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Nationale

Les retraités de Ghardaïa face à un vieux casse-tête

Les retraités de Ghardaïa face à un vieux casse-tête

Les retraités sont toujours contraints de se déplacer eux-mêmes pour retirer leur pension à la poste dans des conditions souvent intenables, surtout pour ceux dont la santé ou l’âge sont des handicaps.

C’est dire aussi que la retraite n’est pas un long fleuve tranquille pour tout le monde. Un nombre important de retraités se retrouve démuni à l’âge où ils ont le plus besoin de confort et de sérénité.

Il est 7h30 devant le bureau de poste de Belghanem. C’est d’ailleurs le seul bureau qui ferme ses portes à 16h, contrairement à celui du centre-ville qui baisse rideau une heure plus tard.

C’est le dix-huit du mois, jour de virement pour certains retraités qui se sont déjà rassemblés devant la poste, bravant la chaleur matinale de ces derniers temps, alors que l’agence n’ouvrira ses portes que dans une demi-heure.

Dès l’ouverture, c’est la ruée vers les deux seuls guichets, certains jouant finement des coudes pour y accéder, précédant les femmes ou les moins agiles.

Ceux-là ne franchissent la porte d’entrée qu’en dernier, et ce n’est pas pour autant qu’ils seront servis. « Chaque jour c’est pareil dans ce bureau de poste très exigu. Nous nous sommes habitués à ce type de traitement. Nous arrivons une demi-heure avant l’ouverture et nous ne sommes reçus qu’au moins deux heures après », soupire Si Mohamed, 70 ans.

« Même s’il arrive à 8 heures juste, le guichetier ne commence à travailler qu’un quart d’heure après. Il doit d’abord allumer et « préchauffer » son unité, « la seule pour plus de 5 000 usagers »…. « En plus, il n’y a que deux guichets mis à notre disposition » ajoute Brahim, 68 ans.

Les préposés et les retraités, victimes des insuffisances

Parmi les deux agents au guichet, un seul, devant la seule unité, répond aux demandes des retraités qui sont de plus en plus nombreux au fil des heures. « Nous faisons le maximum pour accueillir les retraités dans de bonnes conditions, mais nous souffrons terriblement du manque d’effectifs et de matériel informatique.

Nous ne pouvons donc mettre à leur disposition plus d’un guichet, puisqu’il faut bien recevoir les autres clients aussi », indique un agent qui a voulu garder l’anonymat et qui précise que l’exiguïté de la poste, pourtant récemment rénovée mais pas agrandie, ne permet pas de travailler dans de bonnes conditions.

En plus, faute d’espace, de matériel adéquat et à cause d’un effectif très réduit, nous souffrons énormément, particulièrement pendant les périodes de paie des retraités », souligne-t-il. Des arguments qui ne convainquent nullement les usagers qui se sentent méprisés.

« A la poste de Belghanem, nous sommes considérés comme des clients du second degré par la direction des PTT qui ne fait rien pour soulager nos souffrances quotidiennes. Nous sommes obligés d’attendre des heures devant un unique guichet, sans que personne ne prenne en considération ni notre âge avancé, ni notre condition physique faible », fustige hadj Omar, 73 ans.

Une heure et demie après l’ouverture de l’agence, alors que les premiers retraités commencent à peine à être accueillis, arrive un septuagénaire soutenu par son fils. « Mon père est très malade et le médecin lui a recommandé de rester alité ; pourtant nous sommes obligés de le forcer à marcher pour qu’il vienne récupérer sa pension.

Je ne comprends pas pourquoi il ne peut pas déléguer une autre personne pour le faire à sa place », s’interroge Messaoud.
En effet, les retraités sont obligés de se déplacer eux-mêmes pour percevoir leur pension à la poste, quelles que soient leur condition physique. « C’est le règlement.

On n’y peut rien, malgré toute la compassion qu’on peut avoir pour ces gens. Le retraité doit signer des documents lui-même afin de bénéficier de sa pension, aussi minime soit-elle », explique le même agent de ce bureau postal.
Par ailleurs, afin de soulager les files d’attente, la poste a mis des fiches de retrait à la disposition des retraités.

Toutefois, ces fiches représentent plus d’inconvénients que d’avantages pour certains, illettrés et aux pensions dérisoires. « Cette fiche est un réel obstacle. On ne peut la remplir qu’à l’aide d’une autre personne bénévole », s’énerve Hadja Aïcha. Une réalité que ne dément pas un agent de cette minuscule poste.

Une situation à changer

En plus des retraités venus en personne, les veuves se sont également déplacées de bonne heure pour récupérer leur pension. « Il faut venir tôt, faire la queue et espérer qu’on ne va pas nous demander de revenir l’après-midi ou le lendemain… tout cela pour 7 000 DA.

Déjà avec la pension complète de mon mari, nous avions beaucoup de mal à boucler les fins de mois ; aujourd’hui, alors que je ne touche que la moitié de sa pension, je n’arrive pas à m’en sortir. Heureusement que la famille me vient en aide de temps en temps », confie Fatima.

Les habitants de Belghanem, usagers de cette agence postale, sont unanimes pour dire qu’il y a urgence à améliorer la situation et surtout celle des retraités, que ce soit par le fait d’augmenter l’équipement matériel et le nombre du personnel et pourquoi pas d’agrandir cet édifice postal qui n’arrive plus à contenir l’afflux des usagers.

D’un autre côté, il est inadmissible que les retraités âgés continuent à se déplacer eux-mêmes aux agences de poste et de perception pour récupérer leurs pensions, soulignent certains éléments de la société civile qui ont pitié des personnes âgées.

Et de préciser : « Nous demandons que la situation de ces personnes soit discutée aux réunions des responsables de la direction des PTT, afin d’améliorer les conditions de nos retraités et de l’ensemble des usagers de la poste de Belghanem. »

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