OSRA : «Les retraités vivent dans la précarité» - Le Jeune Indépendant
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Nationale

OSRA : «Les retraités vivent dans la précarité» 

OSRA : «Les retraités vivent dans la précarité» 

C’est avec soulagement que les retraités que se soit au sein de l’OSRAOSRA Organisation syndicale des retraités algériens ou de l’ONRA ont accueilli la récente annonce du président de la République de revoir à la hausse les pensions due à cette catégorie de citoyens. Toutefois la réalité au quotidien des retraités semble les confiner dans une « précarité » au vu de la cherté de la vie que les pensions souvent maigres n’arrivent pas à juguler. Dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant Bachir Hakem cadre dirigeant au sein de l’OSRA dresse un état des lieux sur la situation des retraités. 

Le Jeune Indépendant : Le président de la République a annoncé, lors de l’ouverture de la rencontre gouvernement-walis, que l’augmentation des pensions de retraite se poursuivra en 2023, et ce dès le mois de janvier prochain. Quelle est votre réaction ? 

Bachir Hakem : C’est avec soulagement que l’OSRA a accueilli cette annonce vu la précarité dans laquelle vivent plus de 80 % des retraités, car plus de 2 500 000 sur 3 900 000 reçoivent une pension de moins de 30 000 DA. Cette précarité est due à la chute vertigineuse du pouvoir d’achat, des retraités particulièrement, suite à l’inflation qui a dépassé les 10 % mais aussi à la mauvaise application de la loi n° 83-12 du 2 juillet 1983 relative à la retraite, modifiée et complétée par la loi n° 99-03 du 22 mars 1999 sur la revalorisation des pensions de retraite.

Cette loi est appliquée chaque année à partir du mois de mai, cependant, malheureusement, le conseil d’administration de la CNR propose des taux compris généralement entre 2 et 10 %, et 80 % des retraités ont des revalorisations de moins de 4 %, alors que l’inflation est largement supérieure. Ce que l’Algérien n’a pas saisi c’est que plus de 90 % des retraités de la CNR sont des personnes malades et que la CNASCNAS Caisse nationale de la sécurité sociale, en général, ne couvre que 80 % de leurs frais médicaux lorsque ces médicaments sont remboursables.

Donc, le retraité en Algérie se sent méprisé, particulièrement par le conseil d’administration qui a tendance à minimiser, au maximum, les revalorisations annuelles. D’ailleurs, cette année, il les a même ignorées. Heureusement que le président de la République a rattrapé cet oubli volontaire du conseil d’administration de la CNR. L’OSRA tient à dénoncer ce silence de la CNR, qui n’a pas encore proposé les taux de revalorisation de la retraite relative à la loi n° 83-12 du 2 juillet 1983, modifiée et complétée par la loi n° 99-03 du 22 mars 1999, laquelle devait être annoncée en avril 2022 pour être appliquée à partir de mai 2022.

C’est pourquoi l’OSRA espère que l’annonce du président de la République fait référence à une véritable augmentation des pensions, qui reposera sur la base des augmentations de salaire des travailleurs. L’OSRA ne peut se réjouir tant qu’elle n’aura pas vu une revalorisation des pensions sur des taux compris entre 10 et 20 % pour rattraper les miettes des années précédentes, qui étaient en moyenne égales au prix d’un kilo de viande. Une honte. L’OSRA estime que l’on ne devrait plus parler de pension de moins de 30 000 DA, mais d’une pension minimale de 60 000 DA vu qu’aujourd’hui, un chômeur touche plus de 15 000 DA dans la nouvelle loi de finances 2023.

L’OSRA estime également que les retraités, qui ont, toute leur vie durant, vu leur salaire imposé par l’IRG, ne doivent pas être redevables. L’abolition de l’IRG est revendiquée par tous. A cet effet, l’OSRA propose que cette suppression soit remplacée par une taxe douanière lors de l’importation de produits de luxe ou par des taxes sur le tabac ou l’importation de véhicules de luxe. 

Vous parlez de mépris de la part des pouvoirs publics vis-à-vis des retraités au moment où le pouvoir d’achat accuse une chute vertigineuse. Peut-on avoir plus de précisions ? 

Ce mépris est palpable, tout d’abord à travers l’existence de trois caisses de retraite : la CNR (Caisse nationale de retraite), le FSR (Fonds spécial de retraite) et la CMR (Caisse militaire de retraite). La plus défavorisée est la CNR, où le retraité doit travailler durement pendant 32 ans pour bénéficier d’une pension complète de 80 % de son salaire, de plus imposable à travers l’IRG, alors que le retraité de le FSR n’a travaillé que quelques années pour avoir une pension à 100 %.

La couverture médicale de le FSR et de la CMR est de 100 %, alors que celle de la CNR est de 80 %. Les pensions de retraite de le FSR et de la CMR sont indexées aux salaires, alors que celles de la CNR sont augmentées annuellement que grâce aux revalorisations annuelles, lesquelles, ces dernières années, ne dépassent pas les 10 % pour les smicards et moins de 4 % en moyenne pour les autres, alors que les salaires des travailleurs peuvent atteindre des augmentations de plus 15 % en moyenne à chaque mobilisation ou révision des grilles de salaires.

C’est ainsi qu’on a pu voir des cadres retraités avant 2008, affiliés à la CNR, toucher aujourd’hui des pensions de moins de 20 000 DA suite à l’élaboration de la nouvelle grille de salaires et être considérés comme des smicards. Ce mépris est encore plus flagrant de la part du conseil d’administration, composé en majorité par des syndicalistes de la CNR qui connaissent le problème et la réalité des retraités et qui annoncent des taux de revalorisation dérisoires et largement inférieurs à l’inflation et à la chute du pouvoir d’achat des retraités. 

 

Parlant de l’augmentation des pensions de retraite. Quelles sont les revendications de l’OSRA dans ce sens ? 

L’OSRA rappelle qu’aujourd’hui, sur environ 3 500 000 retraités plus d’un million touchent moins de 15 000 DA et plus de deux millions touchent moins de 30 000 DA. L’OSRA trouve injuste qu’un retraité pensionné aujourd’hui continue à payer l’IRG, qui devrait logiquement être aboli. A cet effet, l’OSRA propose que cette suppression soit remplacée par une taxe douanière lors de l’importation des produits de luxe ou par des taxes sur le tabac ou l’importation de véhicules de luxe.

L’Algérie, aujourd’hui, a les moyens de répondre favorablement à ces doléances en améliorant les pensions de retraite. A cet égard, l’OSRA propose une augmentation minimale des pensions de retraite à 60 000 DA. Nous revendiquons une couverture médicale à 100 % et la réduction de tous les titres de transport. Il faut aussi prévoir la gratuité ou la réduction jusqu’à 50 % de tous les prix des billets de transport au profit des retraités. L’OSRA insiste sur le fait que toute amélioration de pension ne peut être inférieure à 10 % et toute augmentation de salaires doit être indexée à celle des pensions. La CNR doit aussi recevoir des instructions pour l’obliger à intégrer les deux années du service national dans le calcul des années de cotisation. 

 

L’unification des caisses de retraite, à savoir la CNR, le FSR et la CMR, est l’autre revendication de l’OSRA. Que pouvez-vous dire sur ce point ? 

Nous rappelons que pour avoir une retraite complète, qui est de 80 % du salaire du travailleur, non indexés aux augmentations des salaires, celui-ci doit avoir travaillé durement pendant 32 ans et un minimum de 15 ans à raison de 2,5 % par an pour bénéficier de cette pension. En ce qui concerne la couverture médicale, elle est de 80 % pour ceux qui sont uniquement affiliés à la CNAS et qui n’ont pas de maladie chronique reconnue. Nous aurions été d’accord si tous les Algériens obéissaient aux mêmes lois, mais ce n’est pas le cas pour les autres caisses.

A titre d’exemple, pour le FSR, les retraités doivent avoir travaillé au minimum 5 années pour bénéficier d’une pension complète de 100 %, indexée au nouveau salaire, et en ce qui concerne la couverture médicale, elle est de 100 %, sans parler des autres avantages non divulgués. Pour la CMR, le retraité doit avoir travaillé pendant 25 ans pour avoir les mêmes avantages que ceux du FSR. Tout cela a créé des disparités entre les retraités de chaque caisse, et cela vient en contradiction avec la justesse des lois de la République.

La loi n° 83-12 du 2 juillet 1983 relative à la retraite, modifiée et complétée par la loi n° 99-03 du 22 mars 1999, a été conçue pour rattraper les pensions qui ne sont pas indexées aux salaires comme le sont les pensions des autres caisses de retraite autres que la CNR. L’OSRA s’inquiète et propose une mise à jour des lois qui gèrent la CNR afin qu’elles soient au moins similaires à celles des autres caisses pour que la législation soit la même pour tous.

Parmi ses revendications, l’OSRA propose une unification des caisses de retraite en Algérie afin d’éviter toute disparité liée aux avantages d’une caisse par rapport à une autre. L’OSRA dénonce le législateur qui a amendé cette disparité de lois entre les caisses, car il a utilisé son poste pour faire voter ces lois sur mesure et a appliqué la devise : « On n’est pas mieux servi que par soi-même ». 

 

L’OSRA, qui continue de réclamer son récépissé d’enregistrement en tant que syndicat autonome, n’écarte pas la possibilité d’aller vers la contestation, n’est-ce pas ? 

Les adhérents d’OSRA continuent de réclamer leur récépissé d’enregistrement pour travailler dans la légalité et faire aboutir leurs revendications. Cela fait plus d’une année qu’on a déposé notre dossier au niveau du ministère qui nous a répondu, dans les délais, que notre demande est refusée car un retraité n’a pas droit à un syndicat et que seule la FNTR, affiliée à l’UGTA, a le droit d’exercer. Nous avons fait un recours à cette décision mais nous n’avons eu aucune suite. Le ministère du Travail veut nous pousser à travailler dans la clandestinité, ce que nous refusons.

Nous avons tenté d’expliquer que partout dans le monde, en Espagne, Grèce, en Inde, au Brésil…, il existe des syndicats indépendants de retraités. J’ai même expliqué qu’en tant qu’ancien syndicaliste retraité, je suis le coordinateur des pays arabes des retraités et pensionnés affiliés à l’UIS (Union internationale syndicale), membre de la FSM (Fédération syndicale mondiale) et que le principe et la loi 90-14 dans son article 02, lorsqu’elle évoque le salarié et le travailleur, n’exclut pas le retraité, car c’est un travailleur que l’OIT appelle travailleur passif. Nous sommes en train de faire patienter notre base qui réclame une action pour arracher nos droits.

Pour cela, nous avons, le 22 septembre, adressé une lettre au président de la République avant de prendre une décision. Nous espérons qu’à l’occasion du 1er octobre, journée décrétée par l’ONU comme Journée du retraité et des personnes âgées, le président de la République ou le ministre du Travail nous libère pour nous laisser travailler dans la légalité et réponde à nos revendications. 

Entretien réalisé par Lynda Louifi

 

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