Littoral algérien : Un immense potentiel économique et touristique à préserver
A quelques semaines du lancement de la saison estivale, la question de l’avenir du littoral algérien revient au cœur des préoccupations. Avec ses 2 148 kilomètres de côtes, l’Algérie dispose d’un patrimoine naturel considérable qui constitue à la fois un moteur de développement économique et un atout touristique de premier plan pour les villes côtières, mais dans un écosystème particulièrement fragile.
L’importance stratégique des villes du littoral qui concentrent une grande partie de la population et des activités économiques du pays a été soulignée par Salem Chérif Yousra, chef de département environnement et aménagement à l’École nationale supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du territoire.
Le littoral algérien recèle un potentiel économique considérable. Le tourisme balnéaire, les activités portuaires, les échanges commerciaux internationaux, les industries côtières, les stations de dessalement ou encore les opportunités d’investissement font du littoral un levier essentiel du développement national, a affirmé l’experte. Toutefois, elle estime que ces ressources demeurent insuffisamment valorisées et nécessitent une meilleure gestion afin de garantir leur durabilité.
Selon les dernières estimations du ministère de l’Environnement et de l’Institut national de cartographie et de télédétection, le littoral algérien s’étend sur 2 148 km. Il est composé à près de 50 % de côtes rocheuses et de falaises, tandis que l’autre moitié est constituée de plages, de dunes et d’autres formations côtières. Bien qu’il ne représente qu’environ 4 % de la superficie nationale, il accueille une part importante de la population et concentre de nombreuses infrastructures stratégiques.
L’attractivité croissante du littoral exerce cependant une pression importante sur les espaces côtiers, a-t-elle estimé, hier, lors de son intervention à la Radio nationale. Elle a rappelé que cet espace constitue une zone de rencontre entre les milieux terrestre, marin et atmosphérique, ce qui en fait un environnement particulièrement sensible. L’optimisation de son potentiel économique ne peut donc se faire au détriment des équilibres écologiques qui assurent sa pérennité.
Parmi les principales menaces identifiées figurent les changements climatiques, dont les effets se font déjà sentir sur les côtes algériennes. L’élévation des températures de la mer Méditerranée, estimée à plus d’un degré selon les derniers rapports scientifiques, fragilise des espèces marines particulièrement sensibles aux variations thermiques. À cela s’ajoutent l’acidification des eaux, la raréfaction des précipitations et l’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes.
L’experte cite notamment les épisodes de tempêtes marines et de submersion côtière observés ces dernières années dans plusieurs ports algériens. Des événements autrefois exceptionnels tendent désormais à se multiplier sous l’effet du réchauffement climatique, accentuant les risques pour les infrastructures, les activités économiques et les écosystèmes côtiers.
La pollution constitue également un défi majeur. Selon Mme Salem Cherif, les rejets domestiques et urbains demeurent la principale source de dégradation des eaux marines. Le non-respect des réglementations relatives à l’assainissement et l’urbanisation du littoral favorise des rejets directs en mer qui perturbent l’équilibre écologique.
Ces pollutions entraînent notamment une prolifération excessive d’algues et de micro-organismes susceptibles d’affecter la qualité des eaux de baignade et la santé publique. Les déchets plastiques représentent une autre menace importante. En se dégradant, ils se transforment en microplastiques qui absorbent divers polluants avant d’être ingérés par les espèces marines puis transmis à l’être humain à travers la chaîne alimentaire.
L’urbanisation anarchique du littoral figure également parmi les facteurs de vulnérabilité les plus préoccupants. Les constructions implantées au plus près de la mer, souvent présentées comme des atouts touristiques, perturbent les mécanismes naturels de circulation des sédiments et accélèrent l’érosion des plages.
Selon l’universitaire, ces aménagements offrent parfois des bénéfices à court terme, mais compromettent la durabilité des investissements. La modification des dynamiques côtières empêche le renouvellement naturel du sable et favorise progressivement la disparition des plages, obligeant par la suite à recourir à des ouvrages de protection coûteux et souvent peu esthétiques.
Face à ces défis, l’experte plaide pour une gestion intégrée des zones côtières, fondée sur une coordination entre l’ensemble des acteurs concernés. Cette approche vise à concilier développement économique, valorisation touristique et préservation des ressources naturelles à travers une gouvernance associant les secteurs de l’environnement, de l’habitat, des transports, de l’industrie, du tourisme et des collectivités locales.
Pour l’experte, l’avenir du littoral algérien dépend également du développement d’une véritable culture de l’écocitoyenneté. Elle rappelle que la préservation des plages, la gestion responsable des déchets et le respect des réglementations environnementales constituent des conditions indispensables pour protéger un patrimoine naturel qui représente à la fois une richesse écologique, un moteur économique et un vecteur majeur d’attractivité touristique pour l’Algérie.