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Nationale

Les Constantinois du groupe des 22 et l’étincelle de Novembre

Les Constantinois du groupe des 22 et l’étincelle de Novembre

A l’origine du déclenchement de la lutte armée, l’histoire retiendra que parmi les 22 initiateurs du mouvement révolutionnaire, plus des deux tiers étaient issus du Grand Constantinois et parmi eux six étaient originaires de la cité des Ponts. Rabah Bitat, Benabdelmalek Ramdane, Slimène Mellah, Mohamed Mechati, Youcef Zighoud et Saïd Bouali ont tous connu leur enfance au sein de familles constantinoises.

Issus presque tous de familles modestes, seul Ramdane Benabdelmalek, le plus jeune d’ailleurs d’entre eux, avait réussi à passer le cap du secondaire. Tous les autres avaient été contraints par la force du joug colonial ou par nécessité familiale à quitter précocement l’école pour donner un coup de main à leurs proches. Zighoud Youcef avait, pour sa part, pu acquérir les préceptes de l’islam dans l’école coranique de son village à Smendou, parallèlement à un enseignement au sein de l’école française où il avait réussi à décrocher le certificat d’étude primaire.

Tous membres du parti du peuple algérien, certains avaient pu rejoindre l’Organisation spéciale (OS) ou encore le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).

Ces trajectoires sociales expliquent en partie la proximité de ces militants avec les milieux ruraux et populaires, terreau humain et logistique de la Révolution, et beaucoup d’entre eux jouissaient d’un véritable enracinement social. Zighoud Youcef, par exemple, conservera des liens très forts avec les campagnes et les artisans, ce qui favorisera la constitution d’un réseau local essentiel au passage à l’action armée.

Bien que la plupart d’entre eux eurent contesté à un moment crucial du déclenchement de la lutte armée la méthode de désignation des responsabilités au sein de l’organigramme révolutionnaire, notamment la représentativité des zones, il n’en demeure pas moins que tous s’engagèrent dans la lutte armée ; certains comme simple djounoud de l’ALN y périrent même presque à l’aube du 1er-Novembre, à l’image de Saïd Bouali et Slimane Mellah.

Abdelmalek Ramdane mourut trop tôt lui aussi, et fut même le premier parmi le groupe des 21 à tomber au champ d’honneur, le 4 novembre 1954 du côté de Mostaganem. Zighoud Youcef, l’architecte de la légendaire attaque du Nord Constantinois, décédera moins de deux ans plus tard.

Seuls Rabah Bitat et Mohamed Mechati survivront et verront la concrétisation de l’objectif de l’indépendance. Les deux hommes occuperont même des postes de responsabilité au sein du pouvoir de la jeune République. Rabah Bitat, qui était président de l’Assemblée populaire de 1977 à 1990, fut président par intérim à la mort de Houari Boumediene entre décembre 1978 et février 1979. Il mourra en 2000 à Paris.

La plus haute fonction officielle occupée par Mohamed Mechati fut ambassadeur ou encore vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme. L’homme était connu pour son opposition au président déchu Abdelaziz Bouteflika. Il tira sa révérence en 2014 à Genève.

Dans l’une de ses déclarations, feu Mohamed Mechati avait expliqué que la représentativité en force du Grand Constantinois était due au fait que la mission de réunir le groupe des 21 à Clos Salembier, dans la villa de Derriche Elias, fut dévolue à feu Mohamed Boudiaf, qui était alors responsable du Nord Constantinois au sein de l’Organisation spéciale, ce qui l’avait poussé à s’entourer de personnes en qui il avait surtout confiance.

Zighoud Youcef, l’architecte de « l’offensive du Nord Constantinois »

Parmi les membres du groupe des 21 issus de l’actuelle capitale de l’Est, Zighoud Youcef a contribué à donner du souffle à la Révolution à un moment où les forces coloniales redoublaient de férocité contre toute personne soupçonnée de leur mener la guerre. L’offensive du 20 août 1955 du Nord Constantinois, entre autres actions armées des militants algériens, a ainsi été un « véritable détonateur » de la lutte armée. Elle fut organisée et menée par Zighoud Youcef.

Elle a ainsi eu le mérite d’avoir marqué un tournant décisif pour la suite. Au-delà de son aspect militaire, l’opération menée par Zighoud Youcef et son groupe a eu un retentissement qui fera désormais parler de la cause nationale et influera sur la stratégie du combat mais aussi sur les décisions du gouvernement français, et ce bien que la mise en pratique de la décision de déclencher la lutte armée, le 1er novembre 1954, avait déjà mis le système colonial à rude épreuve.

D’abord la diversification des actions des jeunes combattants avait mis la police puis l’armée française dans une posture de défensive, ensuite la participation des couches sociales déshéritées à une sorte de logistique rudimentaire presque improvisée conforta l’idée que la voie du combat pour la libération était le seul moyen pour se défaire du joug colonial.

Plusieurs attaques furent alors organisées par les révolutionnaires aux quatre coins du pays, avec l’aide de la population, notamment dans les Aurès et en haute Kabylie. Des attaques qui avaient pour cibles les casernes de l’armée et les postes de police. Plusieurs dizaines d’opérations enclencheront une réaction en chaîne qui contraint la partie française à riposter violemment.

Cependant, la Révolution connaîtra un sursaut qualitatif après l’offensive du Nord Constantinois. Cette attaque menée par Zighoud Youcef fut une véritable démonstration de force des éléments de l’Armée de libération nationale. Zighoud Youcef, alors responsable de la wilaya II, avait réussi à ébranler l’armée, laquelle fut d’ailleurs contrainte à rappeler plusieurs contingents de soldats libérés. Zighoud Youcef avait, huit mois plus tôt, le 18 janvier 1955, participé au côté de Didouche Mourad à une autre offensive non moins importante.

La bataille d’Oued Boukerkar, au cours de laquelle succomba au champ d’honneur son compagnon Didouche Mourad. Agé alors de 34 ans, Zighoud Youcef fut chargé par le Conseil national de la Révolution de diriger la Wilaya II, ce qui lui permit de préparer et de mener l’offensive au Nord Constantinois qui, malheureusement, fera des centaines de morts.

L’opération marqua alors une étape que les historiens des deux rives qualifient de capitale dans la suite des événements. La répression de l’armée française avait alors débouché sur des crimes contre l’humanité. Une répression qui fera adhérer davantage la population rurale au combat, désormais admis comme seul moyen de se libérer.

Zighoud Youcef sera alors traqué et tombera à son tour en 1956, un mois et cinq jours après la tenue du Congrès de la Soummam, qui mit définitivement en place les structures organiques et politiques de la révolution du 1er-Novembre.

Au-delà des dates et des noms, ce qui frappe aujourd’hui, à la lecture de ces trajectoires, c’est la manière dont les mêmes lieux, Smendou, les forêts du Constantinois, les quartiers populaires de la cité des Ponts, réapparaissent comme foyers d’une histoire qui n’a jamais vraiment cessé de parler aux vivants.

Commémorations, tombes, plaques, noms d’avenues et d’établissements scolaires, tous ces signes matérialisent une revendication mémorielle et politique. Raconter Bitat, Mechati, Zighoud, Mellah, Bouali et Benabdelmalek, c’est interroger la façon dont la guerre d’indépendance a façonné l’Algérie d’aujourd’hui, mais surtout continue d’alimenter un long et profond travail de mémoire.



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