L’IA comme moteur de croissance : Le financement au centre des priorités
L’intelligence artificielle ne pourra s’intégrer durablement dans l’économie algérienne qu’à condition d’adapter les mécanismes de financement aux réalités du marché, a estimé l’expert en transformation digitale et en cybersécurité, Djallal Bouabdallah.
Selon lui, il est essentiel de distinguer deux modèles de développement de l’IA, le premier repose sur les grands laboratoires internationaux, qui mobilisent des milliards de dollars pour concevoir des modèles universels, le second, plus adapté au contexte algérien, consiste à développer des solutions d’intelligence artificielle appliquées aux besoins nationaux, notamment dans les domaines de la finance, des télécommunications, de l’agriculture ou encore de l’énergie. « Ce type de projets se finance en millions et non en milliards, tout en offrant de réelles perspectives de rentabilité », a-t-il expliqué, lors d’un panel ayant pour thème « Innovation et transfert de technologies : l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’économie nationale », organisé en marge de la 57e Foire internationale d’Alger.
L’expert a également souligné que le financement de l’écosystème de l’innovation repose aujourd’hui essentiellement sur les dispositifs publics, à travers les fonds dédiés aux startups, aux télécommunications ou encore aux collectivités locales. Un modèle qu’il juge utile, mais insuffisant pour bâtir un véritable marché de l’investissement.
Selon lui, l’État doit désormais évoluer vers un rôle de facilitateur plutôt que d’investisseur unique. Il plaide ainsi pour une utilisation de l’argent public comme mécanisme de garantie afin de réduire le risque supporté par les investisseurs privés et d’encourager leur participation. Il recommande également de rendre pleinement opérationnelles les dispositions adoptées en 2025 autorisant les fonds étrangers à investir en Algérie, en assurant un cadre fiscal stable ainsi que des garanties sur la sortie des investissements. Il préconise, en outre, de mobiliser les compétences et les capitaux de la diaspora algérienne à travers des dispositifs d’investissement collectifs bénéficiant de cette même protection publique.
Pour Djallal Bouabdallah, l’enjeu n’est donc pas d’accroître les dépenses publiques, mais d’améliorer leur effet de levier afin que chaque dinar investi par l’État puisse attirer davantage de capitaux privés. Cette évolution permettra de passer d’une logique d’aide aux startups à une véritable dynamique d’investissement.
Concernant les secteurs prioritaires, l’expert place la finance et les télécommunications en première ligne. Il explique que l’IA repose avant tout sur la disponibilité de données structurées, dont ces deux secteurs disposent déjà en grande quantité.
Dans le secteur financier, la progression des paiements électroniques, qui a atteint 939 milliards de dinars en 2025, ainsi que les plus de 27 millions de transactions en ligne et près de 22 millions de cartes bancaires en circulation offrent un terrain favorable au déploiement de solutions de détection de fraude, de lutte contre le blanchiment d’argent, d’évaluation des risques ou encore de connaissance client.
Les télécommunications présentent, elles aussi, un fort potentiel grâce aux importantes bases de données détenues par les opérateurs. Celles-ci permettent le développement d’applications dédiées à l’optimisation des réseaux, à la maintenance prédictive ou encore à l’amélioration de la relation client, notamment à travers des assistants conversationnels en « darija ». L’expert a souligné par ailleurs que les opérateurs investissent déjà dans ces technologies, ce qui accélère leur déploiement.
Selon lui, ces deux secteurs ne sont pas nécessairement les plus stratégiques pour l’économie nationale, mais ils sont les plus avancés sur le plan de la maturité numérique, ce qui permet d’obtenir des résultats à court terme et de développer les compétences nécessaires avant d’étendre ces usages à d’autres domaines.
À plus long terme, l’expert a estimé que les gains économiques les plus importants pourraient provenir de secteurs comme l’énergie, qui dispose d’importants volumes de données industrielles, l’agriculture, qui représente environ 13 % du PIB, selon la Banque mondiale et constitue un enjeu majeur de sécurité alimentaire, ainsi que la santé. Toutefois, il rappelle que ces secteurs devront d’abord améliorer la qualité, la structuration et la gouvernance de leurs données pour exploiter pleinement le potentiel de l’intelligence artificielle.
En outre, l’expert a insisté que le développement de l’IA dépend avant tout de la disponibilité de données fiables et de ressources humaines qualifiées capables de les exploiter. Sans ces deux piliers, même les secteurs les plus avancés risquent de ne pas tirer pleinement parti de cette technologie.