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Nationale

Les scènes des crimes résistent à l’oubli à Guelma

Les scènes des crimes résistent à l’oubli à Guelma

« Soixante et onze ans après les faits, les régions de Boumahra Ahmed, Héliopolis et Belkhir dans la wilaya de Guelma, demeurent témoins des terribles massacres du 8 mai 1945, perpétrés contre les Algériens par l’armée française et les milices des colons, et qui allaient se poursuivre pendant un mois », ont affirmé des témoins. Mohamed Tourache, 89 ans, se remémore et relate un épisode dramatique de l’histoire du « Petit », l’ancien nom de la commune de Boumahra, située à sept km à l’est de la ville de Guelma, où vivaient, à l’époque des faits, 3500 âmes.

L’octogénaire, la voix étranglée, se souvient du commencement des massacres dans une scène macabre quand la police française et les milices exécutaient 16 à 17 Algériens civils. Les criminels avaient ensuite entassé les dépouilles, avant de les asperger d’essence et les brûler, à côté du pont Seybousse, à la sortie de la localité, en allant vers la commune Djebala Khemissi.

« C’était insoutenable », lâche les yeux larmoyant ammi Mohamed. Soixante et onze ans avant, il n’avait que 17 ans et travaillait dans la ferme du colon Antoine Gaussi, une immense exploitation connue pour ses terres fertiles.

Il a également relaté comment un certain Boulfelfel a pu miraculeusement échapper à ce massacre. Un autre témoin, ammi Kaddour, âgé au moment des faits de 10 ans, se rappelle qu’au village Bled Gaffar non loin de Boumahra, à 14 km de Guelma-ville, le colon Dubois qui possédait une grande ferme dans la région a tué quatorze Algériens venus des communes d’Aïn Sandel, Bouhchana, Lakhzara.

Ammi Kaddour se rappelle parfaitement l’été de cette année 1945, arrivé « plus tôt que prévu » dans cette région célèbre pour ses céréalicultures, ses viticultures et ses élevages bovins. « La récolte d’orge et d’avoine avait à peine débuté, mais l’esprit de vengeance et la brutalité des milices des colons, appuyées par l’armée française, ont transformé les jours qui suivirent le 8 mai 1945 en un « véritable enfer », se rappelle encore ce témoin. 

« Des avions militaires ont rasé les maisons qu’habitaient les Algériens et ont brûlé leurs lopins de terres agricoles tout au long de l’oued Boussara », détaille l’octogénaire. A deux km de Bled Gaffar, dans la ferme de la famille Benyekhlef, en ce mois de mai 1945, ce que les colons ont perpétré demeure « une honte », lance encore ammi Kaddour, plongé dans ses souvenirs.

« La ferme d’Amar Benyekhlef était une fierté pour tous les Algériens de la région et la vengeance aveugle des colons les a menés à spolier cette ferme et à commettre un génocide dans lequel 20 personnes dont le propriétaire de la ferme, des enfants et des femmes ont été tués ».

Le four crématoire pour cacher l’horreur 

Le moudjahid Saci Benhamla, décédé en 2013, dans un témoignage authentifié relate une scène qui l’avait profondément marqué en ce mai 1945. A l’entrée de la localité de Belkheïr (ex-Millesimo), au lieudit « le petit pont », l’armée coloniale française « a tiré à bout portant sur Brahim Kateb, âgé de 12 ans, tuant aussi sa mère Nafissa, enceinte de six mois, et son père Mohamed », témoignait-t-il.

Mohamed Kateb, poursuit ce témoin, était fonctionnaire à l’école de formation agricole de Guelma.
Lui, et une vingtaine d’autres Algériens civils et désarmés, exécutés par le secrétaire général de l’agglomération de Millesimo, ont été transférés à 5 km du lieu de cette tuerie pour être brûlés dans le four crématoire d’Héliopolis.

La « folie meurtrière » qui s’était emparée des dizaines de milices formées de colons, -armées par l’armée française, -pour riposter contre « l’audace » de milliers d’Algériens, épris de liberté, a perpétré l’inimaginable à Héliopolis, où des corps, « acheminés » par 20 camions, appelés « les camions de la mort » ont été brûlés dans ce four crématoire.

Des documents officiels de la défense des droits des victimes des massacres du 8 mai 1945, indiquent que 500 innocents Algériens ont été exécutés sommairement, entassés dans un fossé. D’autres corps ont été acheminés, sous la protection de la gendarmerie coloniale dans des camions vers la ferme de Marcel Lavie, pour y être brûlés dans un four crématoire.

La mémoire collective à Guelma retient également l’histoire douloureuse de Zohra Rekki, tuée et coupée en morceaux avec ses deux frères Mohamed et Hafid, brûlés tous les trois, par la suite. Les statistiques de la Fondation du 8 mai 1945, créée en 1995 révèlent que des documents d’archives font état de « 18 000 Guelmois, parmi la population civile algérienne, qui ont péri dans la sinistre besogne française d’extermination d’innocents ».

Ce mardi-là, précise M. Abdelaziz Bara, secrétaire général de la Fondation du 8 mai 1945, « était jour de marché hebdomadaire à Guelma. La manifestation pacifique à laquelle 2000 Algériens ont participé a débuté depuis le lieudit El-Kermat , à l’extérieur de l’enceinte de la ville ».

Pour le SG de la Fondation du 8-mai 1945, le plus important des acquis dans la commémoration de ces massacres est l’édification de 11 stèles commémoratives à Belkhir, Boumehra, Héliopolis, Oued Cheham, Lakhzara et également à Guelma-ville pour préserver la mémoire collective. Ces stèles raconteront aux futures générations l’histoire des massacres barbares perpétrés par la France coloniale, un mardi 8 mai 1945. 

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