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Op-Ed

Les recalés de l’histoire

Au milieu du débat politique sur les prochaines élections législatives, il y a des discours qui vous laissent pantois. Des discours irascibles, haineux, revanchards à souhait qui ont trouvé dans les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision un déversoir propice. 

Des lieux pour réveiller les vieux démons de la discorde que la réconciliation nationale, chère au peuple algérien, n’a, à l’évidence, pas pu contenir. Ces discours sont incarnés d’un côté par un pan de la mouvance dite islamiste et de l’autre par une tendance de la gauche algérienne, toutes deux jadis confinées dans une longue clandestinité. L’une comme l’autre ne doivent d’ailleurs leur survie politique qu’en vivant sur le dos de l’autre, chacune diabolisant l’autre. Toutes deux se mettent en embuscade pour cibler les erreurs de l’un de l’autre, sans manquer de temps à autre d’afficher leurs hostilités dans les milieux syndicaux et universitaires avec des bilans macabres comme en 1982, lors de la fameuse empoignade à la résidence universitaire de Ben Aknoun. 
Ces hostilités ont servi de prélude aux affrontements sanglants qui allaient les opposer, entre autres, à partir de janvier 1992. Un affrontement qui aura été coûteux à l’Algérie, puis qu’il a emporté plus de 150 000 personnes de toutes les strates de la société et causera des dégâts dont les retombées expliqueraient, selon toute vraisemblance, la crise économique actuelle.
Vingt-six ans après l’interruption des élections parlementaires, les tenants du discours islamiste continuent à brandir la carte de la « hogra » électorale arguant que les prochaines législatives ne peuvent être que la suite du « hold-up » du 26 décembre 1991 et des rendez-vous électoraux qui ont suivi jusqu’à 2012.
La tendance opposée lui renvoie l’alibi des risques que fait courir à l’Algérie toute élection qui ouvrirait la porte du pouvoir des islamistes et son corollaire, le terrorisme.

Parquée derrière un boycott quasi-permanent, cette gauche ne cesse de « militer » par tous les moyens, y compris médiatiques, contre ce qu’elle considère le danger auquel sont conviés les Algériens à travers l’exercice démocratique et pluriel. 
L’autre camp reste barricadé derrière l’argument selon lequel, aussi longtemps qu’on « empêche » la tendance islamiste d’exercer le pouvoir, elle reste irréprochable à tout point de vue. Elle n’est comptable d’aucun malheur.
Or, les deux tendances feignent d’oublier que depuis 1991 l’Algérie a changé, de nouvelles générations imprégnées de nouvelles visions pour le pays ne se reconnaissent plus dans cet antagonisme lassant et rébarbatif qui prend en otage le débat politique. 
Les deux tendances, dont la roue de l’histoire s’est arrêtée en 1991, sont des recalées de la marche de l’apaisement et de la paix civile pour lesquelles les algériens s’attachent,plus que jamais, comme la prunelle de leurs yeux . Elles gesticulent sur les réseaux sociaux comme si la réconciliation nationale de 2005 n’a pas pansé les blessures, et qu’il faille une occasion électorale pour les rouvrir. Une dangereuse ambition.

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