Les Algériens célèbrent la victoire du Sénégal : Un sentiment de justice
Des scènes de liesse ont eu dimanche soir dans plusieurs villes algériennes à l’issue de la finale de la coupe d’Afrique des nations de football remportée par le Sénégal devant le Maroc (1-0) dans une rencontre émaillée d’incidents inédits.
D’Alger à Oran, de Constantine à Tizi Ouzou, klaxons, chants et rassemblements spontanés ont accompagné la fin de la finale exprimant une joie intense, une euphorie vécue par de nombreux algériens comme une consécration de la justice sportive, après une compétition marquée par des dérives graves.
Ces célébrations n’étaient pas dirigées contre le peuple marocain, piégé dans sa majorité par une propagande et une surpolitisation de la compétition, mais contre une accumulation d’injustices, de provocations et de décisions contestables ayant rythmé cette CAN au Maroc. Pour les supporters algériens, la victoire sénégalaise est apparue comme un symbole fort, celui d’un football qui finit par échapper aux arrangements et aux influences.
Dès le début du tournoi, les Algériens ont eu le sentiment d’être traités comme des indésirables. L’achat des billets pour les matchs de l’équipe nationale algérienne s’est révélé quasiment impossible depuis l’Algérie, en raison du blocage présumé des adresses IP algériennes. Sur place, les supporters ont fait face à une rareté suspecte des billets, souvent revendus à des prix doublés, voire triplés, dès lors que l’acheteur était identifié comme Algérien.
À ces entraves se sont ajoutés de nombreux témoignages faisant état de mauvais traitements, de provocations et d’un climat hostile, bien loin des valeurs de fraternité et de fair-play que la CAF affirme promouvoir. Plus grave encore, l’arrestation et l’emprisonnement de plusieurs supporters algériens ont profondément choqué l’opinion publique en Algérie. Parmi eux, le tiktokeur Raouf, ainsi que deux autres supporters, arrêtés dans des conditions largement dénoncées sur les réseaux sociaux. Ces épisodes ont été vécus comme une atteinte grave aux libertés et comme un message d’intimidation adressé aux fans algériens.
Sur le terrain, le sentiment d’injustice s’est accentué lors du match face au Nigeria. L’élimination de l’Algérie, dans un contexte d’arbitrage vivement contesté, a ravivé de vieilles frustrations. Mais l’Algérie n’a pas été la seule à dénoncer des décisions arbitrales discutables durant cette CAN.
L’Égypte a ouvertement critiqué l’arbitrage après son élimination, évoquant des décisions suspectes et incompréhensibles. Le Nigeria a lui aussi été victime d’arbitrage lors de sa demi-finale face au Maroc. Le Sénégal, y compris en finale, a vu plusieurs décisions controversées avant et pendant le match qui ont suscité l’indignation de la fédération sénégalaise. La Tanzanie, comme d’autres sélections africaines, a également dénoncé un arbitrage jugé défavorable et incohérent.
Ces protestations multiples, venant de nations aux statuts et aux parcours différents, ont renforcé l’idée que le problème dépasse les simples rivalités sportives. La CAF s’est retrouvée au centre des critiques, accusée de manquer d’indépendance et de transparence. Le nom de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et figure influente au sein de l’instance continentale, est régulièrement cité par les observateurs qui dénoncent une concentration excessive de pouvoir et une influence supposée sur certaines décisions clés, notamment la désignation des arbitres.
À cela s’ajoute le comportement d’une partie du public marocain, qui a ouvertement soutenu toutes les équipes opposées à l’Algérie et célébré son élimination face au Nigeria. Une attitude vécue comme une provocation par les supporters algériens, et qui explique en grande partie la réaction populaire suite à la consécration du Sénégal face au pays hôte.
Lors de l’ultime match face au Sénégal, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer un arbitrage controversé, renforçant l’idée d’une compétition où l’équité n’a pas toujours été au rendez-vous. La victoire sénégalaise a alors pris, aux yeux de nombreux Algériens, une dimension symbolique forte : celle d’un football qui, malgré tout, finit par rappeler que le terrain reste le dernier juge quand les conditions sont propres.
Les scènes de joie observées en Algérie ne relèvent donc pas d’un simple antagonisme sportif. Elles traduisent un profond ras-le-bol face à des injustices répétées, à un manque de respect envers les supporters algériens et à une CAN qui a laissé derrière elle plus de polémiques que de consensus.