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Nationale

L’impératif d’un aggiornamento stratégique médiatique

L’impératif d’un aggiornamento stratégique médiatique

La communication est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Pour paraphraser le stratège prussien Karl von Clausewitz, dans le monde d’aujourd’hui pas de place aux récalcitrants en communication ! Sur ce point, l’Algérie pèche par une retenue souvent mal placée, et surtout mal perçue. Point de place au langage diplomatique aux propos alambiqués lorsque l’intérêt suprême de la nation l’exige, toute les réponses sont permises, fussent-elles à la limite de la menace. L’union sacrée doit être de mise, comme dans tous les pays qui soignent leur communication en temps de crise, et tous les moyens doivent être déployés par les pouvoirs publics afin d’assurer une communication efficace et efficiente. Il faut mettre sur pied de véritables networks pour faire face à cette netwar qui nous cible plus que jamais.

Le dernier épisode de la sortie tunisienne de Nicolas Sarkozy le confirme encore une fois, et à nos dépends. L’Algérie est un sujet de prédilection pour tous ceux qui veulent se refaire une virginité politique et se replacer sur l’orbite de la politique dans leurs pays respectifs. On se souvient de l’épisode de la menace du Qatar contre l’Algérie en 2011, de l’affaire libyenne, de la guerre française au Mali, du drame des diplomates algériens otages à Gao, de l’attaque de Tiguentourine, du fiel déversé quotidiennement par les médias marocains contre l’Algérie. C’est dire que le problème réside également chez nous.
Comment communiquer et avec quelle efficacité ? Les pouvoirs publics ne semblent pas mesurer la gravité de la situation, car qui ne communique pas au moment M sera dépassé par les évènements qui risquent de se retourner contre lui. L’épisode malheureux du « qui tue qui ? » illustre parfaitement cette carence en communication. A défaut d’être offensive, pro-active, la communication officielle algérienne est défensive, réactive et souvent en retard.

Mais au moment de l’ouverture médiatique et audiovisuelle, les réflexes hérités du parti unique et de la période de la Guerre froide doivent être conjugués au passé simple. Lorsque les intérêts suprêmes de la nation l’exigent, point de distinction entre médias publics et privés. A ce propos, les chaînes privées algériennes sont une nouvelle force de frappe qui peut rivaliser, toute proportion gardée, avec les médias étrangers qui ont fait des attaques contre l’Algérie leur fonds de commerce.
Pour Ryma Rouibi, enseignante chercheuse à l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI) d’Alger, « le problème des pouvoir publics est qu’ils pensent qu’ils ont toujours le monopole sur les médias, en négligeant le pouvoir incontrôlable des réseaux sociaux et des médias numériques ». Pis, « en parallèle il y a un déficit de maîtrise du langage numérique face à une génération numérique. Résultat des courses : le gouvernement algérien est en train d’utiliser un langage dépassé, désuet et décalé, un langage similaire à celui utilisé durant le règne du parti unique ».

Un autre problème qui freine la bonne communication : la conception de la notion de service public. « Les médias publics sont toujours perçus comme étant au service des pouvoirs publics et non comme une représentation du service public qui œuvre à l’intérêt général de la collectivité nationale », précise Ryma Rouibi. D’où la confusion de genre sciemment entretenue par certains pour faire passer leur message.
Justement comment recadrer cette carence ? « Il faut d’abord qu’il y ait une stratégie en communication, mieux, une communication stratégique tracée à long terme afin de refléter les intérêts supérieurs de la nation », répond la spécialiste en communication stratégique, avant de renchérir : « Le gouvernement doit cesser de sous-estimer l’opinion publique nationale, dont il faut regagner la confiance par un interlocuteur fiable et crédible ». Dans un autre sens, « cette stratégie de communication doit également prendre en considération l’opinion publique internationale, désormais acteur incontournable ».

Le verdict de Ryma Rouibi est sans appel. « S’il faut s’imposer et consolider l’aura de l’Algérie sur la scène internationale, il faut adopter et démocratiser l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans tous les domaines. Plus il y aura de moyens utilisés, plus l’Algérie aura des vecteurs multiples pour faire entendre sa voix ».
Les médias publics et privés doivent être au service de l’intérêt suprême de la nation et non pas au service de certains lobbys. Certes, la notion de gain et d’intérêt doit être prise en considération afin de viabiliser ces médias, mais le sens des responsabilités est également un aiguilleur puissant qui dirige la boussole de la communication.

Pourquoi en 2015 les médias publics ne disposent-ils pas de correspondants dans les principales capitales de la planète ? Pourquoi fait-on des économies d’épiciers alors que des pays souvent inamicaux investissent des milliards de dollars pour mettre sur pied des médias comme de puissants relais à leur diplomatie ? Mais surtout pourquoi laisse-t-on les médias privés, toujours de droit étranger pour les chaînes de télévisions, verser dans le populisme et le voyeurisme alors que les enjeux sont autrement plus grands ?
Le philosophe américain Noam Chomsky ne s’y est pas trompé : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un Etat totalitaire ». A méditer !

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