Lina Ben Mhenni au JI : «On veut installer Daech en Afrique du nord» – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Lina Ben Mhenni au JI : «On veut installer Daech en Afrique du nord»

Lina Ben Mhenni au JI :  «On veut installer Daech en Afrique du nord»

Lina Ben Mhenni, enseignante universitaire, militante des droits de l’homme, cyberdissidente et bloggeuse tunisienne, est une personnalité publique de renommée mondiale. Fille d’un opposant au régime de Habib Bourguiba, elle dénonce à son tour le régime de Zine el-Abidine Ben Ali et subit sa répression.

Elle devient l’un des porte-voix de la révolution du jasmin et révèle alors au monde les méthodes brutales de la répression du régime de « Zaba » ( Zine El Abadib BenAli). Elle s’oppose aujourd’hui à la montée de l’islamisme terroriste en Tunisie et dénonce les dérives du nouveau pouvoir politique en Tunisie conduit par le mouvement Ennahda. En 2011, elle publie chez Indigène éditions un livre, « Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe ».

Dans cet entretien au Jeune Indépendant, elle livre  sa vision sur ce même monde arabe presque quatre ans après la mort de Tarek Bouazizi, l’étincelle qui balayé le regime de Beni Ali et avec lui d’autres leaders autoritaires arabes.

« Ceux qui ont imposé Daech en Syrie et en Irak veulent l’installer en Afrique du Nord »

Le Jeune Indépendant : Le président tunisien par intérim Moncef El Merzouki avait fermé l’ambassade de Syrie en Tunisie et déclaré son soutien à « l’opposition syrienne ». Ne croyez-vous pas que cette position avait, à l’époque, été plutôt favorable à « Daech » et à d’autres organisations terroristes ?

Lina Ben Mhenni : Je pense que la décision du président Moncef Marzouki de fermer l’ambassade de Syrie en Tunisie était trop hâtive et irréfléchie. En effet, en faisant cela, Moncef Marzouki n’a pas pensé au sort des Tunisiens qui vivaient déjà en Syrie pour différentes raisons comme le travail ou les études. A l’époque, la vision n ‘était pas très claire en ce qui concerne la situation en Syrie ou la « révolution Syrienne ».
On ne parlait pas de « Daech » ou ISIS encore. Cela ne m’empêche pas de dire que cette décision serait certainement favorable à ses forces obscurantistes et destructrices qui détruisent le monde arabe et essayent de s’en prendre à l’Afrique du Nord. Plusieurs facteurs ont influencé cette décision et surtout les relations bilatérales avec certains pays du Golfe, connus pour leur soutien aux organisations islamistes terroristes. Et qui de nous oubliera le congrès des amis de la Syrie qui s’est tenu en Tunisie ?

LJI: Un centre américain spécialisé dans le domaine a estimé à « des milliers » le nombre de « djihadistes » tunisiens partis faire le « djihad » en Syrie et en Irak dans les rangs de « Daech ». Cela représente-t-il un danger pour la sécurité de la Tunisie après le retour de ces « djihadistes » dans leur pays ?

Lina Ben Mhenni : Malheureusement, les Tunisiens semblent être à la tête des listes des pays qui exportent des djihadistes ou, je dirais, des terroristes pour la Syrie. Certains sont déjà rentrés ; d’autres sont encore en train de faire leur Djihad. Malheureusement, s’ils ne sont pas contrôlés et traduits devant la justice si les interrogatoires montrent qu’ils sont impliqués dans des crimes contre l’humanité, ils représenteront un grand danger pour la stabilité de la Tunisie. Ces gens sont avides de violence et de sang et leur intégration dans la société doit se faire de manière progressive et bien sûr, je parle là de ceux qui n‘ont pas commis de crimes. Ils doivent se faire soigner.

LJI: La nouvelle Constitution tunisienne prévoit-elle de présenter ces « djihadistes » devant la justice après leur retour en Tunisie, ou bien seront-ils libres de leurs mouvements ?

Lina Ben Mhenni: La nouvelle Constitution ne prévoit rien pour ces djihadistes. Les députés de l’Assemblée constituante ont même repoussé la date de la discussion de la loi anti-terrorisme à une date ultérieure à la date des élections législatives et présidentielles, ouvrant ainsi la porte à l ‘impunité face aux crimes de ces djihadistes . Pire, lors d’une visite au djebel Chammabi où il y a eu plusieurs attaques terroristes qui ont tué des dizaines de nos soldats et agents de sécurité, Monsieur Moncef Marzouki a déclaré que ces djihadistes étaient nos enfants et qu’ils se sont peut-être trompés, mais qu’il fallait être clément avec eux et pardonner ce qu’ils ont fait !

« La décision de Moncef El Merzouki de fermer l’ambassade de Syrie a favorisé l’obscurantisme »

LJI: Qui, d’après vous, tente d’imposer « Daech » en Afrique du Nord ?

Lina Ben Mhenni : Ceux qui tentent de l’imposer en Syrie et en Irak .Tous ceux qui ne veulent pas que les peuples jadis opprimés par leurs gouvernants avancent et retrouvent leur liberté et le pouvoir de décider de leur sort eux-mêmes. Je pense que c’est une histoire trop complexe qui dépasse les frontières de chaque pays qui y est impliqué.

L’introduction de Daech en Afrique du Nord installerait le chaos et garantirait les intérêts politiques, stratégiques et économiques de ceux qui cherchent à introduire ces criminels dans nos pays.

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