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Nationale

Les étudiants fixent leurs préalables pour le dialogue

Les étudiants fixent leurs préalables pour le dialogue

Le mouvement des étudiants atteindra ce mardi sa 26e marche consécutive et bouclera, dans quelques jours, son sixième mois de manifestations pour un changement radical de régime politique dans le pays. Depuis son déclenchement le 26 février dernier, les étudiants étaient résolus à poursuivre la mobilisation et ont pensé, de ce fait, à se structurer et à s’organiser afin de protéger leur mouvement de tout essoufflement. La communauté estudiantine s’est construit un esprit contestataire et une vraie maturité politique.

Certains ont d’ores et déjà élaboré des feuilles de route qu’ils suggèrent pour faire sortir le pays du blocage politique inquiétant qui dure depuis plusieurs mois. D’autres emboîtent le pas à leurs pairs et envisagent, en parallèle des marches hebdomadaires, d’entreprendre prochainement une démarche à même de proposer des solutions concrètes. Ils y voient le rôle primordial que peuvent jouer les jeunes étudiants. Quant à leurs positions sur l’initiative du panel du dialogue et de médiation, elles divergent entre boycott et possibilité d’y aller sous conditions.

De son côté, le Pôle des étudiants d’Alger, un groupe estudiantin créé au lendemain du mouvement populaire du 22 février et l’une des structures actives sur le terrain, souligne dans sa feuille de route que le départ des symboles du système contesté est indispensable comme premier pas dans toute solution à la crise. C’est ce que nous a affirmé hier Adel, représentant externe de l’INELEC Boumerdès qui relève du Pôle d’Alger, soutenant que toutes les décisions en rapport avec leur activité et prises au sein de leur structure passe par un sondage d’opinion. De l’avis de cet étudiant, l’implication de la jeunesse dans l’édification de l’Algérie de demain est une chose très importante, car il est illogique de continuer à ignorer toute ce potentiel humain (la jeunesse) plein d’énergie et d’ambition. Notre interlocuteur a mis l’accent, dans la foulée, sur les mesures d’apaisement, plaidant pour, entre autres revendications, la remise en liberté des détenus d’opinion, la libération du champ de l’audiovisuel et le départ du gouvernement actuel, ainsi que l’indépendance de la justice.

Concernant le processus du dialogue national, le Pôle d’Alger émet des réserves sur la composante actuelle du panel que dirige l’ex-président de l’APN Karim Younes. Adel estime que certains de ses membres font partie de l’ancien système, ce qui pourrait discréditer le panel et entacher la crédibilité de sa mission. Une vision qui justifie pour le Pôle son rejet de la démarche politique en question. Et de préciser à ce propos : « Le Pôle n’est pas contre le principe du dialogue, mais il s’oppose à l’actuelle composante du panel, dont certains membres appartenaient à l’ancien système. »

Halte à la marginalisation des jeunes !

Par ailleurs, le Forum des étudiants s’inscrit à quelques nuances près dans la même logique que le Pôle, notamment en ce qui concerne l’impératif d’associer la jeunesse dans la prise de décision. Il dénonce dans ce sillage l’exclusion des jeunes de toutes les initiatives tendant jusqu’ici à trouver une solution. Contacté hier par téléphone, Anis, coordonnateur du Forum des étudiants, nous a indiqué que le changement devrait commencer par renoncer aux mentalités « caduques » visant à marginaliser les jeunes et les évincer de la scène politique monopolisée par des organisations, partisanes et syndicales, qui ont contribué à la crise politique actuelle et le pourrissement qui gangrène les institutions de l’Etat. « Dans notre plate-forme, nous envisagerons une Algérie bâtie sur le savoir, la compétence et les principes du 1er-Novembre », fait-il savoir.

« Nous avons constaté que jusqu’à présent, toutes les initiatives en quête d’une sortie de crise n’ont pas fait appel à des jeunes et se permettent d’utiliser cette frange de la société pour justifier leur existence sur la scène nationale », regrette le coordinateur du Forum. Il a préconisé comme issue de sortie de crise d’aller vers une solution mixte en conciliant la Constitution et les solutions politiques. Cependant, il voit que la présence de certaines personnalités apparentées à l’ancien régime dans l’Instance du dialogue remet en cause son intégrité et son efficacité, l’appelant à s’auto-assainir pour que les gens propres puissent y adhérer et contribuer à une sortie de crise.

Les symboles de l’ancien régime, un os pour le dialogue

De son côté, l’Union des étudiants d’Alger 1, qui mise principalement sur le maintien de la mobilisation sur le terrain et la tenue des rencontres-débats entre les membres de cette structure universitaire, prévoit de passer à la vitesse supérieure en matière d’organisation. En effet, Inès, une étudiante de l’Union, nous a déclaré hier qu’il est envisagé d’intensifier le travail au sein du groupe pour faire émerger des propositions concrètes concernant le changement qu’ils n’ont pas cessé de revendiquer depuis bientôt six mois. Et de signifier :« Nous n’allons pas nous limiter à des slogans. Il est important d’aller à des actions plus concrètes pour accompagner notre mouvement et trouver une solution avec des proposition tangibles. » « Nous plaidons pour l’écoute du jeune algérien qui est victime d’une marginalisation criarde, pour l’unité nationale et pour l’indépendance de la justice », souligne-t-elle. Pour ce qui est du Panel du dialogue, l’Union boycotte complétement l’équipe actuelle et estime qu’elle n’est pas l’émanation du peuple, d’où son illégitimité.

Ces structures dénoncent, en outre, quelques pratiques adoptées par l’Instance du dialogue qui, de leur avis, ouvre ses portes à n’importe qui pour juste justifier sa mission. Une allusion faite aux délégations d’anciens partis politiques et organisations estudiantines qualifiés « d’indésirables » telles que l’UGEL, qui a été reçue au siège de l’Instance la semaine dernière. La présence de ces parties dans le processus du dialogue national est perçue par la communauté estudiantine comme « le cheveu dans la soupe ».

Elles dénoncent aussi le verrouillage du champ politique exercé par l’administration, qui persiste à entraver tout épanouissement politique et démocratique. Rappelant l’annulation, en raison de l’absence d’autorisation, de la conférence nationale initiée par le Forum et le Pôle d’Alger, qui devait se tenir samedi dernier avec la participation de plus de 600 étudiants issus de divers établissements universitaires.

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