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Lotfi Benbahmed: La Pénurie de médicaments est mondiale

Lotfi Benbahmed: La Pénurie de médicaments est mondiale

Les pénuries de médicaments en Algérie a donné lieu à des échanges au vitriol  le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid et son collègue de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed.

« Ce n’est pas le ministère de la Santé qui donne les programmes d’importation des médicaments ou qui établit la liste des médicaments essentiels. Ce volet est dévolu à un autre ministère. Le ministère de la Santé est également soumis au risque (de pénurie) », s’est défendu Abderrahmane Benbouzid, loin de la cohésion et de la solidarité gouvernementales.

Les critiques de Benbouzid sont intervenues lors de la célébration de la Journée mondiale du diabète. Le même jour, son collègue Lotfi Benbahmed a saisi cette occasion pour annoncer dans un communiqué la baisse de 20% du prix des insulines à l’importation, ce qui engendrerait une économie supplémentaire de 70 millions d’euros en 2022 pour l’Algérie.

Dans le même temps, il a rassuré sur la disponibilité notamment de l’insuline pour les diabétiques. Un produit qui a connu des tensions ces derniers jours et que l’Algérie achetait plus cher que la Tunisie par exemple pour un marché quatre fois supérieur.

Sur les pénuries de médicaments constatées en Algérie, Lotfi Benbahmed explique d’emblée qu’il y a des « causes endogènes et exogènes aux pénuries de médicaments ».

« Ce problème ne concerne pas uniquement l’Algérie, même en Europe des centaines de signalement de ruptures ou de manque d’approvisionnement sont régulièrement constatés. Le marché mondial des produits pharmaceutiques est très complexe avec des centaines d’intervenants et des milliers de références. Avec la survenue de la pandémie du Covid-19 les États ont compris que seul le développement d’une Industrie pharmaceutique locale permettait d’assurer une souveraineté sanitaire », affirme Lotfi Benbahmed dans un entretien à TSA, ce lundi 15 novembre.

Il rappelle que jusqu’en 2019, l’Algérie vivait des pénuries récurrentes de produits pharmaceutiques alors que l’Etat consacrait des « sommes colossales dans l’importation de médicaments, souvent au détriment du développement de la production locale ».

Pour mettre de l’ordre dans un secteur consommateur de devises et en proie à de nombreux problèmes, le président Abdelmadjid Tebboune a, dès la formation de son premier gouvernement en janvier 2020, désigné Lotfi Benbahmed comme ministre délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique auprès du département de la Santé, avec comme principale mission la régulation du marché. Lotfi Benbahmed a été ensuite promu ministre de l’Industrie pharmaceutique. Après près de deux ans, il défend son bilan.

Dans le communiqué publié dimanche, il met en avant sa « démarche inclusive et consultative » avec « l’ensemble des partenaires prescripteurs, experts cliniciens, opérateurs, distributeurs pharmaciens, Ordres et syndicats ainsi que les associations de patients, à leur demande, au sein de l’Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutique pour dégager des solutions idoines et pérennes à même d’assurer une disponibilité continue et garantir ainsi l’accès aux soins aux patients. »

« Mais aussi gérer ensemble les informations et adopter une communication responsable, évitant ainsi les comportements de panique ou de spéculation aggravant souvent les problématiques de ruptures », ajoute-t-il.

« Un gain de 800 millions de dollars »
Outre la concertation et le dialogue, Lotfi Benbahmed s’est attelé à développer la production locale pour réduire la lourde facture des importations de médicaments.

« Trois médicaments sur 4 consommés en Algérie sont désormais produits localement. Nous avons lancé 60 unités de production. En une année, nous avons mis en place un nouveau dispositif réglementaire au service d’une véritable politique pharmaceutique avec la promulgation de 15 décrets et 30 arrêtés ministériels », détaille-t-il.

Il ajoute la mise en place de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques dotée de ses commissions réglementaires d’enregistrement et d’homologation appuyée par le comité des experts cliniciens.

Au-delà de la création de cette agence, « près de 240 spécialistes représentant l’ensemble des spécialités médicales , de nouveaux outils comme l’Observatoire sur la disponibilité des produits pharmaceutiques et l’élaboration d’une nouvelle plateforme numérique ont été déployés pour la régulation du marché, avec la participation du ministère de la Défense nationale, de la DGSN ,des Caisses de sécurité sociale, de la PCH, des représentants des établissements pharmaceutiques( producteurs, importateurs et distributeurs), des syndicats, des différents Ordres ,(médecins, pharmaciens,..) et associations de patients », égrène-t-il encore.

La facture d’importation des médicaments devrait être ramenée à 1,2 milliard de dollars en 2021 contre 1,6 milliard de dollars en 2020 et deux milliards de dollars en 2019, selon le ministre. Soit un gain de 800 millions de dollars en deux ans.

« Cette réduction ne s’est pas faite au détriment des malades algériens, puisque la consommation de médicaments n’a pas baissé en Algérie, au contraire le marché global a augmenté parce que nous produisons localement nos médicaments et nous diversifions et négocions beaucoup mieux les prix à l’importation », assure Lotfi Benbahmed.

En outre, et dès son arrivée au gouvernement, Lotfi Benbahmed s’est attelé à mettre en place un outil de gestion et d’anticipation pour assurer la disponibilité des médicaments. Il s’agit de la « plateforme numérique recueillant l’ensemble des programmes de production et d’importation ainsi que les stocks des établissements pharmaceutiques ».

Cet outil permet une « meilleure anticipation d’éventuelles problématiques d’approvisionnement de matières premières et de produits finis, notamment celles liées aux perturbations du marché international induites par la pandémie du covid-19 », explique le ministère de l’Industrie pharmaceutique.

Toutefois, cette démarche bute sur la résistance de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), le plus grand acheteur et importateur de médicaments en Algérie, de rejoindre cette plateforme pour des raisons inconnues. Le ministère de l’Industrie pharmaceutique le souligne dans son communiqué publié dimanche.

« Cette plateforme n’est cependant pas totalement opérationnelle pour les produits hospitaliers, la partie concernée ne s’étant pas encore conformée à l’obligation réglementaire de communiquer ses stocks afin d’anticiper d’éventuelles ruptures de médicaments essentiels, notamment d’oncologie », a expliqué le département de Lotfi Benbahmed.

« Le ministère de l’Industrie pharmaceutique souhaite simplement, en application de la réglementation en vigueur, l’adhésion de toutes les parties à sa plateforme numérique pour anticiper d’éventuelles ruptures et assurer une meilleure disponibilité des médicaments dans les hôpitaux », explique M. Benbahmed à TSA.

Il remarque que son ministère, à travers l’ANPP, en application de son plan d’action à accélérer l’enregistrement (bloqué depuis plusieurs années) de nombreux bio similaires et génériques remettant en cause le monopole de certains laboratoires sur le marché hospitalier algérien et permettant ainsi une baisse de plusieurs milliards de dinars de la facture d’importation de ces produits.

Benbahmed insiste sur l’engagement de son département en matière de régulation du marché du médicament. « Les ruptures, il y en a et il va y en avoir pour différentes raisons. Ce n’est pas propre à l’Algérie. Certains grands laboratoires internationaux rechignent à fabriquer des produits à faible valeur ajoutée. La problématique est mondiale. C’est pour cela qu’il est fondamental de fabriquer ce type de produit localement », soutient-il.

« Nous concentrons nos ressources pour assurer la disponibilité des produits essentiels », ajoute le ministre qui souligne que certains malades pensent que les produits fabriqués localement sont de moindre qualité que les médicaments importés.

« Il y a une certaine résistance aux médicaments produits localement. Par exemple, certains pensent que le Paracétamol fabriqué en Algérie est moins efficace que le Paracétamol importé, avec parfois le même nom de marque », regrette-t-il.

Pour remédier à cette situation, le ministre annonce la mise en place d’un comité des médicaments essentiels. Son rôle : définir les produits de la nomenclature des médicaments en Algérie et impliquer les prescripteurs, c’est-à-dire les médecins, qui, parfois, prescrivent des médicaments non disponibles dans les pharmacies.

« Un outil de souveraineté sanitaire »
« C’est un outil de souveraineté sanitaire. Depuis l’indépendance, personne ne s’est occupé de la mise en place de cette nomenclature de médicaments essentiels, alors qu’elle constitue un outil de base pour toute politique pharmaceutique. Un premier travail sera prêt avant la fin de l’année », explique le ministre, en espérant que le ministère de la Santé désigne ses représentants dans ce comité.

Concernant les tensions sur certains médicaments constatés récemment sur le marché, Lotfi Benbahmed annonce deux bonnes nouvelles : l’entrée en vigueur d’une nouvelle unité de production d’enoxaparine ( générique du Lovenox ) en décembre prochain.

Un investissement du laboratoire Biothera, dont la production s’ajoutera aux 25 millions de boîtes produites annuellement par Frater-Razes. En octobre, le Lovenox a connu des tensions sur le marché de ville. Près de 600 000 boîtes ont été mises sur le marché, l’essentiel de la production plus d’un million de boîtes ayant été livré à la PCH qui reconstitue ses stocks en prévision d’une éventuelle quatrième vague de Covid-19.

L’autre décision prise par le ministre est le doublement de la production nationale de Paracétamol, notamment par l’intervention du groupe Saidal, dont les 4 millions de boîtes produites mensuellement n’ont pas suffi à répondre à la demande nationale qui a fortement augmenté en raison de la pandémie de covid-19 qui a largement entamé le stock de ces produits.

Lotfi Benbahmed souligne que son ministère a mis en place une « politique pharmaceutique ambitieuse cohérente sur les plans réglementaire et économique avec des résultats concrets chiffrés et opposables ».

« Notre action s’inscrit dans le cadre de l’application du programme de monsieur le président de la République pour une véritable relance économique, basée sur la création de valeur ajoutée, pour la mise en place d’une industrie pharmaceutique garante de la qualité, de la disponibilité et de l’accessibilité des produits pharmaceutiques. Mais aussi pour une industrie pharmaceutique créatrice de richesses, levier de croissance d’une Algérie nouvelle, forte, prospère, confiante dans son avenir », conclut M. Benbahmed.

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