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Nationale

Les élucubrations de la presse du Makhzen contre Tebboune

Les élucubrations de la presse du Makhzen contre Tebboune

L’élection présidentielle du 12 décembre dernier et la dynamique qui en a résulté n’ont pas été du goût des traditionnels ennemis de l’Algérie. Outre les médias hexagonaux qui ont excellé dans la désinformation et la manipulation, mettant en doute la transparence et même la participation réelle des citoyens en Algérie et à l’étranger, voilà que les médias marocains se sont mis de la partie, jetant leur fiel sur l’Algérie et son Président élu, Abdelmadjid Tebboune.

Si l’on prend par exemple un des sites les plus anti-algériens, « Le 360 », un article daté du 14 décembre, d’apparence inoffensive, met en lumière la perception qu’a l’Etat profond marocain, le Makhzen, du nouveau président de la République. En effet, après avoir relaté un épisode datant de 2016 entre l’entraîneur du CRB, le Marocain Badou Zaki, et le Premier ministre de l’époque Abdelmadjid Tebboune, dans lequel le Marocain a plaidé auprès de ce dernier la réouverture des frontières, voilà que l’article du « 360 » arrive à l’essentiel. 
Introduit par l’auteur, Khalid Mesfioui, en guise de rappel avant la chute de l’article, ce paragraphe se passe de tout commentaire. « Elu président de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune ravive la crainte que les relations maroco-algériennes s’enveniment davantage. D’autant plus que ce vieil apparatchik (74 ans), a exigé il y a peu du Maroc des ‘excuses’ pour la réouverture de la frontière ».
On découvre un Tebboune dépeint comme un « vieil apparatchik », ce qui n’est pas pour rappeler la phraséologie soviétique, dont une position à propos des relations avec le voisin de l’Ouest, durant la campagne électorale, « ravive la crainte que les relations maroco-algériennes s’enveniment davantage » (sic). Ce que l’auteur omet de préciser c’est qu’à peine élu, le président Tebboune a réaffirmé son attachement à la construction du Maghreb arabe et l’apaisement des relations avec le Maroc.
Globalement, le concert des attaques en règle orchestrées par la presse marocaine ne sort pas de la stratégie établie par la presse française. D’abord, l’amplification du mouvement de contestation populaire, le hirak, et surtout son refus de toute démarche constitutionnelle aboutissant à l’élection présidentielle. Ensuite, le doute sur le déroulement du scrutin à l’étranger puis en Algérie même le jour J. Enfin, le discrédit des résultats partant du fait que les Algériens « n’auraient pas voté », donc le Président sorti des urnes serait « illégitime ».
La logique semble implacable, sauf que les médias marocains feignent oublier que l’Algérie est une République, basée sur le principe du suffrage populaire qui fonde le principe républicain. C’est ce qui fait justement la caractéristique des systèmes républicains comparativement aux systèmes monarchiques. Dans ces derniers, et le Maroc en fait partie, le chef de l’Etat accède à la fonction non pas par le biais du suffrage universel, mais par le biais de la transmission héréditaire. Dans le cas du voisin de l’Ouest, le système monarchique se présente dans son acception la plus rétrograde, du fait du caractère prétendument « divin » de l’autorité exercée par « le Prince des Croyants » (Amir al-Mouminine).
Comme point de départ, donc, nos confrères marocains partent avec un handicap de taille : Abdelmadjid Tebboune est le Président élu de l’Algérie avec un taux de 58.13% des 39.88% de taux de participation, tandis que le roi Mohamed VI est un monarque de droit divin ayant hérité le trône de son père, le roi Hassan II. Ainsi, mieux vaut une légitimité populaire incomplète qu’une légitimité héréditaire de droit divin et donc indiscutable.
Autre problème dans lequel la presse marocaine semble s’appesantir : cette tendance à la « bilatéralisation » des rapports entre les deux pays alors que l’écueil principal réside dans le déni marocain de certaines réalités géopolitiques. Outre l’obsession de la réouverture des frontières, la presse marocaine ne manque jamais l’occasion pour accuser l’Algérie de bloquer les perspectives de règlement de la question sahraouie, évidemment selon le point de vue marocain. Alger est non seulement accusée de soutenir le Front Polisario, mais surtout de vouloir faire capoter le plan d’autonomie proposé par Rabat.
Côté algérien, c’est une question de principe : le Sahara occidental est un problème de décolonisation et s’inscrit donc dans les tablettes de l’Onu et de l’UA qui doivent organiser un référendum d’autodétermination. Cette position a été rappelée par le président Tebboune.
De part ses positions en décalage avec l’intérêt des deux peuples, la presse marocaine semble privilégier la logique d’escalade à celle d’apaisement. Si telle est la position de l’Etat profond marocain, le Makhzen, le Maroc laisserait filer une conjoncture qui rappellerait celle des années 1988-1989 qui a vu les deux pays s’entendre sur un minimum syndical afin de booster leurs relations bilatérales en capitalisant les atouts des uns et des autres tout en mettant la question sahraouie entre les mains des instances internationales pour son règlement.
L’Algérie, depuis l’élection de Tebboune à la présidence de la République, a entamé une phase de rémission, de reconstruction et de processus de relégitimisation du système de gouvernance. Les chantiers sont nombreux et pourront profiter à toute la région, d’autant plus que l’Algérie et la Tunisie ont inauguré de nouvelles présidences, tandis que la Libye s’enfonce dans le chaos. Il serait plus profitable pour le Maroc de s’inscrire dans cette dynamique de reconstruction nationale et régionale.

Des dossiers en suspens
Les règles de bienséance font que le gouvernement algérien n’ait pas ouvert les nombreux dossiers en suspens, soit l’inondation de l’Algérie en drogue produite au Maroc, les réseaux de criminalité transfrontalière, les campagnes d’intimidation dont ont été victimes les Algériens avant de quitter le royaume en 1975 avec expropriation de biens et de terres et sommation de prendre la nationalité marocaine ou à défaut laisser tout derrière eux. L’épisode de 1994 est toujours vivace dans la mémoire collective algérienne avec son lot de chasse à l’Algérien et l’imposition du visa aux touristes par centaines de milliers dans le royaume, avant de les éconduire à la frontière que le président Zeroual décidera de fermer en guise de représailles.
La monarchie marocaine, qui a engendré tout un système complexe de strates oligarchiques liées à la fois au Makhzen et au grand capital franco-américain, n’a d’objectif que de nuire à l’Algérie dans un moment de fragilité qui supposerait une bienveillance régionale afin de prévenir d’éventuels effets de contagion. Le hirak du Rif, la paupérisation de larges pans de la société marocaine devraient donner à réfléchir aux décideurs du royaume et à leurs plumes, car une Algérie forte et stable est bien plus bénéfique à un Maroc désormais chaudière qui peut exploser à tout moment. 

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