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Nationale

L’urgence malienne

L’urgence malienne

Dès les premiers moments de la prise d’otages qui a ciblé la clientèle de l’hôtel de luxe, le Radison Blu situé dans un quartier résidentiel de Bamako, des médias et commentateurs ont choisi de s’interroger sur l’avenir du processus de paix au Mali.

En ciblant, pour leur part, l’accord l’Alger qui suscite l’admiration de la communauté internationale en contrariant l’agenda de certaines parties tirant profit du chaos dans la zone sahélo-saharienne. Question : l’activité terroriste au Mali peut-elle saper les efforts de réconciliation nationale ?

Au moment où les médias scrutaient l’actualité terroriste en France et en Belgique, c’est une capitale africaine, Bamako, qui a été frappée vendredi dernier dans la matinée par un petit commando de preneurs d’otages.

Avec pour cible un établissement hôtelier de grand standing et réputé pour héberger beaucoup d’étrangers, surtout depuis qu’un autre établissement, l’hôtel de l’Amitié, a été réquisitionné par la MINUSMA, la mission onusienne du maintien de la paix dans le nord du Mali.

Des images rendant compte, pratiquement en direct, de la situation qui prévalait dans le complexe touristique, ont animé les écrans télés du monde entier avec des spéculations plus ou moins savantes sur les motivations des terroristes et le traitement que les autorités maliennes allaient leur réserver.

Mais, par-delà la fantaisie de l’analyse hâtive de faux experts consultés à chaud par les rédactions excitées de certains médias, c’est cette hypothèse farfelue qui aura retenu l’attention des observateurs avertis de la scène politico-militaire du Mali.

Il s’agit du lien qu’on a voulu faire entre cette action terroriste, revendiquée par El Mourabitoune, connu dans la nomenclature des services de sécurité à l’échelle mondiale, et le processus de paix au Mali qui a abouti à la signature d’un accord historique au printemps dernier sous les bons auspices de l’Algérie chef de file de la médiation internationale.

Préalable antiterroriste

En effet, quiconque s’est un peu intéressé objectivement à cette patiente médiation entre le gouvernement malien et les différents groupes politico-armés de la rébellion du nord du Mali, devrait savoir que les groupes affiliés à la nébuleuse terroriste, qui infestent la bande sahélo-saharienne, ont été exclus explicitement des pourparlers de paix.

S’en démarquer a même été une condition sine qua non posée par le gouvernement malien ainsi que les médiateurs et acceptée par les représentants de l’Azawad.

On ne comprend donc pas pourquoi, aujourd’hui, la recrudescence d’attentats de nature terroriste pourrait remettre en question les négociations inclusives qui ont gardé comme totem sacré l’unité territoriale de la République malienne. Les signataires de l’Accord d’Alger ont aussi renoncé à l’action armée contre les FAMA (forces armées maliennes).

Mieux encore, les parties se sont engagées à s’associer dans une lutte commune contre le terrorisme qui sème la désolation dans le Septentrion déjà soumis à une extrême pauvreté, dans un environnement naturel où la vie quotidienne a toujours été rude.

Front uni

C’est pourquoi, l’attaque qui a visé le sud du pays dans un quartier de la capitale qu’on aurait cru sécurisé, ne peut pas fragiliser une réconciliation nationale entre un pouvoir central et une rébellion dont le combat politique, identitaire et social, a été pollué par le truchement du narco-terrorisme qui a corrompu l’un de ses leaders charismatique, le tristement célèbre Yiad Ag Ghali considéré comme un traître à la cause touarègue.

Au contraire, maintenant que la décantation a permis d’isoler les terroristes des groupes politico-armés qui ont œuvré pour un retour à la paix civile, il faut s’attendre à ce que la mise en œuvre de l’accord d’Alger permette rapidement une riposte militaire combinée entre les forces régulières de l’armée malienne et les différentes factions d’ex-rebelles connaissant le vaste terrain où se cachent les mercenaires terroristes venus des quatre coins du monde par la porte libyenne depuis le renversement de Kadhafi.

Du nerf de la guerre…

A condition qu’un coup d’accélérateur soit donné à cette mise en œuvre quelque peu grippée, comme l’atteste la déclaration conjointe de la CMA et de la Plateforme qui coïncide malheureusement avec l’attaque du Radison Blu à Bamako.

Le texte, signé par Sidi Brahim Ould Sidatt pour la CMA et Me Harouna Toureh au nom de la Plateforme, s’insurge contre le retard accusé pour instaurer la période intérimaire prévue par l’accord : « Cette période, qui aurait dû s’ouvrir immédiatement après la signature de l’Accord et favoriser la désignation des autorités transitoires, y compris au niveau des nouvelles créations, n’a toujours pas vu le jour.

La CMA et la Plateforme invitent le gouvernement du Mali à engager des concertations formelles avec les autres parties pour la mise en œuvre effective de cette disposition importante de l’Accord.

Par ailleurs, la CMA et la Plateforme regrettent que le plan d’urgence visant à améliorer les conditions de vie des populations n’ait pas connu, à ce jour, un début d’exécution. »
Or, pour ceux qui ont pu suivre de près les négociations, de cette question politique de la désignation de nouvelles autorités découlera une répartition du pouvoir plus équilibrée au sein de la rébellion.

Pour une orientation militaire rompant avec les clivages féodaux qui ont été, jusque-là, en faveur des narcoterroristes. Taboues au niveau du pouvoir jacobin de Bamako et dans le discours officiel de la médiation, ces considérations éthno-culturelles doivent contribuer à instaurer une gouvernance rénovée dans le nord du Mali. 

On doit donc espérer que la trentaine de victimes décédées au cours de la prise d’otages dans un hôtel de la capitale exhorte le président malien Ibrahim Boubakar Keita à doper la mise en œuvre de l’accord d’Alger. Pour peu que les bailleurs de fonds tiennent leur promesse, en finançant la paix pour renforcer le front de l’antiterrorisme.

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