L’expert Guendouzi : « C’est le moment de revoir globalement l’accord avec l’UE»
Une nouvelle fois, le président de la République appelle à la révision de l’accord d’association Algérie-Union européenne.
Cette fois-ci, d’une manière générale et en optant pour une approche gagnant-gagnant. Le moment donc est venu pour revoir cet accord, qui est défavorable à l’économie algérienne. La tâche s’annonce cependant complexe et elle va surtout durer dans le temps.
C’est donc une réforme générale de cet accord qui est annoncée par le président de la République qui, en présidant le Conseil des ministres dimanche dernier, a donné des instructions à l’effet de revoir les dispositions de l’accord d’association avec l’Union Européenne, « clause par clause », en fonction d’une vision souveraine et d’une approche « gagnant-gagnant ». Cela, en tenant compte de l’intérêt du produit national en vue de créer un tissu industriel et des emplois.
Spécialistes et économistes ont, à maintes reprises, affirmé que l’accord d’association qui lie l’Algérie avec son partenaire européen était en défaveur de l’économie algérienne. Alors que la balance commerciale du pays se voit inclinée davantage au profit du partenaire européen, la partie relative à l’investissement semble être ignorée, très peu d’investissement ont été réalisés. Sa révision est donc plus que nécessaire.
C’est l’avis des spécialistes à l’exemple du professeur d’économie Brahim Guendouzi qui estime que « c’est le moment de revoir cet accord dans sa globalité ». Beaucoup de choses ont changé depuis la mise en place de cet accord. « Les choses ont évolué de part et d’autre durant ces 15 années », a-t-il souligné. L’Algérie de 2001, qui venait de sortir d’une difficile décennie et de l’ajustement structurel, lors des négociations de cet accord n’est pas celle d’aujourd’hui. Du côté de la rive nord de la Méditerranée, les choses ont aussi évolué comme la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne mais aussi les changements apportés par la pandémie du coronavirus.
La révision de cet accord dans sa globalité s’impose certes, mais cela demanderait beaucoup de temps, selon les précisions de M. Guendouzi qui signale la complexité de la tâche. Ce n’est pas la première fois qu’Alger demande la révision de cet accord. En août 2020, le président de la République avait demandé au ministre du Commerce de « procéder à une évaluation du dossier sur l’accord d’association avec l’Union européenne qui doit faire l’objet d’une attention particulière, faisant valoir nos intérêts pour des relations équilibrées ». Des pertes colossales pour l’économie algérienne sont enregistrées derrière l’application de cet accord avec des pertes fiscales estimées à pas moins de 2 milliards de dollars par an, outre d’autres dommages relatifs entre autres, à la non prise en charge du volet relatif à l’investissement.
L’Algérie avait par la suite demandé le report de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange avec l’Union européenne (ZLE) qui devait être effective le 1er septembre 2020. Abdelmadjid Tebboune avait annoncé qu’Alger allait revoir le calendrier du démantèlement tarifaire accompagnant le mécanisme de la ZLE, affirmant que l’UE était « d’accord concernant cette révision à laquelle s’attellent des économistes ». Il avait par ailleurs affirmé que « l’Algérie ne pouvait pas renoncer à l’accord d’association avec l’Union européenne, un partenaire auquel nous sommes attachés ».
Il faut dire que comparativement avec nos voisins de l’Afrique du nord ( Maroc et Tunisie), cet accord d’association avec l’UE n’a pas beaucoup favorisé l’Algérie sur plusieurs aspects. Le déséquilibre est énorme en termes d’investissements et d’autres facilitations, ainsi que dans le développement des relations commerciales, techniques et technologiques dans certains secteurs
de pointe.