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Op-Ed

Leurs télévisions et nos visions

Les ambitions de changement dans les pays arabes ont toutes des substrats libidinaux. C’est le constat ancré dans le pays des Rois fainéants depuis « le siècle des lumières » qui a vu apparaitre les nouveaux pères de la morale, ceux qui percevaient le « Mahométan » comme un être inférieur, colonisable et corvéable à souhait. 

Cette vision qui n’est pas prête de changer chez l’occidental de Paris est depuis ces temps lointains sclérosée et de surcroît tenace. A leur retour sur le vieux continent, les orientalistes alimentaient les images de l’arabe reclus, au cerveau poreux, entouré d’un harem dans un oasis imaginaire. Un arabe basané et laid prêt à vendre biens et âmes ou couper des têtes dans le but de s’offrir la femme blanche venue sur ses terres exotiques en touriste.

Avant la « conquête » de l’Algérie, l’autochtone était un barbare, durant les 132 ans d’occupation un indigène gueux, pendant la révolution de 1954 un fellaga, un terroriste, au cours des années de post-Independence un socialiste misérable, pendant la décennie noire un coupeur de tête et un égorgeur. Aujourd’hui, la plupart des médias dans la métropole ne veulent voir de l’arabe que cette image d’être tourmenté par sa libido même s’il s’ingénie à afficher une tête moderne, un discours sain et une vision de changement au service des hommes et de l’humanité. 

La chaine de télévision France5 participe justement au maintien de cette posture devenue une litanie creuse à travers un reportage qui renferme l’Algérien dans des errements pulsionnels. Les laudateurs du modèle civilisationnel judéo-chrétien, de quelque obédience que ce soit, savent fourguer à la plèbe occidentale, souvent sur commande, livres, chroniques ou reportages qui entretiennent cette vision étriquée et forcement dégradante de la réalité de l’arabe d’aujourd’hui.


La démocratie, la liberté ou l’Etat de droit voire l’intelligence sont des notions qui ne se conjuguent pas à l’arabe, ramage-t-on à profusion à Paris entre intellectuels et journalistes pensionnaires du Fouquet’s. 
 

Des régimes absolutistes ont certainement servi de soubassement solide à cette posture. Et lorsque ces notions s’affirment, elles ne sont aux yeux de la sphère médiatique occidentale ou l’intelligentsia que d’éphémères accidents de l’histoire. 

Preuve en est lorsque les arabes ont développé le savoir des Grecs et l’ont transmis en copie finie aux européens ils ont servi de facteurs, ressasse-t-on dans les milieux négationnistes. Pour eux l’arabe n’a aucun mérite dans l’éclosion de la pensée chez Diderot ou Montesquieu. 
A part cela, l’image que les médias européens nous renvoient aujourd’hui avec des complicités manipulées ou consentantes, n’est rien d’autre que le reflet pitoyable de cet état d’esprit étroit et raciste jadis nourris par les cerveaux troubles du second empire. Il est certain que cette étroitesse ne sortira pas du tunnel sombre dans lequel elle s’est condamnée à perpétuité. 


Quant à nous autres algériens, ce qui compte aujourd’hui est le regard que nous portons sur nous-mêmes, celui qui constitue le fondement de ce que nous sommes actuellement et de ce que nous aspirons à devenir.
 

C’est cette vision qui doit jalonner notre effort collectif de reconstruction du pays, de sa renaissance, de son essor vers cet Etat rassembleur et juste.
Il s’agit d’un projet ardemment souhaité par un peuple éprouvé par des crises successives et engagé à l’unisson sur ce chemin de l’instauration de sa propre vision sans se soucier de la cécité ou du paternalisme des hobereaux des plateaux de télévisions à Paris ou ailleurs.

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