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Nationale

Les crânes de martyrs algériens: Ces oubliés

Les crânes de martyrs algériens: Ces oubliés

Ces crânes  de martyrs conservés dans un musée parisien devaient être remis à l’Algérie en mars 2018. Depuis, c’est l’attente ou l’abondon d’une affaire  qui passionait les algériens.
Beaucoup veulent que le dossier soit relancé dépuis la nomination d’un nouveau gouvernement. 
​Le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a indiqué que la commission technique algérienne, composée d’experts et de spécialistes, “poursuit son travail” pour identifier les crânes des martyrs de la résistance populaire conservés au Musée de l’Homme à Paris afin qu’ils soient restitués à l’Algérie, précisant que 31 crânes ont déjà été identifiés. 

Dans une déclaration à la presse, Zitouni a précisé que “l’opération d’identification des crânes des martyrs des révolutions populaires conservés au Musée de Paris exige beaucoup de temps, vu leur nombre très important”.
“Cette commission poursuit son travail. Elle s’est déplacée à deux reprises pour identifier ces crânes conservés au Musée depuis plus de 150 ans”, a fait savoir Zitouni, précisant que “31 crânes ont été identifiés jusque-là et que la commission se réunira prochainement avec la partie française pour poursuivre son travail dans ce cadre”.
Voilà une déclaration qui date de plus d’une année de la part d’un ministre toujours en poste en dépit des changements survenus entre temps, avec la chute d’un régime, la démission forcée de Bouteflika, des mois de manifestations et de contestations, des procès à la pelle et une élection présidentielle tenue dans des circonstances particulières dans le pays. Une année est passée depuis ces belles paroles et ces promesses et rien n’a changé, comme si cette affaire de crânes est demeurée figée, engluée dans des considérations bureaucratiques, ou devenue délicate.
Pourquoi les autorités algériennes n’ont-elles pas daigné faire le moindre communiqué sur le travail de cette commission technique ? Est-ce que les experts ont tenu d’autres séances de travail ? Ont-ils identifié d’autres crânes ? Qu’est-ce qui empêche diplomatiquement une communication régulière sur ce dossier ?
Pourtant, pour le ministre, les crimes perpétrés contre les Algériens durant l’ère coloniale ne peuvent être ignorés ou oubliés et sont imprescriptibles, ce qui exige un travail assidu pour préserver la mémoire de la Nation au profit des futures générations.
Sur cette question dite « de la mémoire », il faut rappeler les négociations depuis de longues années entre l’Algérie et la France. Car il existe quatre dossiers majeurs et vitaux au cœur de ces négociations : la restitution des archives de la guerre de libération, voire d’avant 1954, la dé- classification des fichiers ou une solution au dossier des milliers de disparus algériens, la restitution des crânes des combattants et résistants algériens et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.
Selon des spécialistes et des historiens, de ces quatre dossiers en suspens, la restitution des crânes paraît le moins difficile à résoudre et ne comporte pas de considérations politiques ou de « nuisances ». Il faut juste que le Parlement français vote une loi autorisant le rapatriement de ces crânes, car devenus depuis « propriété » de l’Etat français, faisant partie du patrimoine national français, à travers des musées ou des centres de recherches universitaires.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le ministre des Moudjahidine avait crié sur tous les toits que notre pays est « déterminé à régler les dossiers des crânes de chouhada ». Il a estimé que l’Algérie et la France ne peuvent entretenir de bonnes relations sans avoir réglé les dossiers des crânes des chouhada et des archives de la Révolution, détenus par la France.
Cependant, il faut signaler que l’Algérie attend certainement l’adoption de la loi ou une reformulation de cette même loi, qui devrait permettre cette restitution. Une adoption qui tarde inexplicablement. Le président français Emmanuel Macron avait déclaré, lors de sa visite d’amitié et de travail en Algérie en décembre 2017, que « le texte de loi nécessaire pour ce faire sera pris », affirmant qu’il avait pris la décision de procéder à cette restitution après de multiples demandes des pouvoirs publics algériens. Une promesse et un engagement non tenus.
Rappelons que l’Algérie a réclamé officiellement la restitution des crânes de Chouhada en déposant, il y a une année, deux demandes auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, par le biais de l’ambassadeur d’Algérie.
Pour rappel, le nombre de crânes de résistants algériens conservés au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN) s’élève à 536, provenant de toutes les régions d’Algérie, selon le chercheur en histoire et anthropologie algérien Ali Farid Belkadi. « Le dernier recensement, au 18 avril 2018, s’élève à 536 crânes en précisant que ces crânes proviennent de toutes les régions d’Algérie dont Khenchela, Oran, Batna, Skikda, El-Kala et Alger.
Parmi ces 536 crânes et ossements figurent ceux d’hommes préhistoriques, très peu nombreux.
Ce chercheur avait découvert, dans le cadre d’un travail de recherche en mars 2011, les crânes d’Algériens qui avaient combattu l’armée française en 1849 à Zaâtcha (Biskra). « Il y a un an, j’ai fait un nouvel inventaire à la demande du ministère des Moudjahidine en vue de la demande officielle de rapatriement de ces restes », a-t-il révélé, tout en soulignant sa demande pour la prise en charge, par les autorités algériennes, d’autres recherches à mener, concernant cette fois des restes de déportés algériens morts en Nouvelle-Calédonie, « non inhumés, dont les Français avaient gardé les ossements ».
Farid Belkadi avait lancé une pétition en 2011 « pour le rapatriement des restes mortuaires algériens conservés dans les musées français », en particulier les crânes de résistants algériens tués par le corps expéditionnaire français dans les années 1840 et 1850, qu’il venait de retrouver.

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