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Nationale

L’état de la santé en attendant la thérapie de choc

L’état de la santé en attendant la thérapie de choc

Même s’il est encore trop tôt pour faire une appréciation objective sur le niveau de réactivité du système de santé nationale face au covid-19, on pourrait d’ores et déjà souligner que pour le moment il a bien amorti le choc.

Bien avant la pandémie, la santé publique subissait d’innombrables critiques : manque d’infrastructures, déficit en personnel soignant, incapacité à prendre en charge une demande de plus en plus importante en soins en raison de la hausse des maladies chroniques. En plein hirak, beaucoup d’internautes reprochaient à la « issaba » d’avoir construit une mosquée à deux milliards de dollars au lieu d’investir dans de nouveaux hôpitaux.

Nombreux étaient les algériens qui estimaient que le système de santé du pays allait s’écrouler face à une pandémie ayant malmené de grandes puissances à l’exemple de l’Italie, la France et les Etats-Unis. Pourtant, un mois après l’aggravation de l’épidémie les structures de la santé publique notamment le corps médical sont acclamées sur les réseaux sociaux pour le courage affiché face à ce virus dévastateur.

L’ampleur prise par la pandémie a mis les systèmes de santé à travers le monde à rude épreuve. Certains pays, comme l’Italie, l’Espagne, la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ont été totalement désarçonnés par la rapidité de la contagion et le nombre effarant de décès. Que dire alors des pays en voie de développement ou pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine
S’agissant de l’Algérie, depuis le début de l’épidémie, nombreux étaient ceux qui mettaient en doute les capacités du pays à faire face au virus estimant que l’Etat, fragilisé, auraient du mal résister simultanément à l’effondrement des prix du baril de pétrole et à la pandémie du covic-19.

Lors de la première réunion du Conseil des ministres consacrée à la lutte contre le covid-19 les premiers chiffres des moyens disponibles pour faire face au virus sont mis en branle. Les structures de santé publique dispose de plus de 3 300 appareils de respiration artificielle et près de 2 400 autres appareils d’anesthésie-réanimation. Dans le cas d’une aggravation de la pandémie, le ministère de la santé peut ainsi mobiliser 6000 appareils de respiration artificielle et d’anesthésie-réanimation. Ce chiffre communiqué par la plus haute autorité du pays (Conseil des ministres) n’a donné lieux à des commentaires suspicieux. Dans une récente édition, le magazine français, « Jeune Afrique », livre une enquête sur les capacités des pays africains à faire face au covid-19.

Les moyens de l’Algérie face au Covid-19
Dans son article l’auteur exhibe le nombre d’appareil de respiration artificielle et d’anesthésie réanimation dont disposent les pays africains pour faire face à cette situation, comme si les personnes atteintes par ce virus doivent toutes être soumises aux mêmes conditions d’hospitalisation ou qu’elles vont se retrouver au même niveau de gravite virale. En évoquant le nombre disponible en Algérie, le magazine français remet en cause les chiffres donnés par le conseil des ministres en soulignant qu’en Algérie beaucoup jugent ce chiffre très optimiste et parlent de quelques centaines. En vérité, ce qui a dérangé ce magazine c’est le fait que l’Algérie dispose du plus grand nombre de respirateurs et d’anesthésie réanimation en Afrique. Le Maroc ne compte que 1640 appareils d’anesthésie réanimation. Ce nombre inclus le public et le privé ainsi que le militaire (684 pour le public, 504 pour le privé et 70 militaires). Face à ce nombre jugé faible pour face à la pandémie, le souverain marocain Med VI exigea du gouvernement de porter le nombre à 3 000 dans les semaines à venir.

Une demande difficilement réalisable en raison des difficultés de trouver rapidement ce genre d’équipements en raison de la demande qui a explosée en raison de la pandémie. Le même cas se pose à la Tunisie qui ne dispose que de 700 appareils de réanimation, dont seulement 300 sont dans les services publics. Concernant l’Afrique du Sud, le magazine jeune Afrique donne le chiffre de 1000 appareils de réanimation dont plus de la moitié appartiennent à un groupe sanitaire privé. Le système de santé en Algérie est dans une réalité différente par rapport à celle de ses voisins. Si pour l’Algérie, la totalité des équipements appartiennent au secteur public chez les autres la moitié des équipements relève du privé, ce qui rend difficile l’accès aux soins pour le citoyen à faibles revenus.

Après avoir adopté la scolarisation obligatoire et gratuite pour tous les enfants dès l’indépendance en 1962, la médecine est devenue gratuite en Algérie en 1973. Cette politique exigeait de l’Etat de financer presque totalement les soins de tous les citoyens sans aucune exclusion, du plus pauvre au plus riche. L’Etat va alors financer le fonctionnement des structures de santé ainsi que la construction et l’équipement des nouvelles infrastructures. Ce n’est qu’en 1986 qu’une nouvelle loi sur la santé est adoptée ouvrant ainsi la voie à l’investissement privé dans le secteur de la santé. Aujourd’hui, près de 220 cliniques privées sont en fonction. Les chiffres concernant le nombre des appareils de respiration artificielle et d’anesthésie-réanimation communiqués par le Conseil des ministres ne concerne que les structures publiques de santé. Dans le cas d’une aggravation de la pandémie, le gouvernement peut compter sur les moyens dont dispose la santé militaire et les cliniques privées.

L’Algérie traverse depuis le 22 février de l’année passée une situation politique trouble. Le système politique et la gouvernance du pays qui ont prévalu ces deux dernières décennies sont mis en cause. En 47 ans de médecine gratuite le pays compte 311 hôpitaux dont 16 centres hospitalo-universitaires alors que le Maroc ne dispose que de 133 hôpitaux, soit une moyenne de 2 lits pour 1000 habitants en Algérie contre 1 lit pour 1000 habitants au Maroc. Le nombre important d’hôpitaux éparpillé à travers l’ensemble du territoire national a permis de traiter les cas contaminés près de leurs lieux de résidence.

Evitant ainsi aux hôpitaux des grandes villes une saturation certaine. Par ailleurs et pour réponde à une demande sans cesse croissante en personnel de santé pour répondre aux besoins des nombreuses infrastructures de santé, de grands efforts ont été déployés dans la formation médicale. L’Algérie compte actuellement une moyenne de 2 médecins pour 1000 habitants alors que le Maroc n’a que 0,6 médecin pour 1000 habitants, l’Egypte 0,8 médecins pour 1000 et la Tunisie également 1 médecin pour 1000 habitants.

Si le covid-19 a mis à rude épreuve le système nationale de santé, il a par contre permis une prise de conscience générale sur l’importance de la santé en cas d’alerte sanitaire de grande ampleur. Lors de la réunion qu’il a tenue avant-hier au siège du ministère de la santé le Président de la République a Abdelmadjid Tebboune annoncé des mesures de restructuration totale du système nationale de santé tout en améliorant les conditions de travail des professionnels du secteur. Cela fait plus de quatre décennies que la santé en Algérie attend des réformes profondes.

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