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Nationale

L’OPEP : la résurrection d’Alger

L’OPEP : la résurrection d’Alger

Il y a bien eu un petit choc dans les principales places boursières du monde. Les prix du baril ont gagné quelques dollars grâce à l’effet de surprise suscité par l’accord signé à Alger par les membres de l’OPEP, avant de revenir à sa volatilité traditionnelle.

Depuis plus de huit ans, le cartel n’arrivait pas à s’entendre, ni à respecter ses propres quotas. Avec le dumping saoudien en 2014 et la levée des sanctions contre l’Iran, ainsi que l’intrusion des facteurs géopolitiques dans la région moyen-orientale, le brut devenait bon marché et se négocie au rabais. La surabondance était la règle partout et les économies occidentales et asiatiques en profitaient à merveille. Avec la limitation de la production à 32,5 millions de barils par jour 

(contre 33,250 millions actuellement), c’est pratiquement une baisse de près d’un million de barils par jour, assez suffisant pour faire “l’éponge” sur les stocks actuels et un “bon” effet pour doper les cours. Si les niveaux de production pour chacun de ses membres seront déterminés lors de sa prochaine réunion ministérielle le 30 novembre à Vienne, les analystes s’interrogent maintenant sur cette résurrection de l’OPEP.

Alors que la quasi-majorité des experts doutaient d’un possible accord en raison des divergences profondes entre l’Iran et l’Arabie saoudite, le cartel est parvenu à surmonter les conflits d’intérêts et à recréer la fameuse “symbolique” de l’OPEP, cette organisation qui pesait de tout son poids sur les prix du brut, qui régulait les marchés et les surveillait depuis les années 1970. L’OPEP, qu’on avait enterrée trop vite, jusqu’à lire des analyses qui prédisaient sa dissolution, a fini par imposer ses thèses et ses vues. La bataille que se livraient Riyad et Téhéran était telle que tout le monde s’attendait à un fiasco semblable à celui de Doha en mars dernier. Ils étaient moins nombreux à croire à un rapprochement entre les deux géants pétroliers, à l’aboutissement d’un deal sans précédent.
Cette résurgence du rôle historique que jouait l’OPEP va prendre un autre sens, lorsqu’on sait qu’elle vient non seulement de trancher la baisse de la production, mais aussi la constitution d’une commission de suivi de la faisabilité technique de cette baisse.

Ainsi, s’il est permis à trois pays de continuer à pomper pour arriver à leurs niveaux antérieurs (la Libye, le Nigéria et l’Iran), les autres devraient se soumettre à une redistribution des quotas selon des critères ou prorata que connaissent bien les experts du cartel. Pour la première fois depuis presque dix ans, l’OPEP n’est jamais parvenue à constituer cette commission ou un comité chargé de superviser et d’inspecter ses quotas accordés aux membres du cartel. Désormais, c’est chose faite ici à Alger qui, contre toute attente, a fini par arracher cette entente historique.

Finalement, la diplomatie couplée aux convergences économiques et commerciales pourrait bien faire des miracles, que même les plus optimistes n’y croyaient pas. L’organisation, qui tient le tiers de la production mondiale, est revenue à ses fondamentaux, ses premières règles et missions, en dépit des transformations importantes du marché énergétique et surtout de la longue transition qui s’opère actuellement dans ce secteur. Face à la floraison de l’exploration et de l’exploitation des gisements de schiste aux Etats-Unis et au Canada et les incroyables innovations technologiques dans ce domaine, l’OPEP va faire sans doute de lourds sacrifices, quitte à perdre des parts de marché. Mais, pour les analystes, un rebond de la croissance des économies occidentales, chinoise et indienne va finir par augmenter la demande globale et faire pression sur l’offre du pétrole. C’est cette donne qui va peser durant toute l’année 2017, si les quotas sont respectés et si d’autres producteurs non membres du cartel ne vendent pas sous le manteau.

Ainsi, l’OPEP affiche des ambitions sérieuses et vient de prouver qu’elle reste un acteur incontournable dans le marché mondial du pétrole, en dépit des divergences et des tensions politiques régionales.

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