Les médecins algériens prêts à se rendre à Ghaza si…
Face à l’intensification des bombardements et au blocus imposé par Israël, les infrastructures de santé de la bande de Ghaza sont sous une pression extrême.
Plus de la moitié des hôpitaux de la région, soit 51 hôpitaux sur un total de 72, ont cessé de fonctionner en raison des attaques ou du manque de carburant. La situation sanitaire, très inquiétante, a fait réagir les syndicats de la santé qui ont exprimé leur soutien et leur volonté de se rendre à Ghaza pour apporter leur aide.
Le système de santé ghazaoui, déjà fragilisé par un blocus de plus de 16 ans, est en état d’effondrement. Avec l’épuisement du stock en médicaments, certains médecins se voient contraints de pratiquer des interventions sans anesthésie. Les chirurgiens sont parfois réduits à opérer en utilisant la lumière de leurs téléphones portables.
C’est le constat amer que fait également le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), le Dr Lyès Merabet, qui qualifie la situation sanitaire à Ghaza de « catastrophique ». « Sous une pression terrible, les hôpitaux de la bande de Ghaza, qui parviennent encore à accueillir et à soigner difficilement les blessés, risquent d’être hors service faute d’électricité et de carburant pour faire fonctionner leurs générateurs », s’est-il indigné.
Le Dr Lyès Merabet a indiqué que cette situation dramatique a interpellé le personnel médical algérien à travers, notamment, les différentes organisations syndicales, qui ont exprimé leur solidarité et ont condamné les massacres horribles et la guerre d’extermination contre les enfants palestiniens, ainsi que le mutisme international face à ces crimes sans précédent
L’intervenant a fait savoir que son organisation syndicale, à l’instar des autres syndicats, s’est manifestée officiellement auprès du ministère de la Santé et a saisi le Croissant-Rouge algérien pour manifester leur disponibilité à participer à toute mission médicale de solidarité en vue de soutenir les équipes médicales de Ghaza. « Nous avons les qualifications requises pour pouvoir aider et prendre le relais des équipes médicales qui sont sur place », a-t-il estimé.
Il a affirmé que des concertations sont en cours entre les différents syndicats de la santé allant dans le sens d’organiser des équipes paramédicales et médicales pluridisciplinaires pour pouvoir se rendre à Ghaza au moment opportun. « Ces équipes médicales seront orientées selon les besoins exprimés par nos collègues palestiniens. On est en contact avec des organisations syndicales qui les représentent et nous sommes en contact aussi avec le ministère de la Santé palestinien pour essayer d’organiser au mieux cette aide humanitaire médicale », a-t-il indiqué.
« Dès le début des agressions sionistes, on a essayé de mettre en place rapidement les aspects sur lesquels on pourrait s’organiser en tant que professionnels de la santé partant de nos qualifications. Principalement, on est allé sur trois axes », a-t-il fait savoir. Il s’agit en premier lieu de l’aide financière, en mettant à la disposition des adhérents des numéros de comptes bancaires de plusieurs organisations, dont le Croissant-Rouge algérien. Le deuxième axe consiste en des aides matérielles en leur fournissant des médicaments et matériel médical léger ainsi que des consommables.
Concernant le troisième axe, le Dr Merabet n’a pas caché l’intention de son syndicat et d’autres organisations qui militent pour le droit du peuple palestinien, notamment à l’étranger, de déposer plainte contre l’entité sioniste. « Cette démarche de porter plainte vise à condamner l’entité sioniste pour crime contre l’humanité, génocide, utilisation d’armes prohibées et toute cette violence contre une population sans défense ».
Pour ce qui est des besoins exprimés par les équipes médicales à Ghaza, le Dr Merabet a précisé que ces derniers mettent en priorité la mise en place d’hôpitaux sur place pour pouvoir accueillir des malades qu’ils ne peuvent plus prendre en charge. Les médecins ghazaouis, a-t-il dit, demandent l’évacuation des malades vers d’autres pays, notamment ceux qui ont besoin d’une prise en charge spéciale.
Parmi les manquements exprimés, le président du SNPSP évoque le besoin en sang et dérivés, les médicaments et beaucoup de consommables.
Des amputations sans anesthésie
« 51 hôpitaux sont déjà hors service, sur un total de 72, soit parce qu’ils ont été bombardés, soit parce qu’ils n’ont plus de carburant, et le reste des établissements accueillent au-delà de leurs capacités », s’alarme le Dr Merabet, qui fait état d’une catastrophe dans la prise en charge des malades, des blessés et du reste de la population. « Ils sont en train d’amputer des blessés sans anesthésie, à défaut d’avoir le produit et à défaut d’opérer dans une salle d’opération avec toutes les conditions qu’il faudrait réunir », s’est-il indigné.
Qualifiant la situation de « dramatique », il a fait savoir que cette situation de crise a mené à beaucoup de problèmes. « Les hôpitaux n’arrivent plus à fonctionner, des malades sont livrés à eux-mêmes, beaucoup de blessés ne sont pas pris en charge. Les patients en soins intensifs, ceux qui ont besoin de dialyse, les cancéreux, les diabétiques, les femmes enceintes et les bébés actuellement dans les couveuses ont besoin d’une prise en charge », a-t-il fait savoir, estimant, que ce sont des besoins qui sont ordinaires mais les hôpitaux n’arrivent plus à les prendre en charge car les structures sont ciblées et bombardées mais aussi par manque d’énergie.
Israël impose un état de siège presque total à la bande de Ghaza en représailles depuis le 7 octobre, et l’armée israélienne bombarde en continu. Jusqu’à présent, plus de 2 600 personnes sont portées disparus sous des décombres, et sur les plus de 10 400 martyrs de ces opérations barbares, 70 % sont des femmes et des enfants. Le personnel médical est également en première ligne. 198 d’entre eux (médecins, infirmiers et ambulanciers) ont été tués depuis le début des agressions, ainsi qu’une quarantaine d’agents de la Protection civile.