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Nationale

Les acquis et les défis des médias algériens

Les acquis et les défis des médias algériens

Un quart de siècle s’est écoulé depuis la promulgation, le 3 avril 1990, de la loi sur l’information ayant consacré la liberté de la presse. Une loi qui reste sans aucun doute à l’origine de la courte mais combien enrichissante expérience médiatique algérienne.

Même si d’aucuns restent persuadés que la loi Hamrouche avait laissé un goût d’inachevé, tant les champs radiophonique et audiovisuel sont restés scellés. Un retard qui, vingt-cinq ans plus tard, semble difficile à rattraper.

Toujours est-il, la liberté de ton accordée par le pouvoir, via le gouvernement né des douloureux événements d’octobre 1988, avait réussi à asseoir une plateforme médiatique qui a eu très peu de difficultés à se faire adopter par une population de lecteurs avides de liberté d’expression.

Rappelons qu’un mois avant la promulgation de la loi, soit le 19 mars 1990, Mouloud Hamrouche, alors chef du gouvernement, lança la fameuse circulaire 04-90 consacrant l’ouverture du champ médiatique aux collectifs de journalistes désireux de tenter l’expérience indépendante. Ce qui donna la possibilité à nombre parmi les professionnels de se constituer en collectifs pour la création de publications « libres ».

Le Jeune Indépendant fut, entre autres publications, le média qui a vu le jour cette année, et même le premier à sortir des rotatives des imprimeries de l’Etat, également mises à la disposition des éditeurs.

La publicité fut aussi mise à contribution et nombre de publications eurent accès avec beaucoup de facilité à des mannes publicitaires publique et privées qui leur permirent d’arrondir largement leurs fins de mois.

Des recrutements à la pelle suivront et le métier de rédacteur finit par séduire des générations d’universitaires chômeurs. Mais il était dit que la difficulté de l’expérience journalistique allait venir justement du pouvoir qui comprit aussitôt l’enjeu que pouvait constituer la liberté « incontrôlée » du ton.

Plusieurs subventions directes et indirectes seront alors mises à contribution pour soutenir quelques journaux qui réussiront à sortir leur épingle du jeu. Epaulés aussi par des courants politico-financiers, quelques-uns réussirent alors à constituer des fortunes colossales et un statut dont les actions, soit dit en passant, se négocient aujourd’hui en centaines de milliards de centimes.

Des mesures coercitives suivront alors et des garde-fous seront placés pour tenter de limiter le champ d’action d’une corporation devenue de plus en plus exigeante et qui s’affranchissait de jour en jour.

En dix ans, une vingtaine de titres réussiront tout de même à se maintenir sur la scène médiatique, non sans avoir payé un lourd tribu durant la décennie noire pour leur attachement à la liberté. Des dizaines de journalistes mourront sous les balles assassines d’un terrorisme aveugle.

Loin des discours officiels souvent empreints de stratégie récupératrice, tous ces médias ont, tout compte fait, connu diverses péripéties.

Si au début de l’expérience journalistique à l’aube des années 1990, dont la diversification des ressources avait permis à certains titres de se hisser en un temps record en haut de la pyramide, il est devenu difficile de nos jours de prétendre réussir à se maintenir sur le marché, sachant que la chute des ventes de journaux suit irrémédiablement et de manière irréversible une courbe exponentielle difficile à retenir.

Pressions et manques de moyens financiers pousseront plusieurs titres à mettre la clé sous le paillasson depuis la loi sur la publicité de 2004. Toujours est-il, il est aussi dit que la transition par laquelle est passée la presse et les nouveaux défis qui l’attendent, notamment en matière de diversification de supports et même des ressources, exigent une nouvelle vision aussi bien des entreprises médiatiques que de l’Etat dont le rôle de régulateur est on ne peut plus indispensable pour la survie de plusieurs titres.

Mais dans cet imbroglio politico-médiatique, il faut aussi reconnaître l’effort tenté par le pouvoir. La récente dépénalisation du délit de presse désormais constitutionnalisée constitue, à vrai dire, une avancée inestimable.

Une avancée que le chef de l’Etat tente à chaque occasion de rappeler. « Nous avons veillé, à travers la récente révision constitutionnelle, à conforter les droits des journalistes et la liberté de la presse sans autre restriction que celle du respect des constantes de la nation et à garantir aux journalistes le droit d’accès aux sources d’information dans le souci d’assurer aux citoyens le droit à l’information », a affirmé hier le président Abdelaziz Bouteflika dans son message à l’occasion de cette journée du 3 mai.

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