Les premiers mots de Khalida Boufedeche : «L’intérêt national au centre des priorités»
La députée du Front de libération nationale (FLN) de la wilaya d’Alger, Khalida Boufedeche, a été élue, en tant que première femme, à la tête de la Chambre basse du Parlement, à l’issue de la séance d’installation de la Xᵉ législature.
En brisant ce plafond de verre historique au sommet de l’institution, elle a pris place au perchoir de l’hémicycle Zighoud-Youcef et fait de la formule d’une « Algérie nouvelle » l’emblème de son premier discours devant les représentants de la nation, affirmant placer l’intérêt national au centre des priorités.
En devenant présidente de l’APN, elle devient la troisième personnalité de l’Etat dans l’ordre protocolaire, après le président de la République et le président du Conseil de la nation. La candidature de Khalida Boufedeche a, à cet effet, bénéficié du soutien d’une large coalition composée de six groupes parlementaires et de députés indépendants, réunissant au total huit formations politiques traditionnelles. Cette information a été annoncée par Othmane Rachid, député du FLN et représentant de la coalition, lors d’un point de presse tenu avant le vote.
Cette alliance transpartisane rassemble le FLN, le Rassemblement national démocratique (RND), le Mouvement El Moustakbal, le Mouvement El Binaa, le parti Sawt El Chaâb, le parti El Karama, le Tajamou Amel El Djazaïr (TAJ) ainsi que le Front de l’Algérie nouvelle (FAN), assurant ainsi à la candidate une majorité confortable, qui lui a permis d’obtenir 302 voix, sur 366 suffrages exprimés, et d’être élue à la présidence de l’APN.
Devant les représentants de la nation réunis pour la Xᵉ législature, Khalida Boufedeche a prononcé sa première allocution, marquant cette étape inédite, affirmant pleinement sa présence à la tête de la Chambre basse. Mme Boufedeche a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas uniquement d’un succès individuel mais aussi d’« une réussite pour la femme algérienne ». Selon ses dires, cette accession reflète l’ampleur des transformations profondes que traverse une « Algérie nouvelle et victorieuse ».
Mesurant toute la portée de cette nomination historique, la nouvelle présidente a vivement remercié les députés. Tout en honorant la mémoire des chouhada et le parcours des moudjahidine, elle a qualifié la confiance qui lui est accordée de « lourde responsabilité constitutionnelle ».
En cette circonstance particulière, Mme Boufedeche a tracé la feuille de route de son mandat : moderniser le système législatif « en vue d’accompagner les réformes globales engagées par l’Etat pour le développement économique, sociétal et politique ». Elle a, en ce sens, invité les élus à placer l’intérêt national au centre de leurs priorités et à inscrire leur action dans un cadre de dialogue permanent et de respect mutuel, en veillant au respect « du pluralisme et de la volonté populaire ».
La présidente fraîchement élue a soutenu que cette dynamique s’appuiera sur une collaboration étroite et harmonieuse entre les deux Chambres du Parlement et le gouvernement, dans le respect du cadre constitutionnel. Par ailleurs, Khalida Boufedeche a tenu à exprimer ses salutations et son hommage au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour les efforts accomplis dans le cadre de « l’Algérie nouvelle » et pour le renforcement de la place du pays sur les plans régional et international. Elle a, en outre, salué les forces de l’Armée nationale populaire (ANP), ainsi que les différents corps des services de sécurité pour leurs efforts dans la défense de la patrie.
Des députés saluent les efforts de Tebboune en faveur des femmes
Au sujet de l’élection de Khalida Boufedeche, Fatima Zahra Bensafi, membre du RND, a déclaré au Jeune Indépendant, au terme de la séance, que « cette désignation reflète les efforts accomplis sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, qui a souvent mis l’accent sur la participation des femmes à la vie politique ». Elle a estimé qu’il ne s’agit pas d’une simple question d’image, mais d’une véritable consécration pour la femme algérienne dans la sphère politique. De l’avis de la députée, cette élection est amplement méritée et consacre le parcours de Khalida Boufedeche qui, selon ses termes, « est aujourd’hui la seule femme en exercice à présider un Parlement national dans le monde arabe, même si d’autres femmes ont déjà occupé cette fonction par le passé ».
Sous la bannière du Front El Moustakbal, Farida Abri a souligné, à la sortie de l’hémicycle après le vote, que cette élection « n’est pas seulement un acte symbolique ». « L’Etat algérien a promis et a prouvé que la femme peut occuper de hautes fonctions à travers la compétence […], et il a concrétisé cette promesse par cette élection », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté qu’elle félicitait avant tout la femme algérienne à l’occasion de cette élection, se disant « immensément optimiste » quant à l’avenir de l’Assemblée populaire nationale. A ses yeux, cette élection permettra un saut qualitatif au sein de l’APN « durant les cinq prochaines années, en écho aux aspirations de la nation et du peuple algérien ».
Face à elle, deux autres candidats, convient-t-il de rappeler, étaient en lice. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) avait présenté Amine Allouche, ancien député de la wilaya d’Oran (2007-2012), qui a obtenu 57 voix, et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) avait désigné Rachid Hassani, député et secrétaire national chargé de la communication du parti, qui a recueilli 7 voix. Lors de ce scrutin, 366 suffrages ont été exprimés, tandis que 41 députés n’ont pas pris part au vote (absents, bulletins blancs ou nuls) sur un total de 407 députés.
Cette élection marque incontestablement un fait historique après neuf législatures durant lesquelles le perchoir de l’APN a toujours été occupé par des hommes. La place de troisième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire confère, au demeurant, à cette fonction une responsabilité de premier plan. Le fait que cette fonction soit, pour la première fois dans l’histoire du pays, assumée par une femme inscrit cette nomination dans une nouvelle étape de la trajectoire institutionnelle nationale.