L’otage allemand remis à son pays : Alger maintient sa ligne rouge contre les enlèvements
Libéré après avoir été enlevé au Niger par un groupe criminel armé, le ressortissant allemand Ulumaskan Sinan a été officiellement remis, ce lundi, aux autorités de son pays à Alger. Une opération qui intervient dans un contexte sahélien marqué par la persistance des groupes armés et des réseaux criminels, alors qu’Alger maintient une ligne ferme contre les enlèvements et le paiement de rançons. C’est ce qu’a indiqué Lounès Magramane, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères.
Magramane a salué le rôle des institutions algériennes dans le dénouement de l’affaire, déclarant que « ces développements positifs viennent couronner les efforts déployés par les institutions de l’Etat algérien, notamment les services de sécurité relevant du ministère de la Défense nationale, auxquels nous adressons tous nos remerciements et notre reconnaissance pour leur contribution à la libération du ressortissant allemand », lors de la cérémonie de remise organisée au siège du ministère des Affaires étrangères, en présence de l’ambassadeur d’Allemagne en Algérie, Georg Felsheim.
A cette occasion, M. Magramane a fait savoir qu’Ulumaskan Sinan avait été transféré vendredi soir, dans les meilleures conditions, depuis la base secondaire de déploiement d’In Guezzam vers la base aérienne de Boufarik. Les autorités algériennes se sont ensuite assurées de son état de santé et ont tenu leurs homologues allemands informés de l’évolution de la situation jusqu’à son retour sain et sauf dans son pays.
La partie allemande a, pour sa part, salué les efforts déployés par l’Algérie. L’ambassadeur d’Allemagne en Algérie, Georg Felsheim, a exprimé ses « remerciements et sa gratitude aux autorités algériennes pour tous les efforts déployés et pour leur rôle ayant permis au ressortissant allemand de retrouver sa liberté et de regagner son pays ».
Ulumaskan Sinan a également tenu à remercier les autorités algériennes et l’Armée nationale populaire (ANP) pour les efforts ayant permis sa libération.
Au-delà du cas individuel du ressortissant allemand, cette opération intervient comme un rappel de la position constante d’Alger face aux enlèvements et au financement du terrorisme.
Le dénouement de cette affaire rappelle la position défendue de longue date par Alger sur la question des enlèvements. Pour les autorités, la libération des otages s’inscrit dans une approche qui vise également à empêcher que les prises d’otages ne deviennent une source de financement pour les groupes terroristes.
Magramane a, à ce titre, rappelé la mobilisation des différents services de l’Etat dans ce type d’opérations, évoquant « de nombreuses autres opérations de libération d’otages menées par le passé ». Il a soutenu que « forte de son expérience et de son histoire, l’Algérie continuera toujours à faire face à toutes les formes d’extrémisme violent, aux actes criminels et terroristes, ainsi qu’aux pratiques odieuses d’enlèvement et au paiement de rançons ».
L’enjeu de la sécurité régionale
Cette doctrine sécuritaire s’accompagne d’un engagement diplomatique porté par Alger sur la scène internationale. L’Algérie a notamment contribué à l’élaboration du Mémorandum d’Alger sur les bonnes pratiques en matière de prévention des enlèvements contre rançon par des terroristes et d’élimination des avantages qui en découlent, adopté dans le cadre du Forum mondial de lutte contre le terrorisme.
Le principe a ensuite été consacré au Conseil de sécurité de l’ONU à travers la résolution 2133, adoptée le 27 janvier 2014. Le texte condamne les enlèvements destinés à obtenir des fonds ou des concessions politiques et appelle les Etats à empêcher les groupes terroristes de tirer profit des rançons.
La question des enlèvements ne peut toutefois être dissociée de la situation sécuritaire dans le Sahel. La circulation des groupes armés et des réseaux criminels dans les zones frontalières expose plusieurs pays à des menaces qui, par nature, dépassent les frontières nationales.
« Ce qui porte préjudice aux pays voisins nous affecte inévitablement », a déclaré Lounès Magramane, soulignant le lien étroit entre la sécurité de l’Algérie et celle de son environnement régional.
Dans cette perspective, il a assuré que « la sécurité, la stabilité et la prospérité des pays frères et amis demeurent parmi les priorités de l’agenda politique et diplomatique national, conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune ».
La coopération sécuritaire, la coordination régionale et le dialogue constituent, à ce titre, des axes majeurs de l’action algérienne dans son environnement sahélien.
Le dossier Ulumaskan Sinan fait également écho à une autre affaire récente traitée par les autorités. Quelques mois auparavant, un ressortissant espagnol avait été libéré dans le sud du pays. Navarro Canada Joaquim, en voyage touristique, avait été enlevé le 14 janvier 2025 dans la zone frontalière algéro-malienne. Les services de sécurité de l’ANP l’avaient récupéré le 21 janvier, en bonne santé, avant son transfert par avion spécial de Tin Zaouatine vers la base aérienne de Boufarik pour être remis aux autorités espagnoles.
Lors de la remise du ressortissant espagnol, M. Magramane avait déjà fait état des efforts déployés par les différents corps de sécurité algériens, en coordination avec des partenaires sécuritaires de la région, pour parvenir au dénouement de l’affaire, mettant en avant une approche fondée sur la préservation de la vie humaine.
Pour rappel, cette succession d’opérations s’inscrit dans une expérience acquise de longue date par l’Algérie dans la gestion des prises d’otages dans l’espace sahélo-saharien. En 2003, le pays avait notamment été confronté à l’enlèvement de 32 touristes européens, principalement allemands et autrichiens. Dix-sept d’entre eux avaient été libérés le 13 mai lors d’une opération de l’Armée nationale.
Depuis, les différents dossiers impliquant des ressortissants étrangers dans la région ont conforté une approche fondée sur deux principes : la priorité accordée à la sauvegarde de la vie humaine et le refus de faire des enlèvements une source de financement pour les groupes terroristes.