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Nationale

L’ultime cri de désespoir du dernier historique

L’ultime cri de désespoir du dernier historique

« La nature a donné aux grands hommes de faire et laissé aux autres de juger ».
Citation de Vauvenargues (1746)

En choisissant sa terre natale pour y être enterré, -refusant au passage les honneurs du cimetière d’El Alia où sont enterrées les grandes figures du mouvement national-, Aït Ahmed a plus que jamais mis en évidence et jusqu’ au bout le mot consensus.

La dépouille de Hocine Aït Ahmed, le dernier des « historiques » décédé le 23 décembre dernier en Suisse, sera rapatriée aujourd’hui à 15h00 à Alger à bord d’un avion d’Air Algérie en provenance de Lausanne.

Une veillée de recueillement sera organisée le même jour au siège de son parti, avant son transfert demain à son village natal Ath Ahmed pour y être enterré aux côtés de son grand-père cheikh Mohand Ulhocine. La Kabylie s’apprête à enterrer demain à Ath Ahmed, à Aïn El Hammam, l’un de ses dignes fils, Hocine Aït Ahmed qui a tant donné pour elle et pour l’Algérie. Ils sont surveillés, critiqués, souvent sous-estimés.

Pourtant, certains sont tout simplement de grands hommes. Comme celle de ces hommes, sa disparition mérite bien la mise en berne des drapeaux.

La patrie tout entière lui rend hommage, pas seulement les habitants de son village natal qui savent exactement ce qu’ils lui doivent. Or, un grand homme se mesure à l’empreinte qu’il laisse sur sa société, mais aussi sur la société tout entière et sur l’image de son pays.

En 70 ans d’engagement politique, à l’âge de 17 ans, d’abord pour l’indépendance du pays dès 1945 et ensuite en 1963, un an après l’indépendance du pays en opposant au système dictatorial mis en place, le fils de Aïn El Hammam a marqué sa génération. Mais qui était cet homme que les Algériens pleurent ?

Qui était ce leader, cet opposant infatigable qui semble avoir marqué son peuple ? Il est indéniable que le personnage n’a laissé personne indifférent.Était-il un grand homme ? Sans aucun doute ! Était-il aimé par tous ? Pas particulièrement.

Successivement craint, détesté, certains diront même haï puis respecté comme un héros, il aura inspiré des générations d’Algériens. L’histoire de cet homme dont tout le parcours est fait de hauts et de bas, d’échecs et de succès, de plus belles réalisations nous enseigne des leçons formidables que les leaders et aspirants leaders doivent ne jamais oublier.

Il était un homme humble. Il en a donné la preuve à chacun des évènements marquants de l’histoire du pays. Ses convictions forçaient l’admiration. Il est apparu à un moment où, reconnaissons-le, le pays avait bien besoin d’un peu d’ordre et le peuple de guide. C’est en 1948 en prenant la tête de l’Organisation secrète (OS) qu’il pensa et coucha sur papier ses qualités de chef. Seul compte l’héritage qu’il laisse aux générations futures.

Aujourd’hui, tous lui rendent un hommage à la hauteur de l’admiration qu’ils ont pour lui.Et avouons-le, la plupart de ceux qui,aujourd’hui, font l’éloge du disparu sont d’une autre époque. Ils n’ont connu son époque qu’à travers le récit et les témoignages de leurs parents. Ils ont par contre connu le démocrate et homme de paix.Il aura été, jusqu’au bout, un homme de paix et de sagesse.

Loin de nous l’idée de faire passer le disparu pour un homme parfait.Mais au soir de sa vie, à la veille d’un autre moment important de l’histoire de notre pays, au successeur de ce héros du peuple, retenez que personne ne vous demande d’être parfait, juste d’être une inspiration pour les générations futures.

Par ailleurs, le village Ath Ahmed, qui se prépare à accueillir plusieurs milliers de personnes, a complètement changé de visage durant ces derniers jours. À 24 h de l’enterrement, ce petit village grouille déjà de monde venu de tous les coins d’Algérie.

Le défunt a laissé un testament à sa famille dans lequel il enjoint à ses amis et ses proches, entre autres volontés, de faire participer Mouloud Hamrouche et Abdelhamid Mehri (décédé le 30 janvier 2012) à ses funérailles.La volonté du défunt consistait en ce que ces deux personnalités accompagnent sa dépouille mortelle de sa maison à Lausanne (Suisse) jusqu’à sa dernière demeure en Algérie.

Et c’est dans cette optique que Mouloud Hamrouche s’est déplacé mardi dernier à Lausanne pour assister à la cérémonie de recueillement sur la dépouille mortelle. Était également présent en SuisseAhmed Taleb Brahimi, parmi les personnes venues assister à la même cérémonie au cours de laquelle le chanteur Idir a rendu un hommage en chanson au défunt.

Cette cérémonie de recueillement a été organisée au centre funéraire de Montoie de Lausanne. Famille, amis, personnalités algériennes, notamment Mouloud Hamrouche, Taleb Brahimi, ainsi que des personnalités politiques suisses telles que Luc Recordon ou Ueli Leuenberger étaient présents.

La mère et la sœur du chanteur Matoub Lounès ont également fait le déplacement de Paris jusqu’à Lausanne pour cet ultime hommage.

Les témoignages exprimés lors de cette cérémonie ont tous salué une personnalité hors norme et la ténacité de son combat en faveur de la démocratie, du pluralisme et des droits de l’homme.

La philosophe suisse Marie-Claire Caloz Tschopp a déclaré lors de sa prise de parole que « nous perdons un grand résistant, qui a souvent eu raison avant d’autres et qui nous a appris que les droits sont trop précieux pour être instrumentalisés ».

Pour la fille de Hocine Aït Ahmed, Bouchra, « son engagement a pesé sur toute son existence et sur celle de sa famille » et « c’était un amoureux des gens, un homme de cœur. Il avait foi en la justice, c’était son maître mot ». Le doyen de la Faculté de droit d’Alger, Madjid Benchikh, a rappelé à quel point les institutions politiques helvétiques et la collégialité inspiraient Hocine Aït-Ahmed. 

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