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Nationale

Louiza Aït Hamadouche : « L’émergence de forces organisées est une nécessité »

Louiza Aït Hamadouche  :  « L’émergence de forces organisées est une nécessité »

 L’existence de forces politiques organisées au sein du hirak est devenue une nécessité avec des objectifs tracés, clairs et bien définis, face à un pouvoir qui se montre de plus en plus résilient en raison de ses propres contradictions internes.
C’est ce qui ressort de l’analyse de la politologue et enseignante à l’université d’Alger 3, Louiza Aït Hamadouche, sur le mouvement de contestation qui se poursuit depuis onze mois. Une analyse présentée lors d’une conférence-débat samedi à Alger, ayant pour thème « La résilience du pouvoir à l’épreuve du hirak ».
Tentant de décortiquer le phénomène du hirak, le professeur Aït Hamadouche estime que livrer une analyse sur ce mouvement est une réflexion difficile, compte tenu d’une double complexité liée d’une part au hirak en tant que phénomène en cours d’évolution, et d’autre part à la nature résiliente du pouvoir politique.
Sur ce caractère résilient, la politologue a avancé plusieurs arguments, telle la capacité de maintenir le système en changeant le régime, arc-bouté sur des ressources variées, en citant à ce propos trois sortes de ressources d’ordre symbolique, matériel ou encore humain. 
Les ressources symboliques, décortique-t-elle, résident dans ce qu’elle appelle ‘’l’altérité’’. C’est-à-dire que le système qui a exploité l’existence d’un ennemi lors de la période coloniale pour se faire une « légitimité révolutionnaire » a doublé de recrudescence en exploitant la situation du terrorisme des années 1990 pour se faire une autre légitimité, sécuritaire celle-là.
Quant aux ressources matérielles, elle explique que le système rentier et la distribution sans redevabilité constituent un des principaux appuis du pouvoir. Chiffres à l’appui, la conférencière a expliqué qu’il s’agit d’un esprit d’irresponsabilité qu’on inculque au citoyen algérien via les transferts sociaux atteignant en 2019 8,2% du PIB, des subventions alimentaires estimées à 12%, sans omettre 42% des crédits destinés à la création de micro-entreprises qui n’ont pas été remboursés. 
À propos des ressources humaines, l’universitaire relève notamment la base sociale sur laquelle compte le pouvoir en vue de se régénérer et de se maintenir en place. Ce sont essentiellement les acteurs fondateurs, telle l’instance militaro-sécuritaire, et les acteurs « consolidateurs » constitués par le cercle des oligarques, les partis politiques et la société civile ou encore les confréries (zaouïas).
Dans le même ordre d’idée, l’étude de l’universitaire fait ressortir que le hirak a maintenu l’intériorisation de ‘’l’altérité’’, qui se manifeste à travers le clivage idéologique au sein du mouvement populaire, ainsi que le discours de diabolisation des franges de la société soutenant les élections. Néanmoins, le pouvoir perd visiblement en légitimité réappropriée par le hirak, qui a su être uni et national autour des symboles de la révolution de libération et rejette toute ingérence étrangère.
Les partis n’ont pas fait leur mea culpa 
Evoquant la place de la classe politique dans le hirak, Aït Hamadouche estime que cette dernière est prisonnière du système précédent et n’est pas loin de reproduire le scénario de celle des années 1990, qui exerçait dans la clandestinité durant la période du parti unique et continuait à fonctionner selon les réflexes de la clandestinité durant même le pluralisme partisan. Ce qui justifie, dit-elle, le fait que la plupart des partis n’ont pas réussi à appliquer les valeurs démocratiques au sein de leur formation, telle que l’alternance au pouvoir.
Et d’indiquer que les partis sont, par ailleurs, victimes du phénomène de « départicipation » politique imposé systématiquement sur la société depuis les vingt dernières années, et qui a réduit le citoyen algérien à avoir des revendications très « à terre ». Ce même phénomène, s’est-elle étalée, a facilité énormément l’usage de la « fraude intelligente » lors des rendez-vous électoraux, en désignant à l’avance le vainqueur via la politique des quotas. Ainsi, les partis politiques n’avaient le choix qu’entre le boycott desdits rendez-vous ou la participation à un jeu politique dont ils ne fixent absolument pas les règles. Cet état de fait, explique la politologue, a mis les partis dans une situation embarrassante, celle de choisir entre la « peste et le choléra ».
Dans son analyse, la spécialiste soutient en outre que les partis politiques n’ont pas pu adopter durant les onze mois du hirak un discours de vérité auprès de l’opinion publique. Ce qui a creusé davantage le fossé déjà grandissant entre eux et le simple citoyen. Et pour conclure, la politologue souligne que du côté du pouvoir, il y a l’émergence d’un nouveau régime en changeant d’acteurs mais pas les pratiques. Quand du côté du hirak on note la concrétisation d’un acquis non négligeable, celui de la conquête des espaces de nouvelles légitimités grâce à son pacifisme et à son endurance. 

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