Notre maçon attend un « patron » qui ne vient pas. « Maintenant, hormis quelques particuliers qui nous sollicitent pour des bricoles de deux ou trois jours, personne ne nous demande.

On dirait que le pays s’est arrêté de tourner. Je suis angoissé, je ne travaille pratiquement pas la moitié de la semaine et des fonctionnaires me disent d’attendre le week-end pour faire une gâche. J’ai prié vendredi dernier sur un échafaudage, faute de pouvoir payer le marchand de légumes et l’épicier qui m’accordent le crédit.

Spéculation…

Il faut dire que le quintal de ferraille, l’acier utilisé dans les armatures en béton armé, coûte actuellement près de 8 000 DA quand il faisait il y a quelques jours 5200 DA ; le ciment est passé de 500 DA le sac à près de 850 DA…Cette entreprise évoque la difficulté de continuer les travaux avec de tels écarts de prix des matériaux quand elle a soumissionné en fonction des tarifs anciens. « La révision des prix ne peut être supérieure à 10% dans certains cas bien spécifiques selon le cahier des charges.

Réaliser nos projets dans ce contexte de flambée du marché équivaut à travailler à perte et faire inévitablement faillite. On préfère encore assumer les pénalités de retard en pleurant auprès des services techniques pour obtenir des ODS d’arrêt de travaux pour cause d’intempéries. Il faut alors glisser la pièce… La crise excite aussi les corrompus. »

Et de terminer sur une note positive : « Heureusement, il paraît que les grossistes sont en train de déposer leurs dossiers de licence d’importation en ciment et le rond à béton pour inonder le marché et en terminer avec la spéculation actuelle due à la suspension des importations. » Les chômeurs devront donc attendre pour espérer une place dans des chantiers sinistrés aujourd’hui. 

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