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Nationale

«M. Djellab n’avait pas la qualité de membre de la commission monétaire !»

«M. Djellab n’avait pas la qualité de membre de la commission monétaire !»

Le procès en cassation d’Abdelmoumène Khalifa et des 73 autres accusés, poursuivis pour association de malfaiteurs, vol qualifié, faux et usage de faux dans les documents administratifs et comptables et abus de confiance, s’est poursuivi hier au tribunal criminel de Blida avec le passage à la barre de plusieurs témoins dans le scandale financier qui a secoué l’Algérie au début des années 2000 dans l’affaire dite de « la caisse principale de Khalifa Bank de Chéraga ».

Parmi les témoins qui se sont succédé aux témoignages pour donner leurs versions des faits figurent, entre autres, Cennina Lakhdar, d’ex-cadres et ex-fonctionnaires qui avaient occupé des postes de responsabilité au niveau d’institutions officielles, d’entreprises étatiques et même de sociétés privées.

Le premier témoin appelé à la barre était Cennina Lakhdar, alors liquidateur de la société Enitac. Il s’est contenté tout simplement de déclarer au président du tribunal criminel de Blida avoir procédé au dépôt de fonds estimés à 50 millions de dinars à la caisse principale de Khalifa Bank sur ordre de son chef hiérarchique, El Kitroussi Bouras, sans toutefois préciser si les sommes faramineuses ont été récupérées ou non.

Le deuxième témoin entendu était Lakhel Abdelkrim, l’ex-secrétaire général du ministère des Finances qui a maintenu les premières déclarations faites lors de l’instruction judiciaire. Il a déclaré à l’attention du juge d’audience : « J’ai reçu un rapport détaillé de la Banque d’Algérie en date du 18/12/2001 concernant les violations relatives à la législation de transfert des capitaux de et vers l’étranger conformément à l’ordonnance 22/96.

Et après avoir constaté les violations commises par Khalifa Bank j’ai immédiatement informé le ministre des Finances à l’époque, Mourad Medelci, et remis un autre rapport au juge d’instruction chargé de l’enquête judiciaire ». Il a tenu à préciser au président : « Lorsque Terbèche Mohamed a remplacé Mourad Medelci à la tête de la tutelle, il m’a demandé de lui remettre le dossier mais je lui ai dit que je l’ai remis à son prédécesseur ».

Le témoin a indiqué que « quelques temps plus tard, le ministère a réussi à se procurer ledit rapport qui lui a été remis par le ministre Terbèche Mohamed qui l’a chargé de désigner un comité pour l’examen du dossier.

Ce qui a été fait entre les 10 et 11 décembre 2002. Le comité qui était composé du trésorier, du président de l’inspection générale des finances et du directeur de la trésorerie a conclu que les agents de la Banque d’Algérie qui ont rédigé le rapport n’étaient pas assermentés ». Il a indiqué : « Je n’ouvrais pas droit, monsieur le président, de consulter le rapport étant donné que le courrier était adressé au nom de l’ancien ministre des Finances Mourad Medelci »

Dépassements et violations

Le troisième témoin qui a défilé devant le président en charge de l’affaire était Akrouf Kamel. Il occupait le poste de secrétaire général de la commission monétaire de la Banque Centrale d’Algérie qui a maintenu la quasi-totalité de ses premières déclarations faites au cours des judiciaire concernant les dépassements d’anciens cadres et fonctionnaires de différentes agences de Khalifa Bank. Il s’est longuement étalé sur les violations relevées lors des inspections au sein des différentes agences bancaires.

Il n’a pas manqué de déclarer au juge que parmi les principales anomalies découvertes, était le faux en écritures dans les contrats relatifs à la création de Khalifa Bank en date du 28/09/1998, et celui des changements des membres de cette institution bancaire en date du 12/11/1998, et que les rapports dans ce sens ont été établis le 09/03/2000 puis transmis à la commission le 28/03/2000.

Le témoin a par ailleurs affirmé que la Khalifa Bank n’a pas respecté les formalités concernant ces deux points. Il a en outre indiqué qu’en « dépit de son rôle qui est beaucoup plus disciplinaire, la commission monétaire de la Banque d’Algérie n’a pas pris des mesures dans ce sens contre Khalifa Bank ». Il a tenu à préciser au juge : « La banque d’Algérie a trouvé beaucoup de difficultés pour la réception des budgets des différentes agences de Khalifa Bank.

Les commissaires aux comptes et les experts -comptables ont estimé n’avoir pu établir leurs rapports suite à la non-tenue de l’assemblée générale de Khalifa Bank et le renouvellement des délais dont elle bénéficié de la part du tribunal de Chéraga. »

Le quatrième témoin était Maachou Ben Omar. Ce cadre, qui a occupé plusieurs postes de responsabilité notamment ancien magistrat et ex-membre de la commission de la Banque centrale d’Algérie, a déclaré : « Malgré les infractions commises par Khalifa Bank sur tous les plans et qui ont été mentionnées par les inspecteurs dans les rapports, on n’a pas pris de mesures disciplinaires ! ».

Maachou Ben Omar a affirmé qu’« avant la liquidation de Khalifa Bank j’ai procédé au gel de toutes les opérations relatives au transfert des capitaux de l’Algérie vers l’étranger mais il n’a pas, par contre, procédé de la même sorte quant aux transferts des capitaux de l’étranger vers l’Algérie ».

L’Union Bank, la BCIA et la CAAR

A la question de savoir si la commission de la Banque centrale d’Algérie se réunissait uniquement pour l’évaluation de la situation de Khalifa Bank que gérait Abdelmoumene Rafik Khalifa, le témoin a déclaré : « Non, monsieur le président, on se réunissait pour également discuter des problèmes qui ont secoué certaines banques dont Union Bank, BCIA et même la CAAR ! ».

« Vous vous contredites » monsieur Maachou ! coupe le président Devant le juge d’instruction lors de la 1e comparution vous avez déclaré que : « Les rapports établis n’ont jamais été transmis à Khalifa Abdelmoumene car ils n’ont jamais atterri à l’inspection générale de la banque qu’il gérait ! ».

Il a par ailleurs souligné « les membres de la commission estimaient même que Khalifa Bank n’avait pas relevé des contradictions dans les chiffres comptables ou des retards dans les déclarations depuis l’ouverture de son activité en 1998 jusqu’à 2002 ».

De son côté, le témoin Benziada Brahim,ex- membre de la commission monétaire de la Banque d’Algérie, a déclaré « avoir participé au gel provisoire du commerce extérieur de la banque Khalifa émanant de la direction de la monnaie du 27/11/2002.

Il convient de signaler que les prochains jours seront riches en matière de témoignages pour la simple raison que d’ex- et actuels ministres seront entendus en qualité de témoins dans le cadre de cette affaire, à l’instar de l’ex-ministre des Finances Mourad Medelci, de l’actuel ministre de l’Habitat Abdelmadjid Tebboune, d’Abou Djorra Soltani ex-ministre du Travail et des œuvres sociales, de Terbèche Mohamed, ancien ministre des Finances, de Karim Djoudi, ex-ministre des finances.

D’autres témoins seront entendus à l’image de Mohamed Raouraoua président de la fédération algérienne de football, Sidi Said secrétaire général de l’UGTA, des présidents de club sportif tels que Said Allik ex-président de l’USMAlger, Mohand Chérif Hannachi, président de la J.SKabylie, Serrar Abdelhakim, ex-président de l’ES Sétif et Lakhdar Belloumi, ex-joueur.

Il est à rappeler que Khalifa Abdemoumene a pris la parole hier pour souligner contre toute attente que la présence de Mohamed Djellab en tant que membre de la commission monétaire de la Banque d’Algérie n’était pas légale, car elle ne remplissait pas les critères définis par la loi qui stipule que les noms des inspecteurs doivent être portés sur le tableau au niveau du ministère de la Justice.

Il a déclaré : « Cette dernière dans laquelle figure l’ancien ministre des Finances n’avait pas la qualité de prendre des décisions qui ont contribué à la situation de la banque Khalifa. »

Les auditions se poursuivront aujourd’hui avec le passage à la barre d’autres témoins, probablement des ex-cadres et ex-fonctionnaires ayant occupé des postes clés au sein des différentes entreprises étatiques, pour donner leurs versions des faits sur les dépôts de fonds à la caisse principale de Khalifa Bank et sur les pertes considérables qu’ils ont subies suite à la dissolution de cette institution bancaire privée.

En outre, le notaire Rahal Omar, dont le nom a été cité à maintes reprises au cours des débats d’hier par les témoins qui se sont succédé à la barre, n’a pas fait son apparition dans la salle d’audience et se trouve toujours dans l’infirmerie se trouvant au siège de la cour de Blida.
 

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