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Op-Ed

L’opacité aussi doit partir

Le dernier rapport de la Banque d’Algérie sur le financement non conventionnel, établi le 1er avril 2019 et publié sur le site de l’institution bancaire, donne froid dans le dos et remet au-devant de la scène le débat sur l’économie nationale, au moment où celui-ci est relégué en seconde zone par l’intensité des événements politiques qui se déroulent dans le pays. 

Dans son rapport, la Banque affirme clairement que le recours à la planche à billets n’avait pas fait l’unanimité entres les experts financiers et ceux de l’exécutif de l’époque et déclare que s« certains experts, faisant partie d’une « task force » installée auprès de la Primature, dans une note datée d’avril 2017 et intitulée « le financement de l’économie : écueils et solutions possibles », avaient recommandé, avec insistance, comme une des solutions face à la détérioration de la liquidité bancaire et aux difficultés de financement de l’économie, le recours au financement dit non conventionnel (planche à billets) ». Autrement dit, la Banque d’Algérie s’en lave les mains de ce choix et des conséquences qui pourraient s’abattre sur l’économie nationale à terme. Mais cette déclaration porte en elle l’impératif de situer les responsabilités et de rompre avec l’impunité lorsqu’il s’agit de politiques monétaires sensibles.
Car ce qui est à la fois inquiétant et désolant dans cet épisode parmi tant d’autres, sur la mauvaise gouvernance, la corruption et autres dossiers brûlants que le contribuable algérien découvre à ses dépens ces dernières semaines, c’est surtout la facilité avec laquelle les textes ont été modifiés pour servir de support légal à des politiques qui nous mènent aujourd’hui à l’impasse. Pour ce qui est de la « planche à billets », l’amendement de l’article 45 de l’ordonnance n° 03-11 du 26 août 2003 relative à la monnaie et au crédit est un exemple probant qui nous incite à nous poser beaucoup de questions, notamment comment peut-on sous-estimer le risque inflationniste sur une économie dépendant entièrement d’un marché volatil comme celui du pétrole ?
Mais finalement à qui incombe la responsabilité ? celui qui a changé les lois, mais sans omettre de doter la Constitution de mécanismes de contrôle, notamment au profit de l’opposition afin de saisir le Conseil constitutionnel sur d’éventuels dérapages ? Aux parlementaires de la coalition, soutien indéfectible de l’exécutif même dans ses erreurs engageant l’intérêt national ? Ou bien faut-il pointer du doigt uniquement ce même exécutif qui s’est attribué beaucoup de pouvoir et de largesses en matière d’amendement des lois, à leur tête la Constitution ?
En tous les cas, les langues se délient en ces moments exceptionnels dans l’histoire du pays et c’est une bonne chose. L’opacité vit des moments difficiles et elle aussi doit partir. Mohamed Nazim Aziri

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