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Op-Ed

L’extraordinaire éviction

De mémoire de citoyen, jamais un communiqué de la présidence algérienne n’aura été aussi incisif pour signaler à l’opinion publique la fin de fonction d’un haut commis de l’Etat.

Quelle faute ou plutôt quel crime a pu commettre Abdelaziz Belkhadem pour qu’on ait décidé de l’écarter aussi brutalement de tout rôle politique dans le pays ?

Il faut que l’homme d’Etat soit accusé du pire pour que le pouvoir, d’habitude si discret quant à ses dissensions internes, en vienne à se débarrasser de l’un de ses piliers qui a occupé nombre de hauts postes de responsabilité à la tête du gouvernement ou en tant que représentant spécial du président de la République lors de rendez-vous internationaux. Se peut-il qu’Abdelaziz Bouteflika outrepasse, sans motif sérieux, ses prérogatives en « contactant la direction du FLN » afin que le parti ôte toute couverture politique à son ex-secrétaire général ?

Pas besoin de se faire sémioticien pour comprendre que l’énoncé tend plus vers le dispositif d’une cour martiale qu’un simple décret portant fin de fonction.

Or, s’il s’agit vraiment d’une mesure en proportion avec les griefs retenus contre l’ex-chef de gouvernement Abdelaziz Belkhadem, les Algériens sont en droit de savoir ce qui est reproché à l’instituteur d’Aflou au fabuleux destin dans le sérail : Intelligence avec l’ennemi ? Implication dans une tentative de coup d’Etat ? Participation active dans un réseau terroriste ou actes de délinquance de droit commun ? Aucune transgression de la morale ou de la loi par un si haut responsable ne doit être cachée au peuple.

Avec toutefois une attention particulière pour le respect de la présomption d’innocence qui suppose un procès équitable et la préservation de la dignité du prévenu. Pour l’heure, ni le communiqué de la Présidence ni la dépêche de l’agence officielle de presse n’indiquent que le mentor politique, soudainement tombé en disgrâce, serait poursuivi par la justice algérienne ou celle d’un pays tiers. Il faudra peut-être entendre la réaction du concerné ou les éclaircissements de l’exécutif pour en savoir davantage sur les raisons de l’éviction subite d’un ministre d’Etat, jadis si proche du premier magistrat du pays.

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