Agression contre l’Iran: L’Espagne s’aligne sur la position de l’Algérie
L’Espagne refuse l’utilisation des bases militaires par les États-Unis dans l’offensive en cours contre l’Iran tout en plaidant pour un règlement pacifique de la guerre, une posture qui s’accorde avec celle prônée par l’Algérie.
Le gouvernement espagnol a refusé, lundi soir, d’autoriser les États-Unis à utiliser ses bases militaires de Rota et de Morón de la Frontera, situées en Andalousie, dans leur offensive contre l’Iran. Quinze avions ravitailleurs américains ont ensuite quitté ces deux bases selon la même source.
« Les bases sous souveraineté espagnole ne seront utilisées pour aucune tâche qui ne relève pas de l’accord avec les États-Unis et qui ne soit pas conforme à la Charte des Nations Unies », a affirmé le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, dans une interview accordée à RTVE.
Dans une prise de position ferme et sans équivoque, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a notamment condamné les frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, mettant en garde contre une dangereuse escalade susceptible de plonger le Moyen-Orient dans une spirale de violence.
« Nous rejetons l’action militaire unilatérale des États-Unis et d’Israël, qui constitue une escalade et contribue à un ordre international plus incertain et plus hostile », a indiqué le Premier ministre espagnol sur le réseau social X. Il a averti que le monde « ne peut se permettre une autre guerre prolongée et dévastatrice au Moyen-Orient ».
Les frappes, qui auraient visé des installations sensibles à Téhéran, s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement tendu. En riposte, l’Iran a ciblé des positions israéliennes et des intérêts américains dans plusieurs pays du Golfe, alimentant les craintes d’un embrasement généralisé. Plusieurs États de la région ont d’ailleurs fermé leur espace aérien face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire.
Dans le prolongement de cette position de principe, Madrid a tenu à préciser que les bases militaires conjointes situées sur son territoire ne seraient pas utilisées pour des opérations contre l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a affirmé que « les bases ne sont pas utilisées pour cette opération militaire » et qu’aucune autorisation ne serait accordée pour des actions contraires aux engagements internationaux de l’Espagne.
Les installations de Rota et de Morón, bien qu’utilisées conjointement avec les forces américaines, demeurent sous souveraineté espagnole. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a souligné qu’aucun soutien ne serait fourni, sauf en cas de nécessité strictement humanitaire.
Cette posture tranche avec celle d’autres grandes capitales européennes, qui, tout en exprimant leur préoccupation, se sont montrées plus nuancées. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont qualifié la situation de « profondément préoccupante », appelant à éviter toute action susceptible d’aggraver les tensions et de compromettre le régime mondial de non-prolifération.
Cette position s’inscrit dans une réorientation plus affirmée de la diplomatie espagnole au Moyen-Orient. Madrid s’est récemment distinguée par son engagement en faveur d’une solution politique au conflit israélo-palestinien et par sa volonté de renforcer le dialogue avec le monde arabe. L’Espagne a ainsi reconnu l’État de Palestine en 2024 dans le cadre d’une initiative diplomatique en faveur de la solution à deux États, démarche saluée par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lors de sa visite à Madrid.
Le roi Felipe VI, s’exprimant à Barcelone devant un parterre international à l’occasion du Mobile World Congres, a également appelé à « la plus grande modération dans l’usage de la force », au respect de la vie des civils et à « la recherche d’une issue diplomatique à la logique actuelle de confrontation ». Il a mis en garde contre « un risque clair d’escalade régionale aux conséquences imprévisibles ».
Alors que les canaux de négociation entre Washington et Téhéran, sous médiation omanaise, semblaient encore récemment ouverts, l’option militaire vient compromettre les perspectives d’un règlement pacifique. Face à cette dangereuse dérive, Madrid plaide pour le retour à la légalité internationale, au dialogue et à la primauté des Nations unies, une position partagée également par l’Algérie.
Dans un contexte international marqué par de profondes incertitudes, la voix de l’Espagne se veut celle de la retenue, du multilatéralisme et de la défense des principes universels de paix et de coopération. L’Algérie a appelé le 28 février dernier, jour de l’offensive américaine contre l’Iran à la « retenue » et au « sens des responsabilités » en vue d’épargner à l’ensemble de la région du Golfe un surcroît d’insécurité et d’instabilité.