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L’équation américaine en Syrie: Une hostilité envers Téhéran et une souplesse avec Moscou

L’équation américaine en Syrie: Une hostilité envers Téhéran et une souplesse avec Moscou

Rien de nouveau dans la position américaine dans le conflit syrien si l’on croit les derniers éclairages fournis par le représentant spécial du gouvernement américain pour la Syrie l’ambassadeur James Jeffrey. 
La posture demeure la même depuis l’éclatement du conflit en mars 2011 : L’avenir de la Syrie doit se faire sur la base d’une réforme globale qui conduit à un changement politique profond et le départ des forces étrangères à l’exception des Russes avec en toile de fond la poursuite des frappes contre l’organisation terroriste de l’Etat islamique (Daech).
Le cassandre est maintenu par l’establishment actuel depuis la précédente administration de Barack Obama avec la même tonalité même si parfois le volume change à fortiori envers le rival russe et son alter ego iranien.
« L’objectif initial de l’intervention U.S en Syrie était de combattre Daech mais cette intervention s’étend aussi aux aspects politiques, économiques et militaires dont la finalité est le retrait de toutes les forces iraniennes de Syrie », a affirmé le diplomate américain lors d’une téléconférence tenue ce mardi à partir de Washington à laquelle a pris part le Jeune Indépendant par téléphone depuis Alger. 
Selon M. Jeffrey qui a été plusieurs fois ambassadeur sous les administrations de George Bush, Barack Obama notamment en Irak et en Turquie le règlement du conflit syrien passe par la neutralisation de l’Iran et son allié Bashar Al Assad.
La persistance du conflit est du à « la brutalité » du président Bashar Al Al Assad et aux iraniens mus par leur « velléités expansionnistes » dans la région.

« Nous avons fait savoir aux Russes que la présence des Iraniens ne se limite pas à la Syrie mais vise d’autres pays. Les visées hégémoniques des Iraniens s’étendent au Liban, au Yémen sans omettre leurs ambitions en Irak », a-t-il déclaré en réponse à une question sur l’implication des forces étrangères en Syrie. 
« Le commandement militaire américain a souligné que notre présence traduit notre engagement en faveur de la sécurité en Syrie à la fois contre Daech et plus globalement sur le plan diplomatique contre l’Iran dont le mauvais comportement a favorisé la création de Daech en Syrie et en Irak », a-t-il encore affirmé laissant entendre que l’engagement iranien en Irak et en Syrie a servi d’alibi à l’émergence de l’organisation de l’Etat Islamique.

Les troupes iraniennes notamment celles de la garde républicaine et les combattants du mouvement libanais le Hezbollah sont intervenus en Syrie à la demande des autorités de Damas alors que l’armée syrienne faisait face seule à une armada d’au moins 30 groupes armés dont Daech, l’organisation Al Nosra, soutenue par le Qatar, les phalanges de Noureddine Zinki, soutenues par la Turquie, el djeich el islami crée par l’Arabie Saoudite, et l’ALS (armée libre syrienne) soutenus par les Occidentaux.

L’armée syrienne et le Hezbollah un destin commun (Photo:DR)

L’armée syrienne avait, ainsi, perdu le contrôle de plusieurs villes principales dont Raqqah, Alep, Deir Ezzour, Palmyre, Qameshli, la Ghouta Orientale et Daraa, sans compter les puits de pétrole et les points de passages frontaliers. La Russie, alliée de Damas, est intervenue en Syrie en septembre 2015 sous un mandat de l’Onu notamment les résolutions 2247 et 2254 qui autorisent l’usage de la force contre les organisations terroristes.

Une négation d’Astana et un appui à Istanbul
La participation des alliés de la Syrie a permis la récupération de la quasi-totalité des territoires syriens à l’exception d’Idlib au Nord –Est, le dernier bastion des terroristes d’Al Nosra. « Nous savons que la Russie est impliquée en Syrie pour soutenir un régime allié et pour protéger ses bases militaires qui sont deux choses que nous ne contestons pas, mais nous disons qu’il n’est pas dans
l’avantage de la Russie d’avoir comme partenaire un Etat qui perdu la moitié de sa population et pratiquement la moitié de son territoire et qui ne pourra recevoir un appui international pour sa reconstruction en raison de son comportement répréhensible », a souligné le diplomate américain faisant part de son souhait de voir « la Russie peser de tout son poids pour contraindre le régime syrien à changer d’attitude ».

Or, ce postulat constitue pour l’administration américaine l’un des points d’achoppement du règlement du conflit et de la reconstruction de la Syrie, une opportunité que Washington ne veut en aucun cas manquer, selon M. Jeffrey.
« Les Etats-Unis pensent que le regime d’Assad ne doit recevoir des fonds pour la reconstruction jusqu’à ce qu’il fasse preuve de son engagement dans le processus onusien de réforme politique, ce qu’il n’est pas le cas actuellement », a-t-il estimé.
A une question au sujet de la reprise des pourparlers d’Astana prévus sous peu, l’ambassadeur a réduit quasiment à néant son importance. « Astana est un mécanisme de démilitarisation et de règlement du conflit entre la Russie, la Turquie et l’Iran qui soutiennent des parties engagées en Syrie », a-t-il fait observer ajoutant qu’il s’agit d’un mécanisme « limité » pour amorcer un règlement global du confit.

Cependant, le sommet d’Ankara qui a regroupé le quartette russe, allemand, turc et français bénéficie quant à lui du quitus de la Maison Blanche.
« Nous constatons la mise en place d’un processus politique
(NDLR : Accord d’Istanbul) à même d’aboutir à une réforme qui conduirait au retrait de toutes les forces étrangères présentes dans le pays depuis 2011 à l’exception des Russes », a-t-il indiqué.
Le diplomate fera savoir que les Etats-Unis travaillent en concert avec les quatre parties prenantes au sommet d’Istanbul à savoir la Turquie, la Russie, La France et l’Allemagne afin de « revitaliser le processus politique » qui a d’ores et déjà conduit à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu à Idlib, en septembre dernier, et la mise en place d’une commission chargée de l’élaboration de la nouvelle constitution syrienne d’ici la fin de l’année en cours.


L’armée américaine s’est installée à Al Tanf (Photo : DR)

Interrogé par ailleurs, sur l’engagement militaire américain en Syrie, le conférencier dira que les Etats-Unis et la coalition qu’ils dirigent ont joué un rôle majeur dans la défaite de Daech dans une grande partie de l’Irak et dans l’Est de la Syrie.
« Nous sommes convaincus que dans les prochains mois Daech n’aura plus les moyens de se reconstituer comme en 2013 et 2014 », a-t-il assuré soulignant que l’engagement américain en Syrie n’était pas limité par le temps. L’armée américaine contrôle depuis trois ans la base militaire de Tanf dans le Sud Est de la Syrie à lisière avec l’Irak.

A une question sur les récentes frappes américaines en Syrie qui auraient fait 43 victimes civiles dont 36 femmes et enfants, selon l’observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres, le diplomate américain a refusé de s’exprimer sur cet incident arguant qu’il ne lui revenait pas de commenter les actions de la coalition militaire conduite par Washington. 
Plusieurs civiles ont trouvé la mort dans des frappes américaines en Syrie et plusieurs ponts ont été détruits à Deir Ezzour exacerbant davantage la situation dans le pays qui a fait plus de 360 000 morts et 12 millions de refugiés et de déplacés en sept ans, soit le plus dramatique désastre humanitaire depuis la seconde guerre mondiale.

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