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Les talibans prennent la ville de Kunduz

Les talibans prennent la ville de Kunduz

Durable ou non, la prise de la ville afghane de Kunduz (nord) par les talibans est déjà une grande victoire pour les rebelles, et un désastre en termes d’image pour Kaboul et ses alliés occidentaux, soulignaient hier nombre d’analystes.

La conquête en quelques heures lundi de la cinquième plus importante ville d’Afghanistan est le succès le plus significatif des talibans depuis qu’ils ont perdu le pouvoir et qu’ils sont entrés en rébellion à la fin 2001.

Et elle le restera même en cas de succès de la contre-offensive déclenchée hier par les forces gouvernementales afghanes, soutenues par l’aviation américaine, d’autant plus qu’ils en ont profité pour vider la prison de Kunduz, libérant plusieurs centaines de détenus, dont certains de leurs commandants et de leurs hommes.

La rapide prise de cette ville est d’abord « un désastre » pour le gouvernement du président Ashraf Ghani, dont les 5.000 à 7.000 soldats présents dans la province, mais « totalement désorganisés » n’ont pas été capables de repousser des talibans bien moins nombreux (400 à 2.000 selon les évaluations), note le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, spécialiste du conflit afghan. 

La conquête de Kunduz montre selon lui que la rébellion afghane conserve son efficacité sur le terrain en dépit des divisions qui ont émergé au sein de son commandement à la suite de l’annonce cet été de la mort de son chef historique, le mollah Omar. 

« Le timing de l’offensive de Kunduz est très important » car « il montre que les talibans sont toujours une force combattante unie » qui, au-delà des divergences politiques au sommet, « est toujours déterminée à renverser » le gouvernement pro-occidental de Kaboul, souligne Ahmed Rashid.

Un constat qui contraste avec les récents discours des autorités de Kaboul et de leurs alliés occidentaux qui considéraient que les talibans étaient en perte de vitesse et de plus en plus menacés par leurs divisions internes ainsi que par la concurrence du groupe Etat Islamique (EI), auxquels certains des leurs se sont ralliés.
Ahmed Rashid, souligne en outre au sein des insurgés de Kunduz la présence de combattants islamistes étrangers, signe que même après 14 ans de rébellion, les talibans, alliés historiques d’Al-Qaïda, peuvent toujours compter sur des renforts extérieurs. 

« Les groupes qui ont pris Kunduz ne comptent pas que des talibans, mais également des Arabes, des combattants d’Asie centrale et des Tchétchènes », connus pour leur férocité, note-t-il. 

Dès lundi soir, le mollah Akhtar Mansour célébrait une « victoire majeure » qui tombe à pic pour celui dont la désignation a été vivement contestée par une partie des hauts cadres talibans, notamment la famille du mollah Omar.

Les talibans ont diffusé hier sur les réseaux sociaux une vidéo montrant leurs combattants en train de brandir les drapeaux blancs de la rébellion devant des habitants de Kunduz soumis, ou de scander « Allahu Akbar », juchés sur des chars ou des 4X4 saisis aux forces locales en déroute. 

Plusieurs éléments, à prendre avec prudence, y suggèrent que la rébellion compte asseoir son autorité sur cette ville. Un taliban y explique ainsi à la foule que les insurgés comptent bien y appliquer une interprétation stricte de loi islamique, ce à quoi l’assistance répond : « Inchallah ». La vidéo s’achève sur un message d’apaisement écrit signé du mollah Akhtar Mansour dans lequel on peut lire : « Nous ne croyons pas à la vengeance ».

Il y promet une « amnistie générale » aux soldats gouvernementaux qui déserteront, appelle les fonctionnaires et les médecins à reprendre une vie normale et se porte garant de la sécurité de tous les habitants. « Kaboul doit accepter l’amère réalité que représente notre victoire », conclut-il.

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