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Sports

Les confessions sans filtre de Riyad Mahrez : « Gagner la CAN reste le plus grand accomplissement de ma vie »

Les confessions sans filtre de Riyad Mahrez  : « Gagner la CAN reste le plus grand accomplissement de ma vie »

C’est un entretien qui fera date dans l’histoire récente des médias sportifs arabes et internationaux. Installés face à face dans le cadre feutré mais ô combien symbolique de l’émission Koora Break, la légende de Manchester United, Rio Ferdinand, et le capitaine de l’équipe nationale d’Algérie, Riyad Mahrez, ont livré plus qu’une simple interview [Koora Break, Rio Ferdinand Official].

Pendant de longues minutes, l’ailier d’Al-Ahli s’est mis à nu, abordant avec une franchise rare sa nouvelle vie en Arabie saoudite, ses années de gloire sous la direction de Pep Guardiola à Manchester City, son rapport unique à ses compatriotes, et les coulisses méconnues de son ascension fulgurante en Premier League.

À 35 ans, l’international algérien ne court plus après la reconnaissance factuelle ; son palmarès — riche d’une Ligue des Champions, de cinq titres de Premier League et d’une Coupe d’Afrique des Nations — parle pour lui. Pourtant, face au regard perçant et complice de Ferdinand, Mahrez a choisi de briser les langues de bois habituelles. Entre anecdotes tactiques pointues, analyses sociologiques du football moderne et hommages vibrants à ses pairs, plongée intégrale au cœur des déclarations majeures de l’un des plus grands talents du football africain de ce siècle.

Lorsque Riyad Mahrez quitte le toit de l’Europe et le triplé historique avec Manchester City en 2023 pour s’engager avec Al-Ahli, de nombreux observateurs occidentaux crient à la retraite dorée. Face à Rio Ferdinand, le Fennec a immédiatement tenu à balayer cette idée reçue avec une fermeté désarmante. Loin d’être un exil paisible, la Saudi Pro League s’est révélée être un environnement d’une exigence psychologique et physique insoupçonnée.

C’est sans doute la déclaration qui a le plus fait réagir sur les réseaux sociaux. Mahrez l’affirme sans ciller : la pression populaire et le poids des supporters à Al-Ahli sont supérieurs à ce qu’il a connu à Manchester City

« À Manchester City, nous étions habitués à gagner, bien sûr. Les supporters voulaient des titres, mais l’approche culturelle en Angleterre est très structurée, presque clinique. À Al-Ahli, c’est de la folie pure. La passion des fans saoudiens est viscérale, elle dicte ton quotidien. Si tu perds un match ou si tu fais un match nul, la ville entière te le fait ressentir. C’est une pression constante, lourde, mais c’est aussi ce qui me fait vibrer en tant que joueur de football. »

Cette ferveur, propre aux grands clubs historiques de la ville de Djeddah, demande une force mentale que le natif de Sarcelles a dû rapidement mobiliser pour répondre aux attentes colossales d’un peuple amoureux fou de son club.

Analysant le niveau technico-tactique et la compétitivité du continent asiatique, Mahrez a livré un constat surprenant pour le public européen, mais d’une logique implacable pour ceux qui vivent le football de l’intérieur : remporter la Saudi Pro League est beaucoup plus difficile que de gagner la Ligue des champions Élite de l’AFC. Pour l’Algérien, cette réalité s’explique par la densité des effectifs locaux. Alors qu’en Ligue des Champions de l’AFC, les équipes affrontent parfois des blocs continentaux moins armés financièrement ou tactiquement, le championnat saoudien s’est transformé en un mini-championnat du monde où chaque week-end est un piège. Al-Hilal, Al-Nassr, Al-Ittihad ou encore Al-Ahli disposent de stars mondiales combinées à des joueurs locaux rigoureux, rendant la régularité sur 34 journées extrêmement complexe à aller chercher.

Au-delà du rectangle vert, Rio Ferdinand a interrogé l’Algérien sur son adaptation humaine au Royaume. C’est ici que Mahrez a mis en avant l’importance de sa foi et de son identité :Un environnement apaisant : En tant que musulman pratiquant, Mahrez a confié que le fait d’entendre l’Adhan (l’appel à la prière) cinq fois par jour à travers la ville lui apportait une paix intérieure inestimable, un luxe qu’il n’avait jamais pu connaître durant sa longue carrière en Angleterre. Le contraste avec les joueurs occidentaux : Il reconnaît que pour ses coéquipiers européens non-musulmans, la transition culturelle demande un temps d’adaptation plus long. Pour lui, ce fut un retour aux sources spirituelles qui a grandement facilité son épanouissement familial et personnel.

« Les gens pensent que je suis ici en vacances et loin de la pression, mais ils ne savent pas que la pression à Al-Ahli est plus forte qu’à Leicester. Elle est au même niveau qu’à Manchester City, voire plus élevée », a-t-il affirmé. Le capitaine des Fennecs reconnaît également que l’aspect financier a compté dans sa décision, sans chercher à le cacher. « L’argent existe, on ne va pas mentir, tout le monde le sait. Mais le vrai défi, c’est de faire partie d’un projet. »

Mahrez a surtout insisté sur le facteur de l’âge dans cette décision. « Si j’avais eu 20 ou 21 ans, cela aurait été totalement différent. Mais j’avais 32 ans et je me suis dit : pourquoi pas maintenant ? », a-t-il expliqué, assumant pleinement ce tournant dans sa carrière.

L’ancien joueur de Leicester City a également replongé dans ses débuts très compliqués en France. Une période où il évoluait encore dans les divisions amateurs et où sa famille traversait une situation financière difficile après le décès de son père : « Ma mère ne travaillait pas et devait élever quatre enfants. Malgré cela, elle a réussi à trouver 150 euros pour que je puisse voyager et passer un essai dans un club », raconte-t-il avec émotion. « Je lui avais promis que je lui rendrais cet argent. J’ai dormi chez une connaissance, j’ai passé les tests et j’ai signé un contrat d’un an. » Mahrez est aussi revenu sur le transfert qui a changé sa vie : son arrivée à Leicester. Et là encore, l’histoire paraît incroyable. « Leicester ne voulait même pas me recruter au départ. Le recruteur était venu voir un autre joueur, puis il m’a vu et a demandé : “C’est qui ce joueur ?” »

Le joueur algérien reconnaît même qu’il avait refusé l’offre anglaise dans un premier temps. « Je voulais rester en France parce que mon rêve était de jouer pour Marseille. J’ai même éteint mon téléphone pendant dix jours. » Mais face à l’insistance du club anglais, il finit par céder. « Mon agent m’a appelé en me disant que Leicester me voulait vraiment. Ils ont accepté toutes mes demandes immédiatement. Là, j’ai compris que le club croyait énormément en moi. »

L’entretien a aussi permis à Mahrez d’évoquer son immense attachement à l’Algérie. Né en France, il assure pourtant n’avoir jamais hésité concernant son choix international. « J’ai choisi l’Algérie parce que je me sentais plus attaché à ce pays grâce à mon père. Même si je suis né en France, je passais deux mois chaque année en Algérie depuis mon enfance. » Le capitaine des Verts a ensuite rendu un vibrant hommage à Djamel Belmadi, l’homme qui a mené l’Algérie au sacre continental en 2019. « C’est un grand entraîneur. Il aime l’Algérie à la folie », a déclaré Mahrez, avant de rappeler le parcours exceptionnel des Verts sous sa direction. « Nous avons remporté la CAN 2019 puis enchaîné une série incroyable de 35 matchs sans défaite. »

Justement, Mahrez considère ce sacre africain comme le plus grand moment de sa carrière. « Gagner la CAN et offrir une deuxième étoile à l’Algérie reste le plus grand accomplissement de ma vie », a-t-il confié. Il se souvient notamment de l’accueil incroyable réservé aux joueurs après leur retour au pays. « Le trajet qui devait durer 25 minutes a finalement pris près de huit heures. C’était indescriptible. »

Le joueur d’Al-Ahli s’est également exprimé sur plusieurs talents du football actuel. Il n’a pas tari d’éloges sur Lamine Yamal, qu’il estime capable de « détruire n’importe quel défenseur », mais aussi sur Michael Olise, dont le style de jeu lui rappelle beaucoup le sien.

Enfin, Mahrez a livré des propos très remarqués sur Youcef Belaïli. « C’est un joueur fou, un talent incroyable », a-t-il lancé. Mais il estime également que le joueur de Espérance Sportive de Tunis n’a jamais exploité totalement son immense potentiel. « Il adore le football, mais il n’était pas professionnel au sens strict du terme. S’il avait eu cette mentalité, il aurait pu jouer dans de très grands clubs européens. »

Mahrez a même comparé Belaïli à Hatem Ben Arfa et Mario Balotelli, deux joueurs connus pour leur talent exceptionnel parfois freiné par d’autres facteurs. « Le talent seul ne suffit pas », a résumé le capitaine algérien. L’ancien Citizen a enfin évoqué sa relation avec Pep Guardiola, qu’il considère comme un « génie ». « Guardiola te demande surtout de respecter ton positionnement. Mais dans les 30 derniers mètres, il te laisse la liberté de t’exprimer avec le ballon », a expliqué Mahrez. « J’ai toujours rêvé de jouer dans une équipe entraînée par lui, et au final, j’ai réalisé ce rêve. »

 

 

 



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