Lutte contre le cancer : L’Algérie renforce sa stratégie nationale
L’Algérie renforce sa stratégie nationale contre le cancer. Le Dr Djamel Fourar, directeur de la prévention au ministère de la Santé, a réitéré, ce lundi, l’engagement de l’Etat à faire de cette maladie une priorité nationale, sous le thème « Unis contre le cancer ».
Intervenant lors d’une journée d’étude organisée à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, le Dr Fourar a souligné la gravité de cette maladie et ses répercussions sur la société. « Le cancer est devenu un problème de santé publique aux dimensions sociales et économiques considérables », a-t-il déclaré, rappelant que les prévisions mondiales estiment à 26,4 millions de nouveaux cas et 17,5 millions de décès d’ici à 2030.
Selon les données épidémiologiques nationales, le nombre de cas de cancer continue de croître. 51 096 cas ont été recensés en 2022 et 56 319 en 2023. Chez les femmes, les cancers les plus fréquents sont le cancer du sein, le cancer colorectal, le cancer de la thyroïde, le cancer de l’ovaire et le cancer de l’estomac, tandis que chez les hommes, les formes les plus répandues concernent le cancer de la prostate, le cancer du poumon, le cancer de la vessie ainsi que le cancer de l’estomac.
Face à l’urgence de la situation, le ministère de la Santé a officiellement érigé la lutte contre le cancer au rang de priorité nationale absolue. Pour porter cette ambition, le Dr Fourar a détaillé une stratégie nationale intégrée, dont le premier volet repose sur une prévention active centrée sur le mode de vie. Le ministère déploie désormais des programmes d’envergure ciblant les principaux facteurs de risque, tels que le tabagisme, l’obésité et la sédentarité.
Parallèlement à la prévention, le dépistage précoce s’impose comme un pilier indispensable pour faire reculer la mortalité. Le Dr Fourar a insisté sur la généralisation des programmes de dépistage organisé, avec une attention particulière portée au cancer du col de l’utérus.
Le volet médical bénéficie également d’une modernisation thérapeutique sans précédent. Des investissements colossaux sont actuellement engagés pour la création et l’équipement de centres hospitaliers spécialisés, dotés des technologies les plus avancées. Cette mise à niveau des infrastructures s’accompagne d’une gestion rigoureuse de la chaîne d’approvisionnement afin de sécuriser la disponibilité constante des médicaments anticancéreux, garantissant ainsi une continuité de traitement pour chaque patient.
Enfin, l’avenir de la lutte contre le cancer repose sur le renforcement du capital humain et de l’expertise scientifique. Le ministère mise sur la formation continue des médecins et des personnels paramédicaux pour élever les standards de prise en charge. Ce volet pédagogique est désormais indissociable d’une coopération accrue avec les universités et les centres de recherche, permettant à l’Algérie de s’aligner sur les progrès scientifiques mondiaux et d’innover en matière de protocoles de soins.
Au-delà de l’aspect technique, le Dr Fourar a tenu à rendre un hommage appuyé aux patients, saluant leur « courage et leur patience ». Il a souligné que la lutte contre le cancer ne peut être l’affaire d’un seul ministère, mais nécessite une mobilisation transversale incluant la société civile, les médias et les associations de patients.
« Il s’agit d’une responsabilité collective », a-t-il rappelé, martelant que le partenariat global est la seule voie pour garantir un accès équitable aux soins et assurer la continuité des services de santé sur l’ensemble du territoire. En clôturant son allocution, le directeur de la prévention a réaffirmé le soutien indéfectible de l’institution aux malades, plaçant la dignité humaine au cœur de cette bataille de longue haleine.
Une hausse de plus de 50 % pour 2040
De son côté, le Pr Adda BounedjarAdda Bounedjar Chef de service Oncologie Médicale Centre Anti Cancer CAC BLIDA. Président société Algérienne de Formation et de la Recherche en Oncologie SAFRO. Vice président Arab Médical Association Against AMAAC, président de la commission nationale de prévention et de lutte contre le cancer, a exposé les défis majeurs et les priorités de la nouvelle stratégie nationale. Entre objectifs de l’OMS et spécificités locales, le constat est sans appel : l’action doit être immédiate. Le Pr Bounedjar a, d’emblée, rappelé l’urgence mondiale. Alors que le monde enregistre actuellement 20 millions de nouveaux cas par an, les projections pour 2040 prévoient une hausse de plus de 50 %, atteignant la barre des 30 millions. « S’il est complexe de réduire drastiquement l’incidence, notre priorité absolue est de réduire la mortalité », a-t-il affirmé. Pour l’Algérie, le cancer du sein demeure le défi numéro un, avec plus de 15 000 cas annuels, soit 25 % de la pathologie cancéreuse nationale.
La nouvelle stratégie nationale de lutte contre le cancer 2035 mise d’abord sur une prévention offensive. Le Pr Bounedjar a annoncé l’introduction officielle du vaccin contre le cancer du col de l’utérus en Algérie dès 2026. Ce plan s’attaque également aux racines du mal : le tabagisme et l’obésité, tout en consolidant les acquis nationaux en matière d’hygiène environnementale.
Le deuxième axe priorise le dépistage précoce pour briser la courbe de mortalité. Les efforts se concentrent sur les pathologies les plus répandues : sein et col de l’utérus chez la femme, prostate chez l’homme ainsi que le cancer colorectal pour les deux sexes.
Sur le plan de la prise en charge, le Pr Bounedjar prône une amélioration du parcours de soins, avec un accent inédit sur la fin de vie.
Enfin, l’avenir du secteur repose sur la recherche et l’ultra-spécialisation. Alors que 60 % de la recherche médicale mondiale concerne l’oncologie, l’Algérie doit intensifier ses études cliniques locales. Ce saut scientifique s’accompagne d’une réforme de la formation des médecins, passant d’un cursus généraliste à une expertise de pointe. Pour le Pr Bounedjar, seule cette synergie entre science et engagement humain pourrait protéger durablement les générations futures.