L’hystérie de Retailleau pour saborder le dégel franco-algérien
À la veille de la visite officielle en France du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, l’extrême droite et la droite dure montent au créneau pour jouer aux vierges effarouchées. En agitant de manière compulsive le chiffon rouge de l’accord de 1968 et des OQTF, l’ancien ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, tente une nouvelle fois d’imposer son agenda algérophobe et de parasiter les discussions stratégiques qui s’ouvrent avec Laurent Nuñez. Décryptage d’une stratégie de sabotage politique éprouvée.
Ce n’est jamais par hasard que le chantre du courant anti-algérien à Paris choisit son moment pour distiller son venin. À la veille du déplacement de Saïd Sayoud en France, à l’invitation de son homologue français Laurent Nuñez, Bruno Retailleau a immédiatement dégainé sur ses réseaux sociaux ses épouvantails idéologiques favoris. Dans un message sur X (ex-Twitter) dont le caractère subversif dispute la politisation à outrance, l’ex-locataire de la Place Beauvau s’est fendu d’une charge chiffrée : « 51 000 ressortissants algériens interpellés en situation irrégulière l’an dernier. 150 OQTF exécutées. On vide l’océan avec la toute petite cuillère. Il faut donc changer de méthode, en mettant fin aux accords de 1968 ».
Ce chiffre n’est qu’une fanfaronnade qui démontre que le mensonge chez Retailleau est une inflation irréversible. Aucun responsable français, même lui lorsqu’il était en poste, n’a osé vendre une telle couleuvre. Mais cette focalisation obsessionnelle trahit une partialité flagrante. Retailleau se garde bien, comme à son habitude, d’évoquer d’autres nationalités, à l’instar du Maroc, dont les indicateurs statistiques sont supérieurs, et dont la compagnie nationale, la Royal Air Maroc, refuse crûment d’embarquer ses propres ressortissants sous le coup d’une expulsion.
L’obsession Retailleau, faire de l’Algérien l’unique coupable
Fidèle à une doctrine profondément ancrée à la droite du sillage politique français, Retailleau cherche à asphyxier médiatiquement cette visite. Sa stratégie ? Exercer une politique de pression maximale et de propagande agressive centrée exclusivement sur le traitement des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Pour ce courant, le dossier migratoire doit être l’unique prisme — et le point de rupture systématique — des relations bilatérales entre Alger et Paris.
Or, la réalité économique, sécuritaire et humaine est pourtant infiniment plus complexe. Alors que la gestion des OQTF s’opère rigoureusement au cas par cas pour des motifs judiciaires et de souveraineté sécuritaire mutuelle, l’arbre Retailleau cache une forêt de dossiers bien plus cruciaux. Les discussions entre Sayoud et Nuñez portent, en effet, sur des enjeux hautement stratégiques à savoir ; la coopération antiterroriste, la lutte contre le grand banditisme et le narcotrafic transfrontalier, le dossier complexe des « biens mal acquis », ainsi que le statut global et la protection des ressortissants algériens établis en France.
Les observateurs avertis de la scène politique ne s’y trompent pas. Bruno Retailleau, instruit par ses sponsors de la NostAlgérie, agit en pyromane dès qu’un horizon de normalisation se profile entre les deux rives. Ce rôle de parasite de l’agenda diplomatique, il l’a déjà joué par le passé, notamment lorsqu’il s’agit de geler le moindre rapprochement ou de briser une baisse de tension minimale. L’an dernier, au lendemain d’un déplacement constructif du ministre français des Affaires étrangères à Alger, Retailleau avait activement contribué à torpiller les espoirs d’un dialogue rénové. En exacerbant et en instrumentalisant de toutes pièces une affaire scabreuse qui s’était soldée par l’incarcération d’un agent consulaire algérien, il avait réussi son pari de paralyser l’amorce du dégel.
L’alternative du respect, la leçon de Royal
Aujourd’hui, visiblement paniqué par les signaux de reprise des canaux officiels — illustrés notamment par le récent déplacement à Alger de Gérald Darmanin, l’actuel ministre français de la Justice et Garde des Sceaux —, Retailleau tente de forcer la main à Laurent Nuñez. En brandissant l’épouvantail de l’accord de 1968, il s’accroche à sa posture de « fermeté » condescendante, méprisant ouvertement les règles élémentaires du droit international et de la souveraineté de l’État algérien, alors même que le fil du dialogue vient à peine d’être renoué.
Face à cette dérive populiste, d’autres voix en France plaident pour le réalisme et la dignité diplomatique. Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, ne s’est pas trompée en appelant fermement le gouvernement français à « respecter la souveraineté de l’Algérie ».
Dans une récente intervention, elle a opposé une fin de non-recevoir à la méthode Retailleau, préconisant une approche pragmatique, celle de cesser définitivement de s’adresser à Alger sous la forme d’injonctions unilatérales ou de postures néocoloniales. Son conseil à l’exécutif français est clair ; dialoguer avec l’Algérie sans conditions préalables ni diktats moraux. « On a affaire à un État souverain », a-t-elle martelé. Une évidence géopolitique que le gesticulateur Retailleau et les cercles nostalgiques de sa mouvance feignent, par calcul électoral et dogmatisme, de vouloir ignorer.