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Les familles algériennes rejettent les prélèvements sur leurs défunts

Les familles algériennes rejettent les prélèvements sur leurs défunts

Discuter avec ses proches sur le don d’organe pour leur faire connaître sa position sur cette question sensible et émotionnelle à la fois. C’est le message lancé avant-hier par l’Association de don d’organes, Biloba, à l’occasion d’une journée de sensibilisation organisée au siège de l’Institut national de santé publique (INSP).

Pour la présidente de Biloba, Radhia Kraïba, le refus de la famille pour le don d’organes vient souvent du fait que le sujet n’avait pas été évoqué au préalable avec la personne, ce qui empêche le corps médical de prélever des organes sur des personnes cliniquement décédées pour faire des transplantations et sauver des vies en attente d’une greffe.

« Aussi, la personne doit savoir que son consentement pour le don d’organes doit être formulé clairement de son vivant pour le prélèvement éventuel de ses organes après sa mort. Par ailleurs, les familles doivent respecter la volonté de leurs morts et ne pas s’opposer au prélèvement », a-t-elle souligné. Les chiffres le confirment. Bien que la mentalité des Algériens ait évolué ces dernières années en acceptant le prélèvement d’organes sur les morts, les gens restent réticents lorsqu’il s’agit de donner eux-mêmes.

Le sondage d’opinion effectué par l’association dans différentes villes du pays révèle que près de 83 % se disent favorables au don d’organes ; cependant, seulement 53 % s’inscriraient sur une liste de donneurs bien que 73 % des intéressés estiment que la religion et la législation autorisent le don d’organes, a affirmé le chargé de communication de Biloba, Abderezak Zeboudji. Conséquences : l’évolution de l’activité de prélèvement d’organes en Algérie reste timide et très en deçà des besoins. Ainsi, de 2010 à 2013 le nombre de transplantations rénales à partir de donneurs vivants n’a pas dépassé 499, mais plus de 19 000 restent en liste d’attente.

Les chiffres sont aussi faibles pour les autres types de greffes : la cornée avec seulement 959 durant la même période, le foie avec 7 cas greffés et la greffe de cellules souches avec 967 cas. « Des résultats en deçà des espérances, mais qui pourraient être nettement améliorés rien qu’en jouant sur la communication, en impliquant les hommes de religion pour mieux convaincre les familles de l’intérêt de cet acte noble », a suggéré le professeur Kraïba, qui est aussi responsable du service cytologie au centre Pierre et Marie-Curie (CPMC) du CHU Mustapha.

Pour les experts, les campagnes de sensibilisation s’avèrent plus que nécessaires d’autant que le sondage a fait ressortir que les gens ne sont pas très bien informés sur les démarches à suivre pour manifester leurs opinions sur le sujet.

Dans ce but, l’association se livre à une grande campagne qui va démarrer : sensibilisation des universitaires et des lycéens, animations faites par des associations et distribution de dépliants au grand public. Tout en admettant qu’il est difficile de parler de cela en famille, car c’est un domaine particulièrement émotionnel. « Il touche à la fois à la mort, à l’intégrité du corps ».

La vice-présidente de la même association, Imene Soufli, souligne la nécessité d’un débat de société sur le don d’organes pour connaître la position de tout un chacun sur la question du don d’organes et pouvoir, le cas échéant, prélever les organes d’un individu après sa mort ». Pour faire accepter au mieux le prélèvement d’organes sur leurs morts, les familles des défunts devraient être soutenues par les professionnels de la santé et les imams.

Le personnel médical et paramédical doit se mettre entièrement à leur disposition et répondre à toutes leurs questions même s’il doit se répéter. « On doit expliquer aux familles des victimes la mort inéluctable de leur parents, tout en essayant de les convaincre qu’il y a une vie qui peut continuer autrement », a-t-elle souligné.

Dans sa communication, le docteur Soufi a rappelé que tous les organes peuvent être prélevés sur un cadavre en mort encéphalique (arrêt du cerveau) et que seulement la cornée pouvait être prélevée chez le mort cardiaque dont le cœur s’est arrêté. Quant au donneur vivant, elle a expliqué qu’il peut essentiellement donner un rein, une partie du foie ou du poumon et des cellules de la mœlle osseuse sans que cela n’intente à sa santé.

Le chargé de communication de Biloba, Abderezak Zebboudj, a expliqué que les citoyens désireux de faire don de leurs organes devraient se munir d’une carte de donneur, disponible dans tous les centres de soins de référence. « Cette carte n’a pas valeur juridique, mais elle permet du moins de définir clairement le vœu du citoyen ». Il a souligné que la greffe et le don d’organes sont autorisés par la législation algérienne par la loi 58/05 relative à la protection et la promotion de la santé.

Du point de vue religieux, les imams qui ont pris part à cette journée ont tenu à rappeler que l’islam n’interdit pas le don d’organes dans le but de sauver des vies. Pour convaincre l’assistance de l’acte du don d’organes, l’association a fait appel aux témoignages de personnes ayant vécu l’expérience. Parmi ces donneurs, Malika Aïche, 71 ans, professeur d’éducation physique, retraitée.

Elle continue de vivre normalement avec un seul rein après avoir fait don de son deuxième à son jeune frère il y a 27 ans. « Faire don de mon rein à mon frère a permis de le délivrer des souffrances de la dialyse sans pour autant altérer ma santé », a-t-elle témoigné avec émotion. Mme Aïche, s’est félicitée du fait que son frère, aujourd’hui médecin, ait pu se marier et avoir des enfants tout en exerçant son métier. Une autre femme a témoigné à l’assistance que son père, qui a subi une greffe en 1988, a survécu encore pendant presque 10 ans. « Ce prolongement lui a permis de voir ses petits-enfants », a-t-elle poursuivi.

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