L’union par le concret: Le nouveau paradigme Alger – Nouakchott
Exploiter pleinement le potentiel existant dans divers secteurs, lever les contraintes opérationnelles et porter la coopération économique à la hauteur des relations historiques et politiques qui lient les deux pays, c’est ce qui est principalement attendu de la 20e Grande Commission mixte algéro-mauritanienne, dont les travaux au niveau des experts ont débuté à Alger. Les deux parties vont ainsi amorcer une nouvelle étape de coopération, selon l’expert Abderrahmane Hadef.
Alger et Nouakchott sont au rendez-vous du renforcement du partenariat multidimensionnel, mais surtout de la concrétisation d’un partenariat stratégique. Les experts des deux pays se sont mis au travail depuis dimanche à Alger. Les délégations des deux pays passent en revue les relations de coopération et de partenariat mais aussi les moyens de les renforcer, avant de s’atteler à l’élaboration des projets d’accord et du procès-verbal de la session. Ces documents seront signés demain, lors d’une cérémonie coprésidée par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, et son homologue mauritanien, Mokhtar Ould Diay.
Pour le consultant international en développement économique Abderrahmane Hadef, les deux parties vont amorcer une nouvelle étape de coopération, sachant que « les fondations d’un partenariat d’exception sont posées ». Le relais doit être ainsi pris par les acteurs économiques et institutionnels, qui devront transformer cette vision en une réussite « concrète et irréversible », a précisé M. Hadef, dans sa déclaration au Jeune Indépendant.
« Nous sommes dans une approche allant de la vision à la concrétisation », a-t-il affirmé, précisant que « la 20e session de la Grande Commission mixte ne doit pas être une fin en soi mais le catalyseur d’une nouvelle dynamique de résultats ».
Selon lui, la réussite de cet axe Alger-Nouakchott se mesurera à la réalité des chiffres, à savoir, le volume des échanges commerciaux, la mise en service des infrastructures et l’impact direct sur le développement des populations frontalières, notant que la tenue de cette 20e session s’inscrit dans un tournant décisif. « Loin d’être une simple formalité institutionnelle, ce rendez-vous témoigne d’une volonté politique commune de franchir un palier qualitatif, celui de passer d’une relation de bon voisinage à un partenariat stratégique multidimensionnel », a estimé le consultant international en développement économique.
Transformer les engagements en flux économiques réels
Pour ce dernier, une question fondamentale s’impose : celle de savoir si le potentiel de coopération entre Alger et Nouakchott est enfin sur le point d’être pleinement libéré, après deux décennies d’échanges. Pour M. Hadef, si des avancées notables ont été enregistrées, le décalage entre les ambitions affichées et les réalités économiques appelle aujourd’hui à une accélération de la mise en œuvre opérationnelle.
Il a, dans ce sens, signalé la nécessité de changer de paradigme, soulignant la stabilité historique des relations algéro-mauritaniennes, lesquelles, a-t-il signalé, ont connu un véritable point d’inflexion lors de la visite d’Etat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à Alger, en décembre 2021. « Ce sommet a acté une nouvelle doctrine, celle de transformer la proximité géographique en un moteur d’intégration économique », a indiqué le consultant en développement économique, affirmant que l’enjeu de cette 20e session réside dans la levée des contraintes opérationnelles pour transformer les engagements pris lors de la 19e session de 2022, avec la signature de 26 accords sectoriels, en flux économiques réels.
Interrogé sur les secteurs porteurs qui peuvent faire l’objet de partenariat renforcé entre les deux pays, M. Hadef a mis en avant quatre leviers d’une intégration durable. Il s’agit de l’énergie, des infrastructures, des mines, de l’industrie et de l’économie bleue. Le secteur de l’énergie est qualifié de « socle de la souveraineté partagée », selon le consultant, qui affirme que « l’interconnexion électrique entre les deux réseaux est une priorité ». L’objectif, a-t-il ajouté, est de créer une synergie entre Sonelgaz et Somelec (Société mauritanienne d’électricité) pour favoriser la sécurité énergétique, mais aussi un transfert de savoir-faire technologique essentiel au développement des infrastructures locales.
Signalant le fait que le projet routier Tindouf–Zouerate (840 km) dépasse la simple dimension bilatérale, M. Hadef a également évoqué un autre levier de coopération dans le secteur des mines et de l’industrie, signalant « une complémentarité frappante » entre les deux pays. « La Mauritanie dispose de ressources minières massives, tandis que l’Algérie a consolidé une expertise industrielle dans la transformation. La coopération doit désormais viser la transformation locale (engrais, sidérurgie), rompant ainsi avec le modèle classique de l’extraction brute pour s’orienter vers une industrialisation partagée », a-t-il indiqué, signalant aussi la coopération dans le secteur halieutique ainsi que le renforcement des capacités humaines, notamment à travers des échanges académiques et la formation professionnelle.
Pour ce qui est de la portée et de l’impact du partenariat pour les deux parties, M. Hadef a estimé que « pour la Mauritanie, ce partenariat garantit un accès privilégié à une expertise technique et industrielle diversifiée », alors que pour l’Algérie, « il s’agit d’un axe majeur de sa profondeur stratégique vers l’Afrique de l’Ouest ».