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Nationale

Louh poursuivi pour corruption

Louh poursuivi pour corruption

Le feuilleton des poursuites judiciaires contre les ex-cadres ayant bénéficié de portefeuilles ministériels du temps du président de la République sortant, Abdelaziz Bouteflika, se poursuit avec l’ouverture, cette fois-ci, d’une instruction contre l’ex-ministre de la Justice Tayeb Louh.
En effet, dans un communiqué de presse, le procureur de la République du tribunal de Sidi M’hamed a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire concernant Tayeb Louh.
Conformément aux dispositions de l’article 11 alinéa 3 du code de procédures pénales, le procureur en titre, Fayçal Ben Daas, a chargé, le 23 juillet 2019, l’Office central de la répression de la corruption d’ouvrir une instruction préliminaire contre Tayeb Louh pour des faits à caractère pénal relatifs à la malversation.
Le procureur du tribunal d’Alger, et pour ne pas entraver le bon déroulement de l’investigation préliminaire, a signifié à Tayeb Louh l’interdiction de sortie du territoire national, conformément à l’article 36 du code de procédures pénales.
L’ancien ministre a usé de son autorité et de son influence pour s’ingérer dans le traitement de gros dossiers tels que ceux de Khalifa Bank d’Abdelmoumène Khalifa, de la Sonatrach et celui de l’autoroute Est-Ouest, et ce dans le but de protéger ses ex-collègues (les ex-ministres) dont la majorité se trouvent actuellement à la prison d’El-Harrach. 
Peu de temps après son installation à la tête de la Cour suprême, le premier président de cette institution, Abderrachid Tebbi, a ordonné de rouvrir trois des plus importants, dossiers de corruption qui ont marqué les deux décennies du régime du Bouteflika. 
Le premier dossier sur lequel a statué la Cour suprême est celui de l’autoroute Est-Ouest, ouvert en 2009 par les officiers de l’ex-DRS (Département du renseignement et de la sécurité), dont le rapport préliminaire fait état des résultats de l’enquête sur les conditions d’octroi des marchés de réalisation de l’autoroute par l’intermédiaire du Franco-Angolais Pierre Falcone à des sociétés chinoise (Citic CRCC) et japonaise (Cojaal), mais aussi sur les circonstances dans lesquelles de nombreuses sociétés étrangères ont obtenu des contrats dans le domaine du transport et de l’hydraulique en Algérie.
De nombreuses personnalités dont l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, alors ministre des Ressources en eau, Amar Ghoul, ex-ministre des Travaux publics, Mohamed Bedjaoui, ex-ministre des Affaires étrangères, ainsi que des hommes d’affaires, le Luxembourgeois Mohamed Chani et le richissime Tayeb Kouidri, installé en Suisse, sont impliqués. Aussi bien lors de l’instruction que lors du procès, une bonne partie des personnalités citées ont été épargnées. Le seul responsable entendu en tant que témoin et par écrit par le juge alors en charge du dossier a été Amar Ghoul.
Le représentant du ministère public ainsi que les mis en cause se sont pourvus en cassation devant la Cour suprême. Il y a deux semaines, cette haute juridiction a statué sur l’affaire et l’a renvoyée devant le tribunal criminel près la cour d’Alger, instruit pour demander l’ouverture d’une enquête complémentaire.
Le deuxième dossier que la Cour suprême a examiné dernièrement est celui de la Sonatrach. Un scandale aux ramifications internationales qui a éclaté en 2010 et au centre duquel se trouve l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, et Farid Bedjaoui, son conseiller financier, celui-là même qui avait été condamné par la justice italienne dans le cadre des 197 millions d’euros de commissions versés par Saipem, filiale du groupe pétrolier italien Eni, aux responsables algériens en vue d’obtenir des marchés en Algérie.
En 2013, l’enquête judiciaire a abouti à l’inculpation de Chakib Khelil, mais celui-ci a réussi à quitter le pays. Des mandats d’arrêt internationaux ont alors été lancés à son encontre mais aussi contre son épouse et ses deux enfants, ainsi que six autres anciens cadres de Sonatrach, alors que l’ex-PDG Mohamed Meziane a été condamné à 5 ans de prison avec sursis.
Trois magistrats connus pour leur intégrité et ayant refusé de suspendre les poursuites judiciaires contre Chakib Khelil ont été écartés de leurs postes respectifs par l’ex-ministre Tayeb Louh. Il s’agit de l’ancien procureur de la République du tribunal de Sidi M’hamed, Abdemajid Belhadj, de l’ex-juge d’instruction de la 9e chambre du pôle judiciaire du tribunal de Sidi M’hamed Kamel Ghazali et du procureur général près la cour d’Alger, Belkacem Zeghmati.
On se rappelle tous de la conférence de presse du procureur général près la cour d’Alger, Belkacem Zeghmati, au cours de laquelle il a expliqué les contours de cette entreprise criminelle créée par Chakib Khelil pour détourner de l’argent vers des comptes domiciliés dans plusieurs pays à travers le monde, et ce grâce à Farid Bedjaoui.
Les deux ex-ministres Amar Ghoul, fraîchement placé en détention provisoire à la prison d’El-Harrach par le magistrat rapporteur de la Cour suprême, et Chakib Khalil, qui a réussi à quitter le territoire national peu de temps avant l’ouverture des dossiers, avaient tous deux été blanchis par la justice.
Par ailleurs, la même juridiction a examiné le dossier Khalifa, qui a été jugé à deux reprises sans pour autant faire la lumière sur toutes ces sommes colossales constituant les fonds publics et l’argent des déposants, dilapidées en quelques années par Abdelmoumène Khalifa, patron du groupe qui porte son nom, avec la complicité de nombreux hauts responsables dont beaucoup ont profité de cette manne, à commencer par certains membres de la famille du Président sortant.
L’enquête judiciaire a cité au moins quatre ministres ayant été inculpés par la Cour suprême, dont Abdessalem Bouchouareb et Abdelmadjid Tebboune, alors que d’autres, à l’instar de Tayeb Belaïz, Abdelmadjid Sidi Saïd, pour ne citer que ceux-là, ont été nommément impliqués mais jamais inquiétés. Lors du premier procès, des révélations fracassantes ont été faites par les cadres poursuivis mais aussi par des personnalités citées comme témoins.
Le parquet général près la cour d’AIger lancera sans doute des mandats d’arrêt internationaux contre l’ex-ministre de l’Industrie Abdessalem Bouchouareb, poursuivi dans le cadre des dossiers de Mahieddine Tahkout, Ali Haddad et Kia Motors, contre Abdelkader Bouazgui, ex-ministre de l’Agriculture, poursuivi dans le cadre de l’affaire Tahkout, et enfin contre Chakib Khelil, l’ex-ministre de l’Energie.
Redouane Hannachi

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