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Op-Ed

Les lobbies, des pivots incontournables pour l’Algérie

La stratégie des groupes de pression ou « les lobbies » consiste à influencer les politiques des pays et des peuples en pesant de tout leur poids sur la sphère décisionnelle de sorte que la carte économique soit l’objectif à atteindre. Quelle qu’elle soit la composition, le rôle et l’influence, la finalité de tout  lobby est de servir  les groupes d’intérêt économique. Leur influence est telle qu’ils peuvent changer aussi bien le cours des événements que le destin des nations.

Etant donné que l’économie est le moteur et l’axe fondamentale du pouvoir et du contrôle des politiques des Etats, les pays forts s’en servent en tant qu’outil d’intimidation ou de menace, en coopération avec leurs alliances. Cela s’effectue par le biais de groupes de pression, les « lobbies spécialisés », organisations et organismes internationaux afin de collecter et recevoir de l’argent sous forme de contributions émanant des pays en développement, tout en gardant les décisions sous forme unilatérale et contrôlée par les pays puissants.

Les «lobbies»  sont actifs sur la scène internationale. Ils utilisent la pression ou le chantage économique et politique pour défendre leurs intérêts. Ce sont des groupes influents dans différents pays du monde, en particulier dans les pays en développement.

Ces alliances, y compris celle agissant de manière légale et relève de la légitimité mondiale et du droit international, servent les intérêts des pays qui les parrainent. Mais il existe certains lobbies qui nourrissent des desseins illicites aux fins de contrôler et de dominer les pays en développement ou économiquement faibles pour servir les intérêts des pays puissants dans la seule perspective est de contrôler l’économie mondiale.

Les pays puissants recourent au financement et bénéficient indirectement de lobbies illégaux, afin d’échapper à la pression de l’opinion publique interne et externe, à la responsabilité morale et à la légitimité internationale envers les pays pauvres, ou économiquement faibles, dans le but de  servir les intérêts économiques communs des pays puissants sans recourir à la force militaire.

Le rôle des lobbies dans le renforcement de la politique économique et de l’influence globale de l’Etat est important. D’autant plus que nous sommes régis par des relations internationales qui dépendent, dans leur activité, de l’interaction de ces groupes servant les intérêts de leurs pays.

L’Algérie possède des énergies humaines considérables aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les membres de notre communauté à l’étranger sont légalement présents dans tous les pays et continents. Ils représentent un grand atout. C’est une carte gagnante d’une énorme influence politique, économique et sociale. C’est cette communauté même  qui  en France, par exemple, peut déterminer le sort du prochain président français. Alors pourquoi ne pas tirer profit de cet extraordinaire avantage? Pour ce faire, il est nécessaire de mobiliser les compétences et les élites de notre communauté algériennes à l’étranger pour le compte de la patrie-mère et de ses intérêts politiques, économiques, sociaux et culturels, à l’image des pays qui ont compris le rôle de cet élément et l’ont exploité au mieux de leurs intérêts.
Au lieu de se plaindre de la fuite des cerveaux, il est devenu nécessaire pour l’Etat algérien de chercher à rassembler ses élites dispersées dans le monde notamment les compétences scientifiques, académiques, économiques ainsi que des experts dans tous les domaines sous l’égide du lobbying algérien à l’étranger.

Nous espérons nous servir  de toutes les énergies de nos fils et amis de l’Algérie, et investir dans leurs compétences et savoir-faire dans des lobbies spécialisés tels que les lobbies académique, économique, touristique, le l technologique, culturel, de la santé, politique, de la sécurité.

—On citera  ici quelques exemples concrets :

–              Le classement des universités algériennes en bas des universités internationales n’est pas toujours correct. La raison en est dans l’absence de lobby académique algérien, qui travaille pour renforcer et échanger des connaissances, des expériences et des programmes d’éducation entre les universités algériennes et internationales. Rien ne justifie le fait de ne pas prêter attention aux lobbyistes universitaires.

Sinon, comment expliquer le nombre remarquable d’Algériens issus d’universités algériennes qui ont percé à l’étranger et qui occupent les plus hauts postes souvent à la tête de pyramides des centres de recherche scientifique soit en tant que professeurs dans les grandes universités internationales, des dirigeants de grandes entreprises, des hommes politiques, et même des chefs d’entreprise.

–              Le classement de l’Algérie dans le groupe des pays à risque sur le plan sécuritaire,  en le qualifiant d’hostile et peu sur afin de faire fuir les  touristes et les  dissuader de s’y rendre, est une idée   qu’essaient de  nous imposer des lobbies ayant pour objectif de détruire le secteur du tourisme, en dépit du potentiel touristique avéré dont recèle l’Algérie. Notons à titre d’exemple que l’Algérie est l’un  des rares pays à avoir quatre saisons durant la même période. Des lors, investir dans le lobby touristique et promouvoir le tourisme, en tant que richesse renouvelable pour les Algériens et les étrangers, est une politique incontournable dans notre nouvelle Algérie.

–              Avoir soumis l’Algérie à la merci d’institutions monétaires internationales telles que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, tous deux sous le contrôle des Etats-Unis d’Amérique et de ses alliés, a conduit à la noyer dans la dette et lui imposé des mesures de restructuration de son économie en ligne avec la politique des pays puissants. L’Algérie s’était retrouvée ainsi dépendante d’eux économiquement, politiquement, financièrement et technologiquement.

L’absence du lobby culturel algérien a donné l’occasion à nos voisins marocains à s’accaparer de nos richesses culturelles et de notre patrimoine, en s’attribuant la musique « RAI » en l’adossant à leur patrimoine culturel à l’UNESCO, provoquant, au demeurant, un litige sur la nationalité de cette  musique ancestrale algérienne. Comment pouvons-nous aussi  partager notre incomparable label «Deglet Nour» avec Tunisie ?

Il y a, en toute évidence, des lobbies qui visent à détruire l’Algérie, à la réduire à néant et à retarder son progrès, ce qui explique :

–              L’absence de grands hôpitaux haut de gamme en dépit  de l’aisance financière qui était dans notre trésorerie.

–              L’échec du secteur bancaire à se développer pour limiter les flux d’investissements étrangers vers l’Algérie, ce qui a induit à l’importation de cultures et produits agricoles dans un pays agricole qui aurait dû être à la pointe du monde dans l’importation de lait, de blé et d’autres, jusqu’à ce qu’il nous vienne à l’esprit que notre économie reposait uniquement sur les importations. Nous importons tout et détruisons ce qui est un produit local.

Le groupe de pression (lobby) qui sert les intérêts de l’Algérie, que ce soit de notre communauté à l’étranger ou des amis, fera pencher la balance des pouvoirs en faveur de l’Algérie aux dépens de nombreux Etats majeurs.

Les relations entre les pays sont dictées par des groupes de pression qui servent l’intérêt de leurs organisateurs et de leurs clients. Même  s’ils  disposent suffisamment d’argent, il se peut que des pays ne soient pas en mesure d’acheter un vaccin Covid-19 qui pourrait être produit à l’avenir au sein d’un groupe limité de pays développés. Les relations et les groupes de pression déterminent les pays amis et ceux éligibles pour acquérir le vaccin. L’argent peut s’avérer inutile sans des relations nouées par les lobbies.


* Mohamed Gahche est économiste et ancien député de la communauté algérienne à l’étranger

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