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Op-Ed

Les agitations de Boukrouh ou quand l’errance politique mène au dévoiement des institutions

L’appel à la destitution du Président Abdelaziz Bouteflika par des partis obscurs, à qui une certaine presse prête et renforce une tonalité, qui se veut solennelle et consensuelle de l’ensemble de la classe politique et de l’opinion publique, a remis au goût du jour un débat médiaticopolitique qu’anime un microcosme algérois replié sur lui-même, devisant sur les stratégies, les compositions et les décompositions de l’ordre politique national. En déphasage total avec la société.

Cette initiative qui veut s’appuyer sur une intervention de l’Armée – qu’elle veut entraîner dans son aventure – a fait réagir un certain nombre d’acteurs politiques.
D’abord les hautes autorités de l’Etat, à travers les présidents du Conseil de la nation et de l’Assemblée populaire nationale, qui rappellent la légitimité populaire du président et le vrai sens de la constitution et le processus démocratique pluraliste qui vise à instaurer un système républicain et confirmer la légitimité des institutions, « à consolider l’unité nationale et l’édification institutionnelle » ou encore « le développement de l’édifice démocratique et son ancrage ne pourront se faire sans le respect des institutions constitutionnelles et l’écoute de la volonté populaire » avaient-ils déclaré.

Ces rappels des règles démocratiques, qui fondent et renforcent l’Etat de droit dont l’évidence est attestée par l’histoire occidentale qui a vu naître, se développer et se constituer leur régime démocratique – quitte à rappeler aux amnésiques (ou ceux qui méconnaissent l’histoire), que l’instauration de la démocratie en occident ne s’est pas décrétée (elle est le fruit de révolutions et de luttes sanglantes, avant son apprentissage dans le long terme)-, sont adressés à certains politicards qui s’enlisent dans la politique politicienne, espérant récolter quelques dividendes.
Essayons de décrypter à travers les déclarations des uns et des autres et les commentaires d’éditorialistes, leurs projections, et pour certains à leur bémol, suite aux réactions fermes signifiées par l’organe officiel de l’institution militaire.

Celui qui s’est distingué, par son attaque frontale contre les institutions de la République est l’irrespectueux M. Noureddine Boukrouh.
Nous relèverons dans son échange, les paroles aigres-doux avec le général-major à la retraite M. Ghediri Ali, sa position défensive vis-à-vis de ce dernier en le gratifiant (car ce donneur de leçons distribue des bons et mauvais points), mais surtout son rappel sur ses écrits à l’encontre du président de la République et du vice-ministre de la Défense.
Deux phrases illustrent son irrespect des institutions de la République -confondant leurs titulaires à des personnes privées (et non à des personnages publics)-.
On ne s’autoproclame pas républicain lorsque l’on ne respecte pas le président de la République en tant qu’institution de l’Etat.

Un président adoubé par le peuple
Il a été élu au suffrage universel par la volonté populaire -l’honnêteté intellectuelle ne peut récuser cette réalité- (on peut se livrer à des conjonctures sur les élections ce ne seront que supputations). Que le choix de l’armée ait été porté sur la personne de M. Bouteflika, sa candidature a été avalisée par le FLN et plébiscitée par le peuple parce que porteur d’un projet de société qui a fait consensus.

La société en cette fin douloureuse des années 1990 était en attente d’une politique qui l’extirpe de ce cauchemar dans lequel des forces contraires l’ont plongée. C’est à cette période qu’a mûri et s’est dessinée cette convergence sur une politique de sortie de crise, entre ceux qui avaient en charge le poids de la situation conflictuelle, dans laquelle se trouvait la nation, et celui qui était pressenti comme l’homme qui pouvait la porter. Comme nous l’avions déjà exprimé, c’était l’homme qui était en phase avec sa société.

L’approche fantaisiste qui consiste à faire croire qu’il aurait quelques généraux faiseurs de rois est surannée et simpliste.
L’Armée algérienne est héritière de l’ALN qui par un concours de l’histoire a revêtu un pouvoir multiple en devenant une instance suprême de fait politico-militaire économique et social.
Cette mission pesait encore sur elle dans cette période tragique de l’histoire nationale. Elle l’a accomplie.
Presque vingt (20) ans nous séparent de l’instauration de la réconciliation nationale, et après lesquels l’Algérie connait une stabilité sociale, avec le renforcement des institutions nationales et leur fonctionnement dans l’ordre constitutionnel qui malgré quelques disfonctionnements, est respecté par l’ensemble des responsables qui représentent l’Etat et surtout le peuple.

Notre rôle, nous les citoyens, par la liberté d’expression, que les nouvelles constitutions nous accordent, est de contribuer à consolider l’Etat de droit. Et non de le bafouer.
Quel droit autoriserait un citoyen de prendre à parti un vice-ministre chef d’Etat-major pour avoir proclamé « être républicain » ou que « l’armée est républicaine » et que par conséquent elle s’astreint aux lois de la République (Si ce n’est un acte gratuit ou traduisant la volonté de son auteur d’imposer sa propre loi -loi de la jungle-).

Comment peut-on assimiler cette déclaration « comme une allégeance à un homme invisible et non au peuple souverain » écrit-il, quelle est cette loi qui énonce que l’armée est soumise directement à la souveraineté populaire ? Dans quelles démocraties cette loi est-elle constitutionnalisée ?
Cette interprétation/interpellation n’est-elle pas un appel à un acte de rébellion de l’armée contre l’institution présidentielle ou plus brutalement à la déposition du président de la République.

 Réaction de l’ANP
On peut toujours tergiverser par la suite, lorsqu’on est acculé. Mais l’allusion ne souffre d’aucune ambiguïté.
La réaction de l’ANP à travers sa revue El Djeïch est interprétée comme celle « d’un mercenaire aux ordres pour gagner une bouchée de pain » -quel cynisme et mépris à l’encontre d’un membre (quel que soit son grade) de ce corps constitué-, de plus agressé par un « corps étranger ».

Cette tentative de vouloir l’isoler des autres membres de son institution est « éculée » -et sa formule de « mercenaire revanchard »…-, c’est par esprit de corps, et doté d’esprit de finesse, qu’il a saisi « l’invitation » implicite dans la formulation de M. Boukrouh « que l’armée est soumise directement à la souveraineté populaire », l’enjoignant par-là à « se libérer » du président de la république.
Se rétracter par la suite en usant d’échappatoire suite à la fermeté de la mise en garde de l’armée, c’est ne pas s’assumer.

Ce qui motive M. Boukrouh c’est son affirmation selon laquelle « c’est l’obsession de ce président de rester agrippé au pouvoir qu’il ne lâchera qu’une fois mort », qui lui inspire une révulsion et de ce que le président symbolise aux yeux des algériens conscients et du monde qui nous observe.
Primo, « ce monde » est respectueux de nos institutions et de notre Etat, et, se conforme au protocole qui sied aux Etats.
Deuxio, est-ce que les algériens ont mandaté M. Boukrouh d’être leur porte-parole ou sont-ils mineurs pour qu’il s’érige comme tuteur du peuple ?
Tertio, d’où un homme errant puise-t-il cette volonté de « s’accrocher au pouvoir » ?
Quatrièmement, par quel pouvoir, si ce n’est constitutionnel, arrive-t-il à fédérer toutes les autorités qui représentent l’Etat dans l’accomplissement de leurs obligations institutionnelles pour la bonne tenue et la bonne marche des affaires de l’Etat ?

C’est parce qu’au-delà des échecs des uns, des erreurs d’autres ou des dénonciations ou délations de captation de manière répréhensible -qu’ont connu et connaissent des Etats autrement expérimentés que le notre – l’Etat algérien à travers ses responsables s’est toujours tenu au service de la société en mobilisant les ressources humaines et matérielles disponibles en quantité et en qualité depuis notre jeune indépendance.

Et cette continuité est assurée malgré l’handicap physique du président de la République. Leur fidélité au chef de l’Etat tient aussi à la reconnaissance de tout l’engagement physique et moral dont il a fait preuve depuis sa première mandature au service de la nation et qu’il continue à servir par ses orientations politiques et économiques.

Tous les responsables ne sont pas des ingrats. Ils restent fidèles à leurs engagements antérieurs, et se distinguent de ceux pour qui « le roi est mort, vive le roi ! », et non mus par des intérêts purement clientélistes.
User de la liberté d’exprimer ses opinions ou ses pensées est reconnue non seulement comme un droit constitutionnel mais également comme un devoir pour l’exercice d’obligation citoyenne.

Mais cet exercice exige des postures qui concilient éthique et responsabilités.
Particulièrement pour ceux dont l’usage est une pratique professionnelle – journalistes, hommes politiques ou hommes publiques-.
 
 CRUA, contrevérités et contradictions
Or le verbe usité dans cette campagne médiatico-politique est une parole avilissante et pleine de contrevérités et de contradictions.
Elle est dirigée à l’encontre du président de la république et les responsables de l’institution garante de la sécurité et de la protection de l’Etat, non en s’attaquant aux règles de droit qui les régissent -dans l’hypothèse où elles seraient bafouées – mais aux personnes qui les représentent ; non à de pratiques politiques « avérées et établies » contre les intérêts de la République et de la société en général mais contre des personnes pour les discréditer aux yeux de l’opinion publique et se faire prévaloir par l’outrage et la suffisance et non par une alternative politique clairement exposée ou projet de société mobilisateur et rassembleur autour duquel la masse populaire s’agrège, et le légitime par la voie des urnes.

Contrairement à ce qu’affirme M. Boukrouh -qu’il ne participerait pas à une campagne de déstabilisation du pouvoir politique, que représente le président de la République – tous les préalables sont là : une partie de la classe politique, une partie de la presse, et même certains universitaires –dont l’irruption dans une compagne partisane est contre-productive pour le travail universitaire (la signature de D. Daho est incompréhensible !) s’y sont engoufrés. Mais pour quel gain politique ?

Faire démissionner le président de la République constitue-t-il une victoire politique ? Pour qui ? Ouvrira-t-elle un partage ou une prise de pouvoir par ceux qui poussent vers cette issue ?
Assurément non ! Il n’y a qu’une force sociale constituée -une coalition transpartisane-, s’appuyant sur une large majorité populaire, qui par des voies légales – les élections – pourrait s’assurer une victoire électorale. Mais est ce que les revendications partisanes – à part celles d’accéder au pouvoir-, ou les positions politiques de la multitude de partis convergent vers un projet de société partagé ? Ils en sont éloignés !

M. Boukrouh croit voir une similitude dans les conditions politiques qui ont fait émerger le CRUA et celles d’aujourd’hui.
Les conditions socio-historiques de ces deux périodes sont aux antipodes l’une de l’autre. C’est une approche superficielle.
La formation du CRUA répondait à un besoin d’unification de deux tendances du MTLD, parti nationaliste historique le plus populaire et déterminé – les messalistes et les centralistes – à l’initiative des militants organisés au sein de l’OS – organisation paramilitaire du MTLD – qui a abouti quelques mois après à la création du FLN. C’est ce front qui a fait appel aux militants des autres partis et associations des oulémas à se joindre et se fondre en son sein à titre individuel, pour s’engager dans la lutte de recouvrement de notre souveraineté nationale.

Aujourd’hui il demande à s’inspirer de cette page de notre histoire, unique en son genre dans les luttes de libération contre le colonialisme, pour renverser un président de la République légitimé par le vote populaire et soutenu par les partis majoritaires au sein d’institutions nationales (FLN, RND ect…) que sont l’ANP et le Conseil de la nation, et disposant d’un exécutif -le gouvernement- en charge d’appliquer son programme et qu’il est dans ses prérogatives constitutionnelles de procéder à son remaniement en cas de défiance. C’est un principe universel conforme aux règles de fonctionnement d’un Etat de droit.

On peut toujours gloser sur l’épisode Tebboune – il faut agir par les actes et non intenter des procès d’intention-.

 Assouvir une hypothétique revanche
Conjecturons avec M. Boukrouh, sur le scénario qu’il envisage et interrogeons-nous sur le parrainage de cette initiative.
Existe-t-il une organisation structurée à l’image de ce qu’était l’organisation secrète – issue elle-même du MTLD – ? Ou se propose-t-il d’être le catalyseur et le promoteur de cette future formation ? Quels sont les acteurs politiques qui lui accorderaient une once de crédit ? Gageons encore une fois que c’est un coup d’œil à notre « armée Républicaine ».

Par ailleurs, est-il convenant de la part d’un homme politique de qualifier les institutions de son pays de « mafia qui subtiliserait le pouvoir à un homme » qu’il accuse, entre autres qualificatifs, d’être assoiffé de pouvoir.

Sur un autre plan, son alarmisme sur la situation économique et sociale -adossée à l’impasse financière du fait de la conjoncture baissière de l’économie mondiale (demande d’hydrocarbures en baisse)- est une tentative d’assouvir une hypothétique revanche personnelle.
L’Algérie n’est pas plongée dans les « ténèbres » pour qu’un « illuminé » lui éclaire son chemin. Ses semis ont germé, se développent et se développeront de génération en génération -il n’y a pas de génération spontanée-. « L’intelligence, la raison, la cohésion etc. » ont besoin d’être aiguisées dans le temps, par la pratique, par le travail, l’apprentissage, la confrontation et l’accumulation des connaissances.

Forger et saisir un concept n’est pas une activité cérébrale qui s’active par la raison pure. La raison est circonscrite dans des limites, à l’intérieur desquelles elle peut connaître : celle de l’expérience possible des hommes dans leurs rapports et dans les phénomènes naturels que la science étudie.
On ne peut s’affirmer homme politique sans éducation et sans culture politique et culture générale.

Ce n’est pas par l’insulte et l’invective qu’on combat son adversaire politique. C’est par le développement d’une argumentation que l’on peut convaincre et éventuellement provoquer l’adhésion aux propositions et aux opinions que l’on présente. Quand on prétend convoquer un pan de l’histoire, s’en référer ou en prendre exemple, il faut en connaître toutes les causes, les fondements, les motivations et les acteurs réels qui l’ont conditionné et l’ont rendu possible. C’est par manque de culture -une connaissance superficielle – qu’on conjecture et qu’on envisage des hypothèses fondées sur des probabilités dont les survenances sont aléatoires. Mais rien ne peut empêcher une représentation imaginaire qui traduirait le profond désir d’un individu.

Pour terminer notre contribution nous insistons que ce n’est nullement par un hasard que l’actualité nous offre l’offensive médiatique de M. Boukrouh. Elle fait corps avec celle d’autres acteurs.
C’est indigne d’insulter les lecteurs !

Nous réitérons que l’offensive médiatique de M. Boukrouh fait corps avec celle d’une certaine presse ou d’autres acteurs politiques qui partagent une position politique sectaire à distance du « ghachi ».

 La muette serait un faire-valoir.
L’armée est la seule force organisée et disciplinée. Elle l’a démontré par le passé tout en s’affinant. Ses interventions tout au long de notre jeune histoire répondaient à des situations historiques particulières à chaque période. Jusqu’en 1989 elle se confondait avec le FLN et avec lequel elle partageait la légitimité que n’a à aucun moment remis en cause le peuple !

Après l’ouverture politique de 1989 aucun parti politique créé n’a eu la faveur populaire, à l’exception du FIS – qui n’aurait jamais dû être légalisé- qui n’a présenté aucun programme politique si ce n’est un projet « d’Etat islamique » dont la gouvernance reposerait sur les préceptes religieux, contenus dans le texte sacré et la tradition du prophète : la souveraineté aurait été transmise entre les mains d’individus (humains) auxquels la majorité du peuple serait soumise au nom de leur « seule vérité » -la démocratie qui les aurait consacré deviendrait « kofr »-.

Elle a mis le hola à cette dérive tentaculaire et hégémonique d’un parti au nom de la religion -patrimoine et pratique culturelle de tous les Algériens-.
Pour ce faire elle a mobilisé les forces vives de la nation pour combattre et protéger la population contre les massacres collectifs et l’instauration de la terreur.

Comme elle est partie prenante au dénouement de cette tragédie nationale dans la politique de concorde nationale et puis de réconciliation nationale portée par le candidat Bouteflika et assumée par le président de la République après son élection, ensuite plébiscitée par le peuple.

La complexité de son évolution dans le cours de notre histoire ne peut être rendue en quelques lignes.
La vision simpliste du rôle assumé par notre armée, confirme l’indigence culturelle et politique de ceux qui s’en prévalent.
Ce n’est pas en criaillant que notre armée déviera de sa trajectoire.
Quand aux gesticulations de M. Boukrouh, elles ne font que traduire son incapacité à émerger sur la scène politique en suscitant une adhésion populaire à un système politique, économique et social ou plus communément à un projet de société.
Son agitation n’a pu être visible que par le concours d’une certaine presse intéressée. Comme elle aura « bonne presse » chez les nostalgiques de l’Algérie française

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