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L’OPEP des riches et des «petits»

L’OPEP des riches et des «petits»

Première mission impossible pour le tout nouveau ministre de l’Energie. Comment faire pour pencher la balance vers un durcissement des quotas et la baisse substantielle de la production du brut ? Comment faire également pour augmenter les cours du brut ? Salah Khebri sait bien que les missions confiées auparavant à Youcef Yousfi ont lamentablement échoué.

L’initiative algérienne de changer le cours des événements quand la crise des prix du brut a atteint un seuil intolérable à la fin de l’année dernière n’a pas abouti, même si le plan de redressement des prix a gagné quelques sympathies en dehors des membres du cartel de l’Organisation des pays exportateurs du pétrole (OPEP).

En fait, aux dires des spécialistes, rien n’a changé au tableau. Le tout-puissant membre de l’OPEP, l’Arabie Saoudite, et les autres monarchies du Golfe n’ont guère montré une disponibilité à écouter des voix différentes, laissant planer un autre spectre de remontée de la production. Car, voilà six mois que le cartel n’a pas baissé son quota, étouffant pratiquement les producteurs américains de gaz de schiste et réduisant au minimum les investissements dans ce secteur.

La structure des prix dans les bourses a pris un sérieux coup et une sorte de spirale entre acheteurs et vendeurs s’est installée. Pour nos analystes, la prochaine réunion de Vienne des ministres de l’Energie de l’OPEP, qui aura lieu ce vendredi, ne devrait pas créer la surprise. Depuis des semaines, les Saoudiens montraient une détermination à maintenir le statu quo dans les quotas de production, insistant sur le caractère stratégique de leur politique, consistant à protéger leurs parts de marché à court et moyen termes.

A l’époque, on avait suggéré que cette tactique saoudienne de surproduction accompagnée d’une chute vertigineuse des cours, était un scénario bien élaboré pour affaiblir la Russie et l’Iran, deux ennemis dans les batailles géostratégiques qui se déroulent au Moyen-Orient. On avait parlé de l’arme du pétrole comme instrument de pression de politique internationale, d’autant que cela servirait dans la foulée les intérêts des Etats-Unis.

Le plan cherchait également à pousser les grandes compagnies pétrolières à réduire leurs dépenses d’investissements, notamment lourds, et à faire de grandes coupes dans leurs budgets d’exploration.
Pour les experts des questions énergétiques, cette réunion tant attendue va consacrer l’ordre établi, celui du maintien du plafond à 30 millions de barils par jour.

Un plafond qui va encore maintenir les prix du baril à un niveau bas, entre 50 et 60 dollars, voire beaucoup moins que cette fourchette lorsqu’on sait que les commandes de ce mois ont baissé en raison de la saison estivale et, surtout, du faible taux de croissance industrielle dans les pays occidentaux et dans aux émergents ( Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Pourtant, aux dires des Saoudiens, Ryad perd beaucoup d’argent dans cette histoire de surproduction. En effet, selon un cabinet d’expertise saoudien, Jedwa Research, le royaume a connu une baisse de 50 milliards de dollars de ses réserves totales en devises étrangères lors des quatre premiers mois de cette année.

Une perte énorme qui a également touché tous les autres pays producteurs membres ou non de l’OPEP. D’ailleurs, la dégringolade des cours a créé la panique dans certains pays mono-producteurs comme l’Algérie et le Venezuela, et dont les budgets de l’Etat ont connu de sérieuses refontes.

Le gouvernement algérien est allé jusqu’à annuler certains projets d’infrastructures et des acquisitions d’équipements, notamment dans des secteurs de transports, et à préparer une nouvelle loi de finances complémentaire.

Le Venezuela vit actuellement une crise sociale et économique des plus difficiles, puisque ses revenus ont connu une perte de 50% en quelques mois, le poussant déjà à s’endetter ou à chercher des fonds ailleurs pour maintenir un semblant d’équilibre. 

Pour les spécialistes, la réunion de Vienne va encore consacrer la suprématie des thèses saoudiennes, d’autant que certaines sources pensent qu’une baisse des quotas de la part de l’OPEP serait presque inutile si elle n’est pas suivie automatiquement d’une baisse identique de la part des gros producteurs hors OPEP, comme le Mexique et la Russie.

Or, ces deux pays n’ont aucune intention de réduire leurs productions, d’autant qu’ils ont de fortes réserves et capables de soutenir encore cette baisse des prix.
C’est dire que la médiation algérienne qui concernait les deux blocs n’est pas une sinécure.

C’est sans doute pourquoi, notre nouveau ministre de l’Energie, Salah Khebri, auteur d’un doctorat en économie des hydrocarbures et longtemps conseiller sur les questions stratégiques dans l’investissement en hydrocarbures, ne relancera point l’ancienne médiation algérienne. Il sait que le point de vue algérien ne pèsera pas lourd face aux autres mastodontes. 

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