Les joueurs de l’équipe de France après le quart de finale de Coupe du monde : «On avait peu à craindre du Maroc»
Le Maroc a perdu ce jeudi face aux Bleus parce qu’il s’est renié (2-0). Et il s’est renié parce qu’il a eu peur des Bleus. Les Lions de l’Atlas ont refusé de jouer, refusé de s’engager dans leur quart de finale de la Coupe du monde. Une attitude qui rappelle que l’équipe de France fiche une peur bleue à tous ceux qui se présentent face à elle.
Le cérémonial est toujours le même. Avant le match, ils arrivent à onze groupé derrière leur capitaine et il suffit de voir comment les adversaires les regardent pour comprendre que les Bleus ont gagné avant même d’avoir posé le pied sur la pelouse. Ce fut encore le cas jeudi dans ce stade de Foxborough, baigné par une lumière de fin de journée mais pas de fin de règne.
Le Maroc a perdu son quart de finale parce qu’il s’est renié. Il a oublié qu’il était une formidable équipe de transition, un fantastique collectif de manieurs de ballons. Les Lions de l’Atlas ont décidé de se regrouper devant leur but et de ne rien tenter au-delà de la ligne médiane.
Pourquoi ? Parce que la France leur a filé les pétoches. « Le fait de voir notre équipe, ce qu’on est capable de faire, a conditionné l’adversaire à s’adapter à nous, a reconnu Didier Deschamps. De par les qualités qu’on a, l’adversaire sait qu’on est dangereux dans beaucoup de domaines. Donc, il fait en sorte de limiter un peu. Mais le danger, il peut venir un peu de partout. »
Un raisonnement que son homologue marocain a confirmé à demi-mots. « On a affronté un pays qui a fait les deux dernières finales de Coupe du monde, a rappelé Mohamed Ouahbi. Il a rarement eu autant de talents qui courent. Ils ont des joueurs qui font les efforts. C’est une équipe solide, sereine. On savait que si on perdait le ballon, ils étaient très performants. » Par peur de perdre le ballon, les Marocains n’en ont rien fait.
Il faut dire qu’il y a quelques raisons de se réveiller la nuit en sueur. A Foxborough, les Bleus n’ont exposé aucune faille ni aucune limite. Hormis la première période face au Sénégal, ils se baladent dès que l’adversaire essaie de sortir de sa tanière. Le rouleau compresseur a écrasé déjà six équipes en trouvant, à chaque fois, des parades. C’est peut-être face au Maroc, demi-finaliste en 2022, que ce fut le plus impressionnant. On pensait que la marge entre les deux équipes avait diminué en quatre ans parce que le Maroc semble plus mature et mieux armé. On avait oublié que l’équipe de France n’était, elle non plus, plus la même.
Elle est même sans doute la plus complète et la plus forte qu’on ait vu de nos yeux sous le mandat de Didier Deschamps. « Ce n’est pas l’équipe de France la plus forte, rectifie le capitaine Mbappé. J’ai été champion du monde et vice-champion du monde. On n’est ni l’un ni l’autre jusqu’ici. C’est celle qui a le plus de potentiel, celle avec laquelle on peut se projeter le plus facilement. Elle permet de rêver. Mais les plus fortes sont les équipes qui gagnent. Et jusqu’à preuve du contraire, je ne vois pas de coupe dorée à côté de moi. »
Elle est, en tout cas, celle qui inspire le plus de crainte. Et le constat d’Adrien Rabiot sur le match du jour est cinglant mais ne manque pas d’honnêteté. « On a senti que dans les moments où on n’avait pas le ballon et qu’on leur a laissé, ils étaient peu dangereux. On avait peu à craindre de cette équipe, a confié le milieu de terrain encore une fois énorme ce jeudi. C’est la sensation qu’on avait sur le terrain.
C’est étonnant. » Cela tient à deux choses : la confiance gigantesque acquise par les vice-champions et le respect, pour ne pas dire la déférence, qu’elle inspire à ceux qui croient sa route jusqu’ici. Hormis le Paraguay, qui lui est rentré dans le buffet, la France marche sur le tournoi avec une marge assez dingue. Jamais elle n’avait atteint les demi-finales d’une Coupe du monde avec autant de marge sur la concurrence. « On a conscience du potentiel de cette équipe mais, à ce rythme-là, ce n’est plus du potentiel, c’est aussi de ce qu’on fait dans le tournoi, a conclu Mbappé. La peur et l’appréhension ne mettent pas de but, ça ne fait pas gagner des matches. C’est un sentiment et le sentiment ne fait pas gagner de match. » On jurerait pourtant que ce jeudi, il a suffi à faire basculer la rencontre.